Bruxelles, 19/03/2014 (Agence Europe) - Le Conseil européen des jeudi 20 et vendredi 21 mars sera clairement focalisé sur la crise en Ukraine, ont concédé, mercredi 19 mars, plusieurs diplomates européens.
Les chefs d'État et de gouvernement devraient discuter, jeudi lors du dîner, de la situation sur le terrain après le rattachement de la Crimée à la Russie et pourraient décider de sanctions supplémentaires. Mais, selon plusieurs sources, la réponse européenne devrait être mesurée. « Le bon niveau (de sanctions) est celui qui assure l'unité des Européens », a expliqué un diplomate d'un État membre. « L'annexion de la Crimée est-elle la ligne rouge pour la phase 3 » du plan d'action décidé par les dirigeants européens le 6 mars, étape qui comprend des sanctions économiques ?, s'est demandé un diplomate (EUROPE11033)
Plutôt que passer à l'étape 3, selon plusieurs sources, les chefs d'État et de gouvernement pourraient se contenter d'un accord politique pour allonger la liste des personnes privées de visas dont les avoirs dans l'UE seraient gelés. Ainsi, des membres du gouvernement russe, des proches du président Vladimir Poutine et des représentants des médias pourraient être ajoutés. Le sommet UE-Russie, prévu en juin à Sotchi, devrait aussi être officiellement annulé.
Si les pays baltes ou encore la Pologne seraient favorables à la phase 3, d'autres pays seraient beaucoup plus réticents, comme le Luxembourg ou Chypre. Lors du Conseil Affaires étrangères du 17 mars, le ministre chypriote Ioannis Kasoulides avait précisé qu'il était opposé à des mesures qui « nous pénaliseraient nous (les Européens) et notre économie ». Le ministre avait précisé qu'en cas de mesures de ce type, Nicosie demanderait des mesures compensatoires. « Il va falloir un travail d'analyse plus approfondi par les institutions européennes » concernant l'impact des mesures qui pourraient être prises d'un point de vue économique, financier et énergétique et sur la réaction que pourrait avoir la Russie, a précisé un diplomate d'un autre État membre. Il a ajouté que des mesures supplémentaires peuvent être prises sans qu'elles soient de nature économique, commerciale, financière ou énergétique, mais plutôt politique et sur « ce que nous faisons avec la relation avec la Russie ».
Selon un diplomate, M. Poutine attend que les Européens décident des sanctions économiques pour les voir se diviser. Car les divergences demeurent, notamment sur la définition des conclusions du 6 mars sur la phase 3: Que qualifie-t-on de « toute autre mesure de la Russie qui serait de nature à déstabiliser la situation » en Ukraine ? Que signifie « un grand nombre de domaines économiques » ? Selon une source européenne, les Vingt-huit pourraient essayer de préciser ces éléments. Les dirigeants européens pourraient mandater la Commission de préparer l'étape 3, une préparation qu'elle a commencée officieusement.
Les chefs d'État et de gouvernement discuteront aussi de l'aide à apporter à l'Ukraine. Vendredi 21 mars, avant de reprendre leurs travaux, les dirigeants européens signeront avec le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, les chapitres politiques de l'accord d'association UE/Ukraine.
Nouvelle aide conditionnelle d'1 milliard d'euros.
La Commission européenne a proposé, mercredi 19 mars, d'octroyer une nouvelle aide macro-financière (MFA) d'1 milliard d'euros à Kiev. Cette aide, qui s'ajoute à celle de 610 millions ayant déjà été conclue, s'intégrerait à un programme d'aide global actuellement négocié entre l'Ukraine et le FMI.
« Ce prêt a pour objectif d'aider l'Ukraine à faire face à ses besoins financiers immédiats et de soutenir les réformes économiques dans le pays », a déclaré le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn. Il a évoqué les conditions que l'UE entend attacher à cette aide financière. Les autorités ukrainiennes seront invitées à adopter des « réformes structurelles » destinées à améliorer « la gestion des finances publiques », à consolider « le filet de sécurité social » et à « combattre la corruption ». Il a admis que la question de la fixation des prix de l'énergie allait être soulevée lors des négociations qui vont s'engager avec le pouvoir ukrainien. Ces prix sont « fortement subventionnés et constituent une lourde charge pour les finances publiques » ukrainiennes, a-t-il considéré tout en recommandant qu'une modification de la tarification énergétique puisse inclure des mesures spécifiques pour les populations vulnérables afin d'affronter les « conséquences sociales » d'un tel changement.
Début mars, la Commission a annoncé un paquet global d'aide de l'UE de 11 milliards d'euros incluant les deux MFA d'une valeur totale d'1,6 milliard d'euros (EUROPE 11032). La semaine dernière, elle avait mis sur la table des mesures de libéralisation tarifaire temporaire devant permettre aux exportateurs ukrainiens vers l'UE d'économiser chaque année 500 millions d'euros de taxes douanières (EUROPE 11036). (CG avec AN, MB, MD, EH)