Bruxelles, 10/12/2013 (Agence Europe) - Aux niveaux actuels d'exposition, l'aspartame (nom de code: E 951), édulcorant artificiel autorisé comme additif alimentaire dans l'UE, et ses produits de dégradation sont sûrs pour la consommation humaine, à une exception près, a affirmé l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) dans un nouvel avis scientifique très attendu, publié mardi 10 décembre.
Selon l'EFSA, la dose journalière acceptable (DJA) actuelle fixée à 40 mg/kg de poids corporel/jour, établie sur la base de la toxicité chronique chez les animaux, constitue une protection adéquate pour la population humaine générale. Toutefois, chez les patients souffrant du trouble médical phénylcétonurie (PCU), la DJA n'est pas applicable car cette catégorie de population doit observer un régime strict faible en phénylalanine, un acide aminé présent dans les protéines. C'est la conclusion à laquelle sont parvenus les experts du groupe scientifique de l'EFSA sur les additifs alimentaires et les sources de nutriments ajoutés aux aliments (groupe ANS) en procédant à l'examen de toutes les informations scientifiques disponibles et des études menées tant chez l'animal que chez l'homme.
Répondant à la demande de la Commission européenne qui, en mai 2011, l'avait mandatée pour procéder à une nouvelle évaluation complète de la sécurité de l'aspartame, cet édulcorant artificiel controversé en raison de ses risques potentiels et effets secondaires indésirables pour la santé, l'EFSA réitère les conclusions auxquelles elle était parvenue dans son avis préliminaire publié en janvier dernier.
« Cet avis représente l'une des évaluations les plus exhaustives des risques associés à l'aspartame jamais entreprise. C'est une avancée qui permettra de renforcer la confiance des consommateurs dans les fondements scientifiques qui étayent le système de sécurité des aliments de l'UE et la réglementation des additifs alimentaires. Il n'y a pas de preuve que l'aspartame puisse avoir un effet carcinogène, qu'il puisse causer le cancer chez l'homme », a déclaré le docteur Alicja Mortensen, présidente du groupe ANS, lors d'une conférence de presse à Bruxelles. Et de préciser que « le niveau actuel d'exposition est inférieur à la dose journalière acceptable ».
Les experts de l'EFSA excluent le risque potentiel que l'aspartame provoque des dommages aux gènes ou induise le cancer. Ils affirment en outre que l'aspartame n'entraîne pas de dommages pour le cerveau et le système nerveux et qu'il n'affecte pas le comportement ou le fonctionnement cognitif chez les enfants et les adultes. S'agissant de la grossesse, le groupe ANS note qu'à la dose journalière acceptable actuelle (sauf chez les femmes souffrant de PCU), il n'existe pas de risque pour le développement du foetus suite à une exposition à la phénylalanine dérivée de l'aspartame. « La phenylalanine est un composant de toute protéine. Tous les produits en contenant sont étiquetés comme tels car pour les personnes souffrant de PCU, l'apport en phénylalanine doit être contrôlé », a précisé le Dr Claude Lambré, vice-président du groupe ANS
L'avis indique clairement que les produits de la dégradation de l'aspartame (phénylalanine, méthanol et acide aspartique) sont aussi naturellement présents dans d'autres aliments (le méthanol, par exemple, se retrouve dans des fruits et des légumes) et que la contribution des produits de dégradation de l'aspartame à l'exposition alimentaire globale à ces substances est faible.
Invité à expliquer ce que représente la DJA dans le cas d'un enfant de 20 kg exposé au risque d'une consommation cumulée d'aspartame présent dans de nombreux produits (boissons, bonbons yaourts, etc.), il a répondu: « La DJA est définie comme étant 1% d'une dose qui, chez l'animal exposé toute sa vie durant ne provoque pas d'effet. Il n'y a pas de danger à dépasser la DJA dans le cadre d'un régime alimentaire équilibré. 1 bouteille de Coca light d'un litre et demi contient 500 mg d'aspartame. Du point de vue de l'équilibre nutritionnel, il n'est pas sain de boire 1 litre et demi de Coca light par jour tout au long de sa vie ».
L'avis décrit les critères utilisés pour identifier les études pertinentes pour l'évaluation des risques ainsi que les normes appliquées pour évaluer les preuves scientifiques. Les experts de l'EFSA se sont penchés sur toutes les incertitudes liées à l'évaluation de l'aspartame. L'avis explique comment ces dernières ont été prises en compte dans l'évaluation des risques pour s'assurer que les risques potentiels associés à l'aspartame n'aient pas été sous-estimés. « Il n'y a pas de préoccupation pour la sécurité, donc il n'y a pas de raison de revoir la dose journalière acceptable », a conclu George Kass, chef d'unité à l'EFSA, en précisant que le réexamen complet, initialement prévu pour 2020, avait été anticipé à 2013 en raison de préoccupations liées à de nouvelles études « dont l'examen n'a pas apporté de nouvelle preuve de risques ». Attendue en mai 2013, la publication de cet avis avait été différée d'un commun accord entre l'EFSA et la Commission pour donner au scientifiques de l'EFSA davantage de temps pour examiner les nouvelles informations reçues suite à la consultation publique organisée du 9 janvier au 15 février sur le projet d'avis et répondre aux 219 contributions reçues par l'Agence et débattues en avril avec toutes les parties prenantes. (EUROPE n° 10848 et 10824). (AN)