Bruxelles, 03/02/2012 (Agence Europe) - L'UE a-t-elle su adapter sa politique étrangère envers les États du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord qui ont connu récemment des bouleversements politiques sans précédent ? C'est autour de cette question que des experts de différents think tanks bruxellois se sont réunis, mardi 31 janvier, dans le cadre de l'atelier « An Arab Springboard for EU Foreign Policy? ».
Si la réponse à cette question mérite d'être nuancée, en vue de la complexité des événements, de leurs particularités nationales et d'une distance temporelle insuffisante pour percevoir les tendances de fond, le point commun dans les opinions exprimées par les experts est que la politique étrangère de l'UE est encore trop fragmentée et marquée par les résidus de son approche antérieure. Une approche, qualifiée par Rosa Balfour, analyste au European Policy Centre (EPC), de « paternalisme post-colonial » et de « relations donateurs et bénéficiaires ». S'il semble évident, pour les intervenants, que l'UE se doit de changer sa politique envers les États du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, non seulement dans l'intérêt de ces pays, mais également dans le sien, ils ont souligné également que les difficultés qui se profilent sont légion.
D'une part, autant l'explosion révolutionnaire qu'a été le 'printemps arabe' était imprévue, particulièrement à cette échelle, autant les dynamiques politiques qui s'ensuivront sont imprévisibles, a fait remarquer Michael Emerson, chercheur au Centre for European Policy Studies (CEPS). Plusieurs scénarios se dessinent, sans qu'on puisse déterminer avec suffisamment d'assurance lequel va l'emporter. Les exemples des monarchies progressistes, à l'image du Maroc et de la Jordanie, en passant par la démocratie ou la prise du pouvoir par les mouvements islamistes comme en Tunisie, ne sont finalement qu'un aperçu des vastes options qui se dessinent à l'heure actuelle, a-t-il souligné. Mais plus inquiétants sont les cas de la Lybie, de la Syrie et du Yémen qui sont frappés par le spectre de la guerre civile. Et finalement l'Égypte dont l'échiquier politique semble être en perpétuel mouvement, empêchant toute photographie instantanée de la situation actuelle et ses implications pour l'avenir.
D'autre part, l'UE doit agir avec une certaine retenue, a estimé Alfredo Conte, chef du service de planification stratégique du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), qui exprimait ses propres opinions. Tout comme M. Emerson, il a souligné que le 'printemps arabe' a pris tout le monde par surprise et les implications concrètes sont encore incertaines. Pour cette raison, l'UE doit maintenir un dialogue avec tous les acteurs afin de préserver un cadre de relation suffisamment large pour pouvoir espérer plus tard avoir une influence importante dans la région. En même temps, il a prévenu que « nous devons être conscients que notre influence est limitée - c'est une hypothèse réaliste, pas un manque d'ambition ».
Si de nouveaux instruments européens ont bien été mis en place, tels que la conditionnalité politique pour l'attribution de l'aide ou de nouveaux outils pour stimuler l'élan démocratique de la région, Mme Balfour estime néanmoins que c'est seulement à la lumière de leur mise en œuvre effective qu'un jugement sur le changement ou non de la politique étrangère de l'UE pourra être fait. Ce qu'on peut néanmoins percevoir dès aujourd'hui, c'est que « les changements ne sont pas assez profonds et la continuité est toujours présente, les intérêts du passé n'ayant pas été révisés d'une manière substantielle par l'UE et ses États membres », a-t-elle fait remarquer, tout en précisant que les représentants de l'UE reconnaissent aujourd'hui que la politique antérieure au 'printemps arabe' était « mal conçue et erronée ». (JK)