Bruxelles, 30/01/2012 (Agence Europe) - Un an écoulé et voici l'heure des premiers bilans pour l'ARLEM (Assemblée des régions et des autorités locales euroméditerranéennes). Elle s'est engagée pleinement dès le début 2011 dans le soutien aux révoltes populaires en Tunisie et en Égypte et en soutien au changement plus ordonné au Maroc.
L'ARLEM se veut la cheville ouvrière dans ce que ces changements ont révélé d'essentiel, à savoir la pressante revendication d'une population jeune, souvent diplômée mais qui ne parvient pas même pas à entamer l'expérience d'un premier emploi valorisant. La revendication est aussi, liée à la première, d'étendre la prospérité, en partie générée par la coopération avec l'UE, aux régions défavorisées, souvent enclavées par des contingences plus politiques que géographiques. Un an après, l'ARLEM - et son principal maître d'œuvre, le Comité des régions (CdR) européennes - a mis en place des réseaux de contact avec les autorités nationales et désormais avec celles des régions.
La session de Bari, le 29 janvier, abordera le plan d'action concret sur base de rapports dont les délégués venant de part et d'autre de la Méditerranéen débattront.
Sans le dire ouvertement, les dirigeants de l'ARLEM semblent convaincus que le vrai dialogue euroméditerranéen sera entre leurs mains, loin des joutes politiques sur la nature institutionnelle de l'UpM (Union pour la Méditerranée). Durant cette année, alors que l'UpM peine à démarrer, « le dialogue est souvent passé par les autorités locales », souligne Mercedes Bresso, présidente du CdR et co-présidente de l'ARLEM dans une interview accordée à l'Agence Europe.
Agence Europe: Un an après le déclenchement des « révolutions », le souci a été affirmé de se consacrer davantage aux régions défavorisées. Quelle a été la réaction du Comité des régions et de l'ARLEM surtout ?
Mercedes Bresso: Les changements en cours représentent pour les membres de l'ARLEM une occasion de renforcer les relations et de trouver de nouveaux partenaires dans les communautés locales. D'autant plus que l'ouverture démocratique expérimentée dans plusieurs pays est accompagnée par une forte pression vers la décentralisation.
La Tunisie est un cas exemplaire. Au mois de décembre, nous y avons rencontré des ministres et des administrateurs locaux, tous engagés dans l'établissement d'une nouvelle architecture institutionnelle régionalisée. Dans ce parcours, ils pourront compter sur l'attention et l'appui inconditionné du Comité des régions et de l'ARLEM.
À Bari, la délégation tunisienne et la délégation égyptienne vont donc pouvoir apporter, un témoignage essentiel pour comprendre la façon dont nous devons soutenir les changements fondamentaux qui s'opèrent dans ces pays, en agissant en coopération avec les autorités locales.
Notre soutien se traduira par des choix concrets, comme l'élargissement du Pacte des Maires aux pays de la rive sud de la Méditerranée, puisqu'il servira à accroître les possibilités de coopération dans des secteurs clés, tels que le développement durable.
Le développement local est crucial pour renforcer la démocratie. Agir pour améliorer des secteurs comme ceux de l'énergie, de l'eau, la gestion des déchets, c'est créer des emplois, stimuler la croissance économique et encourager le sens civique, tout en augmentant la qualité de vie et les opportunités offertes aux citoyens.
AE: Comment se positionne ARLEM dans le dialogue euroméditerranéen et par rapport à une UpM qui est plus ou moins en panne ?
MB: L'instabilité politique dans la région et la crise financière qui dominent l'agenda européen ont sans doute rendu le travail de l'UpM plus complexe. Pourtant, dans les moments délicats, le dialogue est souvent passé par les autorités locales. Par exemple, dans les relations avec l'Europe de l'Est avant 1989, les maires et les élus locaux étaient les seuls à maintenir vivant le dialogue et à entretenir les premières formes de coopération.
L'année 2011 a donc été pour nous une année intense de collaboration, aussi bien en termes de projets bilatéraux qu'au niveau institutionnel. Les rapports à l'ordre du jour de la session de Bari sont ainsi le résultat d'une année de travail effectué au sein des commissions thématiques de l'ARLEM dans lesquelles les autorités locales et régionales du sud de la Méditerranée ont contribué de manière décisive. Je pense, par exemple, au travail réalisé sur les PME mené par le maire de Rabat. C'est aussi pour ces raisons que l'UpM a reconnu un rôle accru à l'ARLEM, comme démontré par d'autres initiatives telles que la réunion interministérielle de Strasbourg sur le développement urbain, un thème qui a été mis en avant par la plénière d'Agadir.
Tout aussi fondamental a été le rapport sur la gestion de l'eau dont les conclusions ont conduit à la création d'une plate-forme d'autorités locales et régionales. Celle-ci sera parmi les parties prenantes au Forum mondial de l'eau en mars prochain à Marseille. Dans le même temps, l'ARLEM est en train de renforcer ses relations avec la Commission européenne et les agences de l'UE.
Par ailleurs, au-delà du Pacte des Maires, de liens de coopération ont été activés avec la Fondation européenne pour la formation. Malgré tout, il reste essentiel que les gouvernements, qui sont absorbés presque entièrement par la crise de l'euro, regardent à nouveau le sud de l'Europe avec un œil attentif.
L'UE peut et doit jouer un rôle actif, aux côtés des millions de citoyens et des communautés locales qui ont pris possession de leur destin, souvent en prenant des risques importants et en réalisant de grands sacrifices. (propos recueillis par FB)