Bruxelles, 16/10/2014 (Agence Europe) - Les tests de résistance (stress tests) du système énergétique de l'UE à une rupture de l'approvisionnement en gaz, dévoilés par le commissaire Günther Oettinger, jeudi 16 octobre, montrent qu'une interruption prolongée de l'approvisionnement en gaz russe aurait un impact important. L'exécutif européen prône donc une coopération accrue entre les États membres.
Après les pénuries de gaz conséquentes aux différends gaziers russo-ukrainiens de 2006 et 2009, la crise actuelle en Ukraine et les tensions avec la Russie ont de nouveau mis l'UE en alerte sur la gravité de sa dépendance à l'énergie importée et de la dépendance de certains de ses États membres à un fournisseur de gaz unique, la Russie en l'occurrence. La nouvelle stratégie commune pour la sécurité énergétique, présentée fin mai par la Commission, repose notamment sur des mesures à court terme pour renforcer la capacité de l'UE à surmonter une perturbation majeure de l'approvisionnement à l'hiver 2014/2015, à la lumière du différend gazier russo-ukrainien. À cet effet, l'exécutif européen a proposé de réaliser des tests de résistance du système énergétique de l'UE à une rupture de l'approvisionnement. L'objectif étant de disposer d'une vision claire des zones où se situeraient les pénuries les plus graves et des moyens envisageables pour y remédier. À la lumière de la crise ukrainienne, le Conseil européen des 26 et 27 juin avait soutenu la mise en place de mesures urgentes pour renforcer la résilience de l'UE et sa sécurité énergétique à court terme.
Le rapport publié jeudi par la Commission présente les résultats d'un exercice de modélisation mené par 38 pays européens, dont les 28 États membres de l'UE, les pays de la Communauté de l'énergie (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), Monténégro, Serbie, Kosovo, Moldavie et Ukraine), plus la Géorgie, la Norvège, la Suisse et la Turquie. Il analyse en particulier la résilience du système énergétique de l'UE à une crise gazière potentielle dans les prochains mois, à travers différents scénarios, dont celui d'un arrêt complet des importations de gaz russe dans l'UE, et celui d'une interruption des importations de gaz russe transitant par l'Ukraine pendant un à six mois.
Les tests montrent qu'une interruption prolongée aurait un impact important dans l'UE, en particulier pour ses États membres orientaux et dans les pays de la Communauté de l'énergie situés à l'est de l'Europe. Ainsi, la Finlande, l'Estonie, l'ARYM, la Bosnie-Herzégovine et la Serbie seraient privées de 60% de leur gaz et, dans ce scénario du pire, même les ménages pourraient ne plus pouvoir se chauffer. En revanche, une coopération accrue entre les pays permettrait qu'aucun ménage ne souffre du froid, a insisté M. Oettinger.
Les rapports nationaux montrent que les États membres de l'UE et les pays voisins envisagent une large gamme de mesures visant à atténuer l'impact d'une rupture de l'approvisionnement en gaz, allant de la diversification des sources d'approvisionnement à l'utilisation des réserves et des stocks stratégiques, en passant par des mesures de réduction de la demande et l'utilisation de combustibles de substitution lorsque cela est possible. Toutefois, de manière générale, ces plans sont souvent strictement limités au marché national et font trop rapidement appel à des mesures interventionnistes, explique la Commission. Le principe directeur devrait donc être, selon l'exécutif européen, une approche fondée sur le marché ne prévoyant de mesures d'autre nature (libération de stocks stratégiques, passage imposé à d'autres combustibles, réduction de la demande) qu'en cas de défaillance du marché.
Parmi les autres mesures à court terme basées sur l'analyse des tests de résistance, la Commission recommande une coopération énergétique renforcée entre les pays, notamment grâce à la maximisation des capacités d'interconnexion et à la suppression des restrictions au commerce transfrontalier d'énergie. En outre, la responsabilité devrait être partagée entre les pouvoirs publics et l'industrie à travers la mise en oeuvre du règlement 994/2010 sur la sécurité d'approvisionnement en gaz. Des changements de comportement à court terme devraient aussi être promulgués pour renforcer l'efficacité énergétique et réduire la demande.
Au plan méthodologique, le rapport de la Commission, qui sera soumis au Conseil européen des 23 et 24 octobre, consiste en une analyse agrégée des résultats communiqués par les États membres de l'UE et les pays de la Communauté de l'énergie. Il inclut une analyse d'impact réalisée par le réseau européen des gestionnaires de réseau de transport de gaz (ENTSO-G), en collaboration avec l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et les pays partenaires du G7 (États-Unis, Canada, Japon). Il inclut aussi l'analyse de trois groupes cibles (Europe du Sud-Ouest, États baltes et Finlande, Communauté de l'énergie) ainsi qu'un rapport sur la coopération avec le G7 et d'autres pays partenaires. Enfin, il s'accompagne d'un rapport sur le règlement sur la sécurité de l'approvisionnement en gaz.
L'UE importe 53% de l'énergie qu'elle consomme, soit une facture de près de 400 milliards d'euros par an. Sa dépendance est de 88% pour le pétrole, 66% pour le gaz naturel, 42% pour les combustibles fossiles solides (charbon) et de 40% pour le combustible nucléaire. (EH)