Istanbul, 16/10/2014 (Agence Europe) - Le président de l'organisation européenne des services de gestion aérienne (CANSO), Paul Riemens, a dénoncé, jeudi 16 octobre à Istanbul, le «ANSP bashing », soit une campagne de dénigrement à l'encontre de ces fournisseurs de services.
Avec plus de 100 jours de grève en deux ans, les contrôleurs aériens sont mal vus pour faire part de leur mécontentement à propos de la réforme de la gestion du trafic aérien telle que prévue dans le cadre du Ciel unique européen (CUE). Présent à Istanbul pour l'Aviation Leadership Summit, organisé par l'association européenne des compagnies aériennes (AEA), M. Riemens a argumenté leur démarche.
« Commission européenne, États membres, compagnies aériennes, vous pouvez continuer à critiquer les fournisseurs de services de navigation aérienne (ANSP) pour améliorer la performance et diminuer les coûts, ça ne changera rien ! », a averti M. Riemens. Il déplore que le projet de CUE, désespérément porté à bout de bras par la Commission européenne, fait trop la part belle au bâton à l'encontre des gestionnaires aériens, mais pas assez à la carotte. Les propositions européennes, reformulées notamment dans le paquet CUE 2+, n'offriraient pas assez d'incitants au secteur pour se réformer et faire preuve de plus d'efficacité, explique-t-il. L'investissement via l'entreprise conjointe SESAR, le bras technique du Ciel unique européen, va dans la bonne direction, estime M. Riemens, mais plus d'investissements, sous d'autres formes, sont encore nécessaires. « Il vaut mieux investir d'abord dans la gestion du trafic aérien, et ensuite obtenir une réduction des coûts », conseille-t-il. M. Riemens explique que la mise en place des blocs d'espace aérien est assimilable à un « suicide » pour les fournisseurs de services de navigation aérienne, car pour ceux-ci, « plus long est le vol, plus cela rapporte d'argent ».
Il recommande dès lors de repenser la chaîne de valeur et de réfléchir à la meilleure façon de fournir des incitants à ces fournisseurs de services aériens. La marge de manoeuvre est étroite au sein du paquet CUE 2+ actuellement discuté au Parlement européen et au Conseil, mais il reconnaît qu'il y a des éléments intéressants, notamment la possibilité d'établir des partenariats publics-privés pour les services de navigation aérienne.
M. Riemens admet que la grève n'est jamais une solution, mais insiste sur le fait que beaucoup de gens ont peur de perdre leur emploi. Il n'exclut pas que d'autres grèves des gestionnaires du trafic aérien aient encore lieu à l'avenir. (MD)