Bruxelles, 27/02/2015 (Agence Europe) - Pour ne pas froisser ses partenaires européens à un moment critique dans les négociations sur l'extension du programme d'aide à la Grèce, le gouvernement grec d'Alexis Tsipras a, probablement temporairement, mis de côté la question d'une hausse du salaire minimum (EUROPE 11259).
Mais voilà qu'une publication de l'Office statistique de l'UE (Eurostat) de jeudi 26 février vient à point nommé pour lui donner un argument de taille dans les prochaines négociations: le salaire minimum en Grèce est le seul, dans toute l'UE, à avoir diminué depuis le début de la crise financière et économique de 2008.
Ce n'est certes pas le salaire minimum le moins élevé dans l'UE. À 684 euros par mois (au 1er janvier 2015), il semble être même décent en Grèce, du moins au regard des salaires minimums existants dans quelques autres États membres, comme en Hongrie (333 euros), en Lituanie (300), en Roumanie (218) ou encore en Bulgarie (184). Mais, ce qui distingue la Grèce, c'est que le salaire minimum y a baissé et plutôt considérablement, puisque Eurostat a recensé une chute de 14% depuis 2008, où il se situait à presque 800 euros (entre 2009 et 2012, il était même de 862 euros). Une telle baisse aurait pu être compensée si le coût de la vie avait diminué au même rythme. Cela n'a pas été le cas. Si on prend le salaire minimum exprimeì en standards de pouvoir d'achat (SPA), celui-ci a aussi diminué de manière presque identique, à savoir de 12%.
Dans ce tableau dressé par Eurostat pour les 22 des 28 États membres qui appliquent un salaire minimum national (sont absents le Danemark, l'Italie, Chypre, l'Autriche, la Finlande et la Suède), la Grèce est bel et bien un cas unique à tous les égards. La comparaison de l'évolution des salaires minimums entre 2008 et 2015 permet en effet de voir des courbes ascendantes, voire presque verticales chez certains États membres, comme en Lettonie (+57%), en Slovaquie (+58%) ou en Bulgarie (+64%). De faibles performances ont été notées en Espagne (hausse de 1% par an sur sept ans) et en Croatie (hausse de 0,5% par an sur sept ans). Seule l'Irlande se démarque encore du lot, avec un salaire minimum - quand même un des plus élevés avec 1462 euros - qui trace une ligne horizontale, en faisant du surplace sur toute cette période.
Autre fait remarqué de cette nouvelle édition de données Eurostat, l'Allemagne y fait son entrée pour la première fois. Malgré quelques complications avec son introduction dans le secteur du transport, le salaire minimum allemand rentre tout de suite dans la catégorie des hauts revenus. Il est ainsi dès le départ un peu plus élevé qu'en France (1 473 euros contre 1 458). Si on l'exprime en standards de pouvoir d'achat, il donne aussi aux Allemands une capacité d'acheter un peu plus importante par rapport aux Français, aux Belges ou aux Néerlandais (ces deux voisins étant pénalisés par leur coût de vie).
Mais les Allemands, comme tous les autres Européens, peuvent s'offrir toujours moins que les Luxembourgeois qui restent fermement accrochés à leur première place du meilleur salaire minimum (1 923 euros) depuis que peut s'en souvenir Eurostat (1999). (Jan Kordys)