Bruxelles, 26/05/2016 (Agence Europe) - Emmenées par l'ONG belge 11.11.11, des associations de la société civile européenne et philippine ont fait part, jeudi 26 mai, en marge du premier round des négociations de libre-échange UE/Philippines cette semaine à Bruxelles, de leurs vives inquiétudes relatives à l'impact du futur accord sur la santé publique et l'accès aux médicaments, les droits du travail et l'emploi, les secteurs de la pêche et des mines ainsi que sur les droits de l'homme aux Philippines.
« Dans ces négociations, l'agenda des affaires l'emporte sur les droits des peuples », s'est alarmé Marc Maes, membre de l'ONG 11.11.11, lors d'une conférence de presse, critiquant par ailleurs le « secret absolu » autour des pourparlers - aucune annonce publique par la Commission du premier round de discussions et mandat de négociation qui reste confidentiel. « Une négociation secrète est une menace pour l'accès aux médicaments, la pêche, l'emploi, le droit de réglementer et les droits de l'homme aux Philippines», a insisté Joseph Purugganan, coordonnateur du programme philippin pour l'ONG Focus on the Global South.
En matière de santé publique, ces ONG craignent que l'accord qui sera négocié avec l'UE contienne des dispositions ADPIC+ dans le cadre du chapitre sur la protection des droits de propriété intellectuelle, qui iraient à l'encontre de la loi philippine sur l'accès aux médicaments génériques.
Elles dénoncent aussi une « faille fondamentale » dans la logique d'une clause sur le travail dans les accords de libre-échange, qui sont censés protéger les droits du travail, mais qui conduisent à la destruction des emplois. « Au mieux, les clauses de travail sont utilisées pour décourager la résistance du mouvement syndical à un accord de libre-échange », commente Josua Mata, de l'ONG Sentro, dans un communiqué.
Ces ONG dénoncent aussi le fait que les modifications apportées au code de la pêche philippin sur la pêche illicite et non déclarée, poussées par l'UE, ne traitent pas des droits de l'homme dans ce secteur.
En matière de droits sociaux, elles s'interrogent sur le sens d'un partenariat stratégique « clairement motivé par l'intérêt du business ». « Ce futur accord ne conduira pas au développement équitable et durable, mais à une plus grande concentration de la richesse et de l'inégalité, à la destruction de l'environnement et à l'érosion des droits des peuples », estime M. Purugganan.
La société civile redoute aussi l'inclusion, dans le futur accord de libre-échange UE/Philippines, de dispositions avantageuses pour la protection des droits des investisseurs.
Enfin, les ONG demandent à la Commission de conduire une évaluation d'impact du futur accord sur les droits de l'homme aux Philippines, d'autant plus que la réputation du nouveau président du pays récemment élu, Rodrigo Duterte, est entachée de pratiques de violations des droits de l'homme alors qu'il était maire d'une ville importante du pays. (Emmanuel Hagry)