Bruxelles, 27/02/2014 (Agence Europe) - Un nouveau rapport de l'ONG environnementaliste met en exergue l'incapacité des grands électriciens à s'adapter à l'évolution des conditions du marché.
Les plus grandes compagnies européennes d'électricité sont en difficulté à cause de leur réticence à remettre en question leur modèle d'affaire dépassé face à de profondes modifications structurelles du marché de l'énergie en Europe, explique Greenpeace, dans un rapport publié le 27 février, intitulé « Enlisés dans le passé, pourquoi les grands énergéticiens ont peur du changement ». Ce rapport montre dans quelle mesure ces géants de l'énergie voient leurs comptes plombés par des surinvestissements dans des installations de gaz et de charbon, et continuent de négliger des opportunités lucratives dans un secteur des énergies renouvelables en pleine expansion. Incapables de s'adapter aux nouvelles réalités du marché, ces entreprises ont perdu près d'un demi-milliard d'euros en cinq ans, explique l'ONG environnementaliste. « Ces grands énergéticiens sont des animaux blessés, avec des profits en berne et des perspectives sombres. Jusqu'à présent, leur réponse a été de s'en prendre aux énergies renouvelables et faire pression de manière agressive contre des politiques qui aident à assurer une transformation énergétique. Mais leur échec d'adaptation ne rendra que plus difficile à défendre leur statut de mâles dominants dans un environnement de plus en plus hostile qui pourrait signifier leur chute », explique la directrice du département énergie et transports chez Greenpeace, Franziska Achterberg.
Greenpeace constate que 4% seulement de l'électricité produite par les dix plus grands énergéticiens européens - les allemands RWE, E.ON et EnBw, les français EdF et GdF Suez, le suédois Vattenfall, l'italien ENEL, l'espagnol Iberdrola, le tchèque CEZ et le polonais PGE, qui génèrent 58% de l'électricité produite dans l'UE -, proviennent de sources renouvelables (hors hydroélectricité). Et que, malgré le ralentissement de la demande, les entreprises énergétiques ont ajouté 85 gigawatts de capacité de production d'électricité à partir de combustibles fossiles ces dix dernières années, l'équivalent de toutes les centrales électriques à combustibles fossiles de l'Allemagne. Pour maintenir leurs niveaux de profits de 2012 déjà réduits, elles devront arrêter 50 gigawatts de capacité de production d'électricité fossile d'ici 2017, prévient l'organisation.
« Après avoir raté le train de la révolution des renouvelables, les entreprises énergétiques essaient maintenant de le faire dérailler en mettant la pression sur les gouvernements de l'UE pour revenir en arrière. Dans le débat sur le cadre « Énergie/Climat » à l'horizon 2030, les compagnies d'électricité s'opposent aux objectifs visant à accroître la part des renouvelables et à réduire la consommation d'énergie », déplore Greenpeace, qui souligne que certaines d'entre elles, comme Iberdrola, E.ON et ENEL, ont, prises ensemble, vu les revenus annuels de leurs activités en matière d'énergies renouvelables atteindre entre 4 à 5 milliards d'euros. « Les grandes entreprises d'électricité n'ont d'autre choix que de revoir leurs stratégies. Les gouvernements de l'UE, souvent eux-mêmes principaux actionnaires de ces entreprises, ont la responsabilité de les faire évoluer vers de nouveaux modèles économiquement et écologiquement durables. Et ils doivent convenir de trois objectifs contraignants pour l'UE à l'horizon 2030: augmenter la part des renouvelables à 45%, réduire les émissions de carbone d'au moins 55% et améliorer l'efficacité énergétique de 40% », conclut-elle. (EH)