Important pour les citoyens. L'activité européenne visant à transformer le fonctionnement du monde de la finance se poursuit à un rythme intense, mais elle est largement ignorée par les opinions publiques (et souvent aussi par quelques forces politiques, de bonne ou de mauvaise foi) pour la simple et bonne raison que la concrétisation des réformes est lente et progressive: il faut attendre. Mais d'autres évolutions européennes ou internationales méritent aussi de retenir l'attention, à cause de leurs effets sur la vie quotidienne de chacun. J'en évoque deux ; la première concerne un élément des ressources énergétiques de l'Europe, la seconde un aspect du fonctionnement du monde bancaire.
Méditerranée: ressources en gaz naturel dépassant les prévisions. L'existence de gaz dans la mer qui entoure Chypre, les gisements s'étendant vers la Turquie, Israël et le Liban, était connue. Ce qui surprend aujourd'hui c'est l'ampleur de ces gisements: les compagnies pétrolières parlent de réserves de l'ordre de mille milliards de mètres cubes, chiffre difficile à évaluer mais qui indique une réalité pharamineuse. Israël, qui exploite déjà les gisements situés dans ses eaux territoriales, est devenu exportateur de gaz, alors qu'il était importateur. Plusieurs colosses mondiaux (Total, Noble Energy, ENI et même le coréen Kogas) sont sur place. Les effets économiques et aussi politiques de ces découvertes seront pour Chypre plus que considérables, et ils auront une influence importante sur l'UE comme ensemble.
Mais c'est lentement et progressivement que la manne sera disponible. Le gaz chypriote ne sera opérationnel que d'ici un certain nombre d'années: entre 2018 et 2020 selon les techniciens. Il est vrai qu'une partie des effets indirects pourra être plus rapide ; par exemple, ENI s'est offerte pour financer dans l'île une installation pour la liquéfaction du gaz. Et il faut tenir compte des obstacles politiques: une partie de l'île de Chypre, on le sait, comprend une République autonome que seule la Turquie reconnaît et qui se considère logiquement propriétaire d'une partie des gisements maritimes de gaz.
Pourquoi j'insiste sur ce dossier ? En raison de ses effets économiques et même politiques. L'UE dépend de la Russie, l'Algérie et la Lybie pour son approvisionnement en gaz et l'ampleur des gisements autour de Chypre renforcera son autonomie. En outre et surtout, l'exploitation de ces gisements entraînera une réduction du prix, élément très important pour l'industrie européenne, face notamment à la concurrence de l'industrie américaine qui bénéficie et surtout bénéficiera à l'avenir d'un coût de l'énergie en baisse constante grâce au gaz de schiste. Pour commencer, la Lituanie a déjà demandé à la Russie de réduire le prix du gaz qu'elle livre aux trois pays baltes, en le définissant excessif et insoutenable.
Pour ces motifs, le gaz chypriote devrait avoir beaucoup d'importance pour l'Europe.
Vers les deux catégories de banques ? Les nouvelles disciplines de l'activité bancaire progressent dans l'UE de façon radicale, mais des délais considérables sont nécessaires pour les mettre en œuvre. C'est pourquoi, à mon avis, une initiative parallèle mérite d'être soulignée: la relance d'une mesure importante à laquelle les institutions européennes donnent l'impression d'avoir renoncé. Je me réfère à la séparation claire et absolue des banques en deux catégories: les banques commerciales d'un côté, les banques d'affaires de l'autre. C'est un système qui avait existé aux États-Unis entre 1933 et 1999 (Banking Act), avant d'être abandonné sous Clinton. En Europe cette solution n'a jamais pris une forme claire et explicite, les banques ayant réussi à faire valoir un ensemble de raisons, sans doute techniquement habiles, pour l'éviter, en obtenant que les institutions européennes la mettent de côté. En fait, l'appui à cette séparation subsiste (au sein du PE, l'écologiste Philippe Lamberts l'a réclamée encore récemment), mais dans l'ombre, sans éclat.
C'est ainsi que la nouvelle tentative n'est pas européenne, mais américaine ! Elizabeth Warren, sénatrice démocrate du Massachusetts, a relancé cette idée à Washington, expliquant que les banques commerciales doivent redevenir ennuyeuses, sans acrobaties, ni spéculations. Sous le régime actuel, les quatre principales banques américaines maintiennent les opérations à risque ; or, les jeux de hasard doivent être éloignés de l'épargne honnête: Bank of America et Citigroup doivent renoncer à l'activité de trading.
Mme Warren reconnaît que l'opération est ardue, car les banques sont puissantes ; mais son projet de nouvelle loi bancaire est maintenant devant le Sénat. On attend l'initiative européenne analogue.
(FR)