Bruxelles, le 29/11/2012 (Agence Europe) - Le commissaire chargé des Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, ne semble pas être parvenu à convaincre les députés européens de la crédibilité des mesures préconisées dans le cadre de l'Examen annuel de la croissance. M. Rehn était venu présenter les politiques économiques que la Commission vise à faire appliquer dans les États membres en 2013, devant la commission des affaires économiques et monétaires et celle de l'Emploi et des affaires sociales, réunies conjointement mercredi 28 novembre. Cet examen ouvre la voie au nouveau semestre européen et constitue l'étape préliminaire aux recommandations spécifiques à chaque État que la Commission formulera en juin prochain.
Le commissaire Rehn a insisté sur trois priorités pour 2013. La première est d'investir dans l'économie réelle, en facilitant l'accès au financement des entreprises, en particulier les PME. La seconde est la consolidation budgétaire afin de garantir la stabilité des finances publiques, un pré-requis indispensable à une croissance durable, selon lui. Enfin, poursuivre les réformes structurelles constitue la troisième priorité. Sur ce dernier point, M. Rehn a salué la « panoplie de réformes en cours en Europe ». Elisa Ferreira (S&D, portugaise) en a toutefois mis en doute les résultats. « Cela reste à prouver que l'on est dans le bon », a-t-elle déclaré à l'adresse du commissaire. Les députés s'alarment en effet que, malgré le fait que les politiques d'austérité ont montré leurs limites, celles-ci restent le remède prescrit pour le futur.
Jean-Paul Gauzès (PPE, français) a, au contraire, estimé que les « mesures de stabilisation financière et les réformes structurelles sont nécessaires aujourd'hui en raison de la situation économique dans laquelle se trouvent certains États membres. Ces mesures sont le remède, et non la cause de leurs difficultés ».
Mme Ferreira a également signifié au commissaire Rehn que les recommandations de la Commission se fondaient sur des prévisions économiques dont la qualité pourrait être mise en question. Sur ce point, M. Rehn a souligné que ces prévisions corroboraient celles des analystes.
Le commissaire a toutefois reconnu que la croissance s'avérait plus faible que prévu et que cela incombait à « certains échecs politiques au début de l'année et également au ralentissement de la croissance dans le contexte extérieur ». Il faut donc désormais corriger les échecs de ces politiques et améliorer la performance économique de l'UE dans son ensemble mais également des États membres. « Dans les prochaines semaines nous ferons une proposition pour mieux équilibrer l'économie européenne », a-t-il indiqué, car selon lui il ne faut pas uniquement agir « sur les pays déficitaires mais aussi sur les excédentaires ». Aux yeux de certains députés, ces pays contribuent en effet pleinement aux déséquilibres économiques.
La feuille de route pour le renforcement de l'UEM également mise en doute. Le même jour, le commissaire Rehn présentait à la presse la feuille de route pour le renforcement de l'union économique et monétaire (EUROPE n° 10740). Celle-ci n'a pas vraiment reçu que les éloges des députés européens. Alors que cette feuille de route établit un agenda à court, moyen et long terme pour parachever l'UEM, le Belge Guy Verhofstadt (ADLE) a appelé, via son compte Twitter, à agir dès « maintenant ». Hannes Swoboda, le leader du groupe S&D, a pour sa part déploré le manque d'ambition de cette feuille de route. À ses yeux, il s'agit d'une occasion manquée de présenter « une vision claire pour s'attaquer aux vrais problèmes de la zone euro ». Roberto Gualtieri (S&D, italien) s'est quant à lui félicité de la distance prise par la Commission vis-à-vis de la méthode intergouvernementale, au profit de la méthode communautaire, dans laquelle le Parlement européen peut peser de tout son poids. (EL)