Strasbourg, 13/12/2012 (Agence Europe) - C'est à deux chaises vides que le Parlement européen a décerné, mercredi 12 décembre à Strasbourg, le prix Sakharov 2012 pour la liberté d'esprit. En effet, l'avocate Nasrin Sotoudeh et le cinéaste Jafar Panahi, les deux militants iraniens pour les droits de l'homme auxquels il est attribué, sont sujets à une peine de prison. Tous deux ont donc mandaté cinq personnes pour les représenter, et recevoir ce prix. Celui-ci doit être compris comme un message d'encouragement à l'égard de la République d'Iran, a déclaré le président du Parlement européen, Martin Schulz.
Militants iraniens. Mme Sotoudeh est emprisonnée à Téhéran et vient de mettre fin à une grève de la faim. Elle est accusée de propagande et de conspiration portant atteinte à la sûreté de l'État. Le prix Sakharov lui revient pour célébrer sa défense de militants de l'opposition, de mineurs encourant la peine de mort, de femmes et de prisonniers d'opinion. La peine d'emprisonnement de 6 ans de M. Panahi n'est pas effective mais il ne peut quitter le pays. Ses films portent sur les difficultés des enfants, des pauvres et des femmes en Iran, et c'est pour cette raison qu'il est accusé de propagande contre la république islamique.
Encouragement. En leur décernant le prix Sakharov 2012, le président du Parlement européen, Martin Schulz, a déclaré qu'il s'agissait aussi d'un message de son institution au régime iranien, notamment d'encouragement, lançant à celui-ci: « Vous êtes sous observation. Les victimes à qui nous rendons hommage aujourd'hui son nos amis, nos alliés. Je lance un appel à ce régime et le Parlement européen rend hommage à ces deux personnes comme un homme et une femme qui militent pour un autre Iran, meilleur, qui respecte les droits de l'homme, pour une autre gouvernance que le régime de la honte que connaît le pays actuellement. »
Justice. Par la voix de Shirin Ebadi, Prix Nobel 2003, Mme Sotoudeh a fait savoir qu'elle n'avait qu'un seul rêve: « Je rêve de la réalisation de la justice et je crois que ce rêve sera réalisé dans mon pays par l'indépendance de la Justice. » Pour sa part, M. Panahia, par le biais du réalisateur Constantinos Gavras, a fait la déclaration suivante: « Désormais, la question est de savoir pourquoi les gouvernements, omniprésents et tout puissants, deviennent chaque jour plus intolérants. L'histoire est le récit de quelques-uns, qui rendent la vie de nombreux autres malheureuse, en utilisant les excuses les plus inacceptables: la différence de sexe, de langue, de religion ou les idées politiques. » Les trois autres représentants des lauréats étaient Karim Lahidji, fondateur de l'association iranienne des juristes et de la Ligue pour la défense des droits de l'homme en Iran, Solmaz Panahi, fille de Jafar Panahi, et Serge Toubiana, directeur général de la Cinémathèque française.
Questionné sur les relations contradictoires de l'Europe avec l'Iran, qui entretiennent des relations commerciales et diplomatiques, Martin Schulz a répondu: « Il n'est pas possible de ne pas parler avec un pays. En discutant du nucléaire, la négociation est déjà possible et permet d'éviter un conflit. » (MD)