Bruxelles, 27/02/2015 (Agence Europe) - Les bactéries Salmonella et Campylobacter, qui sont la cause des infections alimentaires les plus fréquentes, présentent des niveaux élevés de résistance aux antibiotiques couramment utilisés chez l'homme comme chez l'animal, confirme un rapport publié jeudi 26 février par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Une situation jugée préoccupante par les deux agences, car cela signifie que les options de traitement efficaces diminuent à mesure que ces types de bactéries (appelés « isolats ») continuent de résister aux médicaments antimicrobiens.
Ce rapport de synthèse EFSA-ECDC sur 'la résistance aux antimicrobiens dans les bactéries zoonotiques et indicatrices chez l'homme, l'animal et dans les aliments' analyse des données de 2013 en utilisant pour la première fois des critères d'interprétation similaires permettant la comparabilité des résultats ; « une avancée pour la lutte contre la résistance antimicrobienne », souligne Marta Hugas, de l'EFSA.
L'analyse montre notamment que des isolats de Salmonella multi-résistants aux médicaments continuent de se répandre dans toute l'Europe et qu'une résistance importante au ciprofloxacine chez des isolats de Campylobacter, à la fois chez l'homme et chez l'animal, a été signalée dans certains États membres.
La co-résistance à des antimicrobiens d'importance critique pour les deux bactéries demeure toutefois faible, ce qui tempère la noirceur du tableau.
« Les niveaux élevés de résistance aux fluoroquinolones observés chez des isolats de Campylobacter présents à la fois chez l'homme et les poulets de chair sont préoccupants, étant donné qu'une proportion élevée d'infections humaines à Campylobacter ont pour origine la manipulation, la préparation et la consommation de viande de poulets de chair. Des niveaux de résistance aussi élevés réduisent les options de traitement efficaces pour les infections graves à Campylobacter chez l'homme », résume, dans un communiqué, Mike Catchpole, scientifique en chef à l'ECDC.
Ainsi, la résistance de Salmonella aux antimicrobiens communément utilisés a été fréquemment détectée chez l'homme et l'animal (en particulier chez les poulets de chair et les dindes) et dans les produits dérivés à base de viande. La résistance à plusieurs médicaments était élevée (31,8% chez l'homme, 56% chez les poulets de chair, 73% chez les dindes et 37,9% chez les porcs d'engraissement). La propagation persistante de clones particulièrement multi-résistants aux médicaments, signalée pour des isolats présents à la fois chez l'homme et l'animal (poulets de chair, porcs et bovins), est préoccupante.
La résistance aux antimicrobiens communément utilisés, observée dans des isolats de Campylobacter, a été fréquemment détectée chez l'homme et l'animal (en particulier chez les poulets de chair, les porcs et les bovins). Dans les aliments, la résistance a été détectée dans la viande de poulets de chair. La résistance à la ciprofloxacine, un antimicrobien d'importance critique, était particulièrement élevée chez l'homme (ce qui signifie que les options de traitement pour les infections graves par ces bactéries zoonotiques sont réduites). S'agissant de Campylobacter jejuni, plus de la moitié des isolats présents à la fois chez l'homme et les poulets de chair (respectivement 54,6% et 54,5%) étaient également résistants à 35,8% chez les bovins. Pour C. coli, les deux tiers des isolats présents chez l'homme et les poulets de chair (respectivement 66,6% et 68,8%) étaient résistants, ainsi que 31,1% des isolats présents chez les porcs.
Les niveaux de co-résistance aux antimicrobiens d'importance critique chez Salmonella étaient faibles (0,2% chez l'homme, 0,3% chez les poulets de chair, et aucun chez les porcs d'engraissement et les dindes). Pour les isolats de Campylobacter, les taux de multirésistance aux médicaments et de corésistance aux antimicrobiens d'importance critique étaient en général signalés comme étant faibles à modérés chez l'animal (respectivement 0,5% et 1,1% dans les isolats de C. jejuni de poulets de chair et de bovins, respectivement 12,3% et 19,5% dans les isolats de C. coli de poulets de chair et de porcs d'engraissement) et faibles chez l'homme (1,7% pour C. jejuni et 4,1% pour C. coli).
Le rapport contient aussi des données relatives à la résistance dans des bactéries indicatrices Escherichia coli, des entérocoques indicateurs et dans Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline, chez l'animal et dans les aliments. (Aminata Niang)