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Bulletin Quotidien Europe N° 11028
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SOCIAL - CULTURE / (ae) social

Guy Ryder appelle à plus de solidarité entre le sud et le nord de l'UE

Bruxelles, 27/02/2014 (Agence Europe) - À la veille de la conférence à Bruxelles sur le modèle social européen, organisée conjointement par l'Organisation internationale du travail (OIT) et la Commission européenne, Guy Ryder, le directeur exécutif de l'OIT, a bien voulu répondre, mercredi 26 février, aux questions d'EUROPE. Syndicaliste britannique, né à Liverpool, M. Ryder revient dans cet entretien sur les bienfaits d'un modèle social propre aux Européens, mais qui est mis aujourd'hui en péril tant par la crise économique et sociale que par les politiques appliquées pour y faire face, particulièrement dans les pays du sud de l'Europe. (Propos recueillis par Jan Kordys)

Agence Europe - Après ces années de crise économique et sociale, peut-on encore parler d'un modèle social européen ? Comment alors le définir ?

Guy Ryder - Ce modèle se caractérise par la place centrale accordée à la cohésion sociale. À l'OIT, nous parlons beaucoup de notre mission de promouvoir la justice sociale, mais je mettrais ces deux notions l'une à côté de l'autre. En plaçant en son centre la cohésion sociale, ce modèle met l'accent sur des objectifs et identités communs en Europe et sur un partage de responsabilités. Ce qui est le plus important, c'est que ce modèle est très respectueux des droits fondamentaux, y compris du droit du travail, et que ces droits doivent être protégés dans des temps difficiles. C'est clair que l'emploi et l'accès à un travail décent en sont des éléments centraux. Pour cette raison, il est également nécessaire qu'un niveau adéquat de protection sociale soit maintenu. Le fait que, dès le départ, l'Europe ait accordé beaucoup d'importance au dialogue, y compris au dialogue entre les gouvernements, les syndicats et les employeurs, est une garantie d'arriver à des solutions satisfaisantes. Mais tout cela requiert de l'investissement et une base institutionnelle solide, que l'Europe a. Lorsque la crise a éclaté autour de 2008, on a très clairement vu que le modèle social européen était un élément qui a permis de résister aux conséquences de la crise. À bien des égards, l'Europe s'est mieux portée dans les premières années de la crise que d'autres régions du monde, précisément du fait de toutes les caractéristiques de son modèle social. La crise a peut-être fait en sorte que certaines de ces caractéristiques sont aujourd'hui moins en vue. Nous devons être très clairs sur le fait que ce modèle est essentiel pour surmonter la crise et non pas quelque chose qui peut être abandonné à cause de la crise. (…) Ce serait une des conséquences des plus dommageables de la crise si l'Europe devait abandonner un tel modèle.

La crise a endommagé ce modèle à bien des égards. Le commissaire Laszlo Andor a souligné à plusieurs reprises qu'il y a un écart qui se creuse entre les pays du sud et du nord de l'Europe. Comment expliquez-vous ce phénomène et qu'est-ce qui pourrait être fait pour le réduire ?

Le commissaire Andor a raison de le souligner. Cela pose un défi pour l'unité du modèle social européen et le projet européen. Cela souligne le besoin pour tous les pays européens de prendre une responsabilité partagée dans ce qui arrive dans les pays en difficulté. Cela n'a pas aidé que l'on exige des pays du sud, parce qu'ils se trouvaient face à des difficultés budgétaires, des réformes structurelles, qui n'ont fait qu'accroître les divergences entre le Nord et le Sud. Je pense que nous devons nous assurer que de telles réformes, qui restent souvent nécessaires, ne créent pas un écart grandissant et éventuellement irréparable entre le Nord et le Sud.

Qu'entendez-vous par le besoin d'une responsabilité partagée ?

Je pense que nous devons en premier lieu surpasser la fragmentation des marchés financiers en Europe et cela requiert des efforts collectifs en termes d'union bancaire. À la fin de l'année dernière, je me suis rendu au Portugal, où j'ai parlé avec des petits entrepreneurs, dont le souci principal est de rembourser un crédit avec des intérêts de 6 à 9%, dans l'hypothèse où ils parviennent à obtenir ce crédit. En Allemagne, ce taux serait plutôt aux alentours de 2%. De la même manière, on met la pression sur les pays déficitaires, qui sont déjà confrontés à des difficultés budgétaires, pour qu'ils corrigent leur dette publique d'une façon qui est très douloureuse. On doit demander à ces pays qui ont les moyens budgétaires de prendre leur part de responsabilité pour promouvoir la croissance économique en Europe. Il y a aussi ce problème de la manière dont la troïka (FMI, BCE et la Commission, Ndlr) est intervenue dans les pays sous programme. Parfois, les exigences quant au marché du travail n'ont pas été tout à fait raisonnables.

Pour corriger ce problème, certains, dont la Commission, ont évoqué l'idée d'un système d'assurance-chômage propre à l'Union économique et monétaire. Qu'en pensez-vous ?

Il y a un certain nombre de domaines que nous devons explorer en termes de politiques de marché du travail. Certainement, des idées comme EURES, la structure liant les services publics d'emploi, sont des concepts très intéressants. Si nous considérons que nous avons un marché du travail unique en Europe, alors nous avons besoin d'institutions qui le sous-tendent. Je crois que nous devons nous pencher sur cette question d'un système d'assurance-chômage, mais en prenant en compte les différentes sensibilités qui existent. Si nous sommes sérieux au sujet d'un marché du travail unique et quant à la mobilité au sein de ce marché comme une des manières de réagir à la crise et aux différences entre les marchés nationaux, alors là je pense que c'est juste d'y voir un moyen de progrès.

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