Bruxelles, 16/02/2012 (Agence Europe) - Le Parlement européen a donné son feu vert à l'accord de libéralisation réciproque des échanges de produits agricoles entre l'UE et le Maroc, signé en décembre 2010. Une majorité de députés n'a donc pas suivi le rapporteur José Bové (Verts/ALE) qui s'y opposait.
Le Parlement européen a approuvé par 369 voix pour, 225 voix contre et 31 abstentions, jeudi 16 février, le projet d'accord de libre-échange pour les produits agricoles et de la pêche entre l'UE et le Maroc, ne suivant pas son rapporteur, l'écologiste français José Bové, opposé à la ratification de l'accord en l'état. « Les députés qui ont donné leur aval ne doivent se faire aucune illusion: cet accord va à l'encontre des intérêts des citoyens marocains et du peuple du Sahara occidental. La libéralisation du commerce va ruiner des milliers de paysans aussi bien au Maroc qu'en Espagne, en France et dans les autres pays du sud de l'UE tout en mettant en péril les ressources en eau du Maroc », a prévenu M. Bové, après le vote. Tel quel, l'accord ne répond pas aux principales préoccupations des Verts, tant sur le plan social, environnemental que du droit international, concernant la question du Sahara occidental. « Alors que les questions de régulation de la mondialisation, d'échange juste et d'emploi sont au cœur des débats politiques nationaux, l'Europe s'engage un peu plus dans l'impasse d'un système économique et agricole fondé sur le productivisme et les intérêts des firmes agro-alimentaires, au détriment d'une agriculture paysanne durable, créatrice d'emplois, de sécurité alimentaire et de respect de l'environnement au Maroc comme en Europe », regrette son collègue français Yannick Jadot.
L'accord UE/Maroc prévoit la libéralisation sans délai des échanges commerciaux pour 45% des exportations de l'UE - une part qui s'élèvera à 70% après une période de transition de 10 ans - et 55% des importations en provenance du Maroc. Il prévoit aussi un système de prix d'entrée et de contingents tarifaires pour les produits européens sensibles (en particulier les tomates), et des mesures de sauvegarde à appliquer si les importations marocaines perturbent fortement le marché européen. Les aliments en conserve, la plupart des fruits et légumes (haricots, amandes et pommes exceptés), les céréales (blé tendre et blé dur exceptés) et la plupart des produits laitiers (lait UHT et poudre de lait entier exceptés) issus de l'UE seront totalement libéralisés d'ici 10 ans. Les contingents tarifaires pour les produits non libéralisés (la viande, les salaisons, le blé tendre ou l'huile d'olive) feront également l'objet d'une augmentation. Les importations de la plupart des produits marocains sensibles sur le marché européen (les tomates, l'ail, les concombres, les courgettes, les clémentines et les fraises) ne seront pas complètement libéralisées, mais les contingents tarifaires seront augmentés alors que le système de prix d'entrée sera maintenu.
Dans une résolution annexe, approuvée par 398 voix pour, 175 contre et 50 abstentions, le Parlement demande à la Commission de veiller à la stricte application des quotas et de renforcer les contrôles pour éviter la fraude dans le système de prix d'entrée. La résolution demande aussi une évaluation d'impact sur les revenus des producteurs et des agriculteurs européens.
« L'accord approuvé adresse un message fort au Maroc et aux pays voisins sur notre détermination à faire progresser notre relation d'une manière pratique qui aura un fort impact positif pour les citoyens aussi bien au Maroc que dans l'UE », a commenté le commissaire à la Politique de voisinage Stefan Füle. « Ce vote renforce aussi la crédibilité de nos efforts pour établir un partenariat étroit avec nos voisins du Sud, en incluant en particulier les principes de responsabilité mutuelle », conclut-il. (EH)