Bruxelles, 20/05/2014 (Agence Europe) - Le candidat du Parti de l'alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE) à la présidence de la Commission européenne, le Belge Guy Verhofstadt, se pose en outsider en mesure de réunir une majorité d'États et d'eurodéputés autour de son projet. Ardent défenseur de la méthode communautaire, l'ancien Premier ministre belge met en avant pour EUROPE son programme d'inspiration fédéraliste dont l'axe principal est l'intégration économique dans une série de secteurs clefs tels que l'énergie et les télécommunications. (Propos recueillis par SP)
Agence Europe - Des sondages rapides, réalisés à l'issue du débat électoral du 15 mai, vous ont placé 2ème, juste après A. Tsipras (EUROPE 11081). Que vous inspire le fait que le leader de la Gauche radicale européenne apparaisse comme le candidat le plus populaire ?
Guy Verhofstadt - Il y a d'autres sondages qui me donnent gagnant de ce débat ! Il ne s'agit que d'un sondage en ligne, ce genre d'études n'est pas toujours très sérieux. Le vrai sondage, c'est l'élection. Et le fait que plus de 100 000 tweets aient pu être échangés au cours de ce débat, selon les données qui ont circulé, démontre une chose: les gens s'intéressent au fond. C'est bien. C'est une grande évolution, nous n'avons jamais connu cela dans le passé. Certes, on pourrait améliorer cet exercice dans le futur - nous avons par exemple protesté contre le format « duel » de certains débats - mais c'est un bon début.
Les sondages vous placent de manière constante en 3ème position après les candidats des partis PPE et S&D. La Commission européenne s'éloigne-t-elle ?
Le président de la Commission européenne ne sera pas forcément celui qui aura obtenu le plus grand score. Si j'obtiens ce résultat et un groupe plus grand, nous serons incontournables.
Mon objectif est de rassembler une majorité de parlementaires autour de mon programme, qui se distingue clairement de celui des autres candidats. Je partage une chose avec les eurosceptiques, à savoir qu'il faut une autre Europe. À la différence des conservateurs, je ne dis pas que la crise est derrière nous et je ne nie pas les problèmes. Nous ne sommes pas sortis de la crise, la croissance n'a été que de 0,2% du PIB pendant les premiers mois de 2014. Et nous sommes une alternative aux socialistes: nous ne voulons pas bâtir sur de nouvelles dettes. Les alliances se feront sur le contenu des programmes, les valeurs. Mais nous chercherons d'abord à rassembler un maximum de députés autour de nous. Je fais la course pour la présidence de la Commission, pas pour un autre poste et pas par rapport aux rumeurs de couloirs.
Vous mettez régulièrement en garde contre une tentative des États membres de choisir un président de la Commission en dehors des candidats officiels. Ce risque est-il réel ?
Si je peux donner un conseil aux chefs d'État et de gouvernement, c'est de ne pas détruire la démocratie européenne… Je pense que le Parlement européen ne laissera pas passer une telle chose et il n'y a aucune possibilité de désigner un président de la Commission sans majorité au Parlement. C'est très clair.
Vous plaidez pour une nouvelle intégration sur les secteurs clefs comme l'énergie, les télécommunications. Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?
Il faut faire un nouveau saut, s'inspirer de ce qu'a fait Jacques Delors dans les années 1980, une période d'euro-sclérose similaire à la période actuelle et avec des pays endettés. Il a réalisé le Marché intérieur. Il faut faire la même chose, développer une communauté européenne dans les secteurs que vous avez cités, plus celui des banques. L'union bancaire notamment doit être complétée. Il faut essayer de créer des géants européens dans ces domaines, par exemple dans les télécoms, où l'on ne peut plus continuer avec 28 opérateurs et régulateurs différents, et se servir du cadre européen comme cadre de référence. Nous pouvons aussi prévoir des achats communs, dans le domaine de l'énergie par exemple. Cela a marché en 1992: les entreprises avaient commencé à investir et avaient créé des emplois. Pourquoi cela ne marcherait pas aujourd'hui ?
Sur l'économie, quelle serait votre 'marque de fabrique' ? Que faire des 'arrangements contractuels' à travers lesquels un pays s'engagerait à se réformer en échange d'une aide européenne ?
Nous avons besoin d'une autre gouvernance économique, sans aucun doute. Les stratégies de 'Lisbonne' et 'EUROPE 2020' ne sont que documents, un catalogue d'indices...
Je ne suis pas favorable à ces contrats individuels. Je suis pour la rigueur au niveau de l'Union économique et monétaire mais aussi pour une liberté d'action des États membres pour mener leurs réformes dans ce que j'appelle un 'cadre de convergence'. Il faut des balises au niveau européen avec des paramètres minimum obligatoires. Et pour le reste une liberté d'action.
Faut-il fusionner président de l'Eurogroupe et commissaire aux Affaires économiques ?
En matière d'économie, je suis certainement favorable au rassemblement des compétences sous forme de 'clusters', sur le Pacte de stabilité par exemple.
Mais je suis d'avis qu'il faut donner le pouvoir à la Commission plutôt qu'aux États membres.
Le parti ADLE est attaché à la concurrence fiscale tout en luttant contre l'évasion fiscale, une position opposée à celle des socialistes qui veut un impôt minimum standard pour les entreprises…
Oui, nous sommes en faveur d'une compétition dans ce domaine. Sans cela, nous assisterions à une hausse d'impôts partout en Europe et à une perte de compétitivité.
Sur l'évasion fiscale, il faut fixer une définition commune.