Voici quelques remarques en marge des résultats du Sommet de ce lundi.
La malédiction. Ce n'est pas à Rigoletto que je fais allusion, ni à d'autres opéras célèbres, mais à la manière explicite dont deux personnalités de premier plan, l'un protagoniste récent de l'activité politique européenne et l'autre peut-être futur, ont désigné formellement le monde de la finance comme l'ennemi. François Hollande, lors de son premier grand meeting électoral, a déclaré que son véritable adversaire n'a pas de visage: le monde de la finance.
Le deuxième cas est celui de Giulio Tremonti, qui a été pendant plusieurs années ministre de l'Économie en Italie et a publié avec une rapidité étonnante un livre (Uscita di sicurezza, Sortie de secours en français) dans lequel il dénonce « la forme nouvelle du fascisme, le fascisme financier ». Il vise la finance qui s'est séparée de l'activité productive et est « devenue autonome et plus puissante que des États ». M. Tremonti invoque « le retour aux anciennes et glorieuses lois bancaires du genre de la loi Glass-Steagall de 1933, faite pour séparer l'économie productive de l'économie spéculative », et affirme que « la finance doit être totalement soumise aux besoins de l'industrie et des pays ». Interrogé sur la voie à suivre, il a répondu: « C'est le rôle de la démocratie d'abattre les abus.» Et il a ajouté que la taxe Tobin serait un début. Il faut réduire la rente financière, et il ajoute qu'à son avis « c'est très facile ».
On pourrait se demander si M. Tremonti a lui-même agi en ce sens pendant la longue période où il faisait partie du Conseil Écofin de l'UE. Mais c'est un autre discours.
Un élément essentiel de la relance européenne de l'Italie. Encore une remarque concernant l'Italie, puisqu'on parle beaucoup de son retour parmi les pays qui jouent un rôle actif et apprécié en Europe. Son rebond intervient au moment où les rênes nationales de la politique européenne ont été prises par deux personnalités ayant une expérience personnelle, directe, des affaires communautaires. Et cette expérience elles l'ont vécue, l'une et l'autre, non pas en tant que représentants à Bruxelles de leur pays d'origine, mais de l'intérieur: M. Napolitano a été longuement parlementaire européen, avec des responsabilités de premier plan, et M. Monti a joué un rôle prioritaire dans deux aspects essentiels de la construction communautaire: la consolidation et l'approfondissement du marché unique européen et l'affirmation de la politique de concurrence, y compris (et avec quelle vigueur) dans les relations avec les pays tiers, les États-Unis en tête.
Ensuite, en tant que président de la République, M. Napolitano a rendu possible le renouveau de la présence italienne dans l'UE, en choisissant Mario Monti pour surmonter la crise gouvernementale nationale ; en l'absence de cette initiative, imprévue au départ, rien n'aurait été possible. C'est à Bruxelles qu'était née l'estime réciproque et l'unité des objectifs: rendre à l'Italie un rôle actif dans la construction européenne, laquelle devenait de nouveau un objectif national prioritaire.
L'objectif fédéraliste se renforce. L'évolution positive constatée en Italie pourrait-elle se produire ailleurs ? Pour le moment, une certaine «fatigue d'Europe» existe dans plusieurs États membres, les sondages d'opinion le prouvent. Mais on assiste en même temps à la relance de la tendance opposée, favorable au renforcement de l'unité européenne et même à une Europe fédérale ; les initiatives en ce sens se multiplient, et méritent au moins autant d'attention. Les mouvements fédéralistes se renforcent et des personnalités comme Mme Merkel s'y réfèrent. Cette rubrique y reviendra.
(FR)