Bruxelles, 20/11/2013 (Agence Europe) - Les chefs de file des groupes politiques au Parlement européen ont condamné, le 19 novembre, la condition des employés étrangers au Qatar, dont ceux qui construisent les stades pour la Coupe du Monde de football 2022. Un débat en plénière sur le sujet aura lieu jeudi 21 novembre et une résolution d'urgence sera mise au vote le jour même. Le président du groupe S&D au PE, Hannes Swoboda, a souhaité qu'une délégation de parlementaires se rende sur place pour « faire un rapport pour avoir une vue plus claire de la situation ».
Rappelant que les employés appartiennent à leur employeur et ne peuvent quitter le Qatar sans son autorisation, le vice-président du groupe des Verts/ALE, Daniel Cohn Bendit, s'est indigné: « C'est un scandale et personne ne dit rien (…) Les Qataris achètent tout le monde et donc on accepte l'esclavagisme ». Il a souhaité que tous ceux qui ont milité pour l'organisation du Mondial au Qatar, dont les anciens footballeurs français Zinedine Zidane et Michel Platini, s'y intéressent. « S'ils ouvraient un peu la gueule, peut-être qu'au moins (…) on pourrait arrêter l'esclavage au 21ème siècle au Qatar », a-t-il expliqué
M. Swoboda s'est aussi dit « très préoccupé » par la façon dont les migrants sont traités, qu'il a qualifiée « d'inacceptable ». « Il y a des abus commis contre les travailleurs migrants souvent comparés à des animaux, des esclaves, c'est grave », a-t-il souligné. « La situation des employés pour la construction des stades est au-delà du scandale. On a quasiment construit des bagnes, des lieux de travaux forcés pour des gens qui ne sont quasiment pas payés, logés dans des conditions épouvantables, avec des restrictions aux libertés, c'est inadmissible », a pour sa part souligné Patrick Le Hyaric pour la GUE.
Précisant que la résolution d'urgence ne devrait pas appeler au boycott, M. Swoboda a cependant expliqué que, si rien ne change, cela pourrait être une bonne idée de ne pas participer. « On devrait trouver un moyen de pression pour que, si les choses continuent, on ne puisse pas jouer dans les stades construits par des bagnards, c'est un enjeu de solidarité humaine », a expliqué M. Le Hyaric.
La semaine dernière, le porte-parole de la Haute représentante, Michael Mann, a précisé que l'UE est « préoccupée » par les rapports concernant les allégations de mauvais traitements. « L'UE a toujours plaidé en faveur d'une législation plus décisive et de mesures d'exécution qui doivent être prises (…) pour régler la situation des travailleurs migrants, qui, en dépit des progrès accomplis ces dernières années, nécessite encore quelques améliorations conformément aux conventions de l'Organisation internationale du travail et en collaboration avec les pays d'origine des travailleurs étrangers ». M. Mann a salué l'initiative des autorités à mener une enquête approfondie sur ces allégations. « Nous attendons ses conclusions, qui devraient aider les autorités à remédier aux lacunes », a-t-il ajouté, précisant que l'UE se félicite de l'engagement du Comité suprême Qatar 2022 de fournir un traitement approprié aux travailleurs et de suivre de près les développements ultérieurs.
L'organisation Amnesty International dénonce une exploitation « alarmante » des travailleurs immigrés, appelant la Fédération internationale de football à faire pression sur le Qatar pour qu'il améliore leurs conditions. 44 ouvriers auraient péri cet été sur les chantiers de la Coupe du Monde. Des citoyens européens se sont aussi retrouvés bloqués à la suite de différends avec leurs employeurs, qui ne les autorisaient pas à repartir. (CG)