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Bulletin Quotidien Europe N° 10493
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (ae) ue/Économie

Le spectre d'une récession en 2012 fait son retour

Bruxelles, 10/11/2011 (Agence Europe) - Comme si la crise de la dette souveraine ne suffisait pas. L'essoufflement de l'économie européenne pourrait déboucher sur une nouvelle récession en 2012 qui pèserait lourdement sur la capacité des Européens à restaurer la confiance des investisseurs. « La reprise en Europe est arrivée à un point mort. Le risque d'une nouvelle récession existe à moins que des actions urgentes soient entreprises », a déclaré le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn, jeudi 10 novembre en présentant les prévisions économiques d'automne de la Commission européenne. Selon lui, « la clé pour un retour de la croissance et la création d'emplois réside dans la restauration de la confiance dans la soutenabilité des finances publiques et la stabilité du système financier, et dans l'accélération des réformes afin d'améliorer le potentiel de croissance de l'Europe ».

La Commission a donc revu à la baisse ses prévisions relatives à la croissance. Au niveau de l'Union européenne, le PIB croîtra de 1,6% en 2011 et il stagnera jusque dans le courant 2012 pour s'élever à 0,6% l'année prochaine. L'évolution de l'économie dans l'Eurozone devrait suivre une tendance similaire: la croissance du PIB pour 2011 est estimée à 1,5% pour 2011 et à 0,5% pour 2012. Parmi les Dix-sept, seuls l'Estonie, la Finlande et Malte, avec une croissance respective de 3,2%, 1,4% et 1,3% en 2012, tirent leur épingle du jeu. Les autres verront leur croissance située dans une fourchette située entre 0% et 1,1%. Dont 0,8% pour l'Allemagne et 0,6% pour la France, les deux principales économies de la zone euro, et 0,1% pour l'Italie. Parmi les pays faisant l'objet d'une aide financière internationale, le Portugal (-3%) et la Grèce (-2,8%) seront en récession l'année prochaine, tandis que l'Irlande résistera mieux (1,1%).

L'inflation, qui avait augmenté en 2011 surtout en raison de la hausse des prix énergétiques et des matières premières, reviendra sous la barre des 2% en 2012. L'année prochaine, le chômage devrait stagner autour de 10% dans l'UE et l'Eurozone, avec de fortes disparités selon les États membres (20,9% en Espagne, 18,4% en Grèce, 14,3% en Irlande contre 4,5% en Autriche, 4,7% aux Pays-Bas, 5,9% en Allemagne).

La balance des risques sur la croissance penche en faveur des risques baissiers. La persistance des turbulences financières, l'impact négatif de l'assainissement budgétaire et le ralentissement du commerce mondial pèsent davantage que la probabilité d'un retour de la confiance des investisseurs envers l'Europe et d'une croissance mondiale plus importante que prévu.

Déficits publics. Sur le plan des finances publiques, 2011 est l'année de « la stabilisation » et 2012 sera celle de « la consolidation » grâce à des efforts conjugués de réduction des dépenses et de hausse des recettes, a indiqué M. Rehn. Le déficit public de l'UE atteindra 4,7% cette année et 3,9% l'année prochaine. Dans l'Eurozone, il sera de 4,1% en 2011 - soit une légère amélioration par rapport aux prévisions de printemps - et 3,4% en 2012. La Commission demande aux pays qui risquent de rater leur objectif de revenir sous la barre des 3% dès 2012 de présenter des mesures additionnelles et de les communiquer d'ici mi-décembre. « La Belgique, Chypre, Hongrie, Malte et la Pologne » sont directement concernés, a fait savoir le commissaire. Au printemps prochain, l'attention se focalisera sur les autres États membres sous le coup d'une procédure pour déficit excessif et qui se sont engagés à respecter le critère européen du déficit public.

En 2012, trois pays de la zone euro (Belgique, Luxembourg et Malte) verront leur déficit public augmenter par rapport à cette année. Cinq États membres seront sous la barre des 3% en 2011: l'Allemagne (1,3%), l'Estonie (surplus de 0,8%), le Luxembourg (0,6%), la Finlande (1%) et Malte (3%). La consolidation budgétaire se poursuivra dans les pays ayant demandé une aide financière internationale. Entre 2011 et 2012, le déficit irlandais devrait passer de 10,3% à 8,6% du PIB national, le déficit grec de 8,9% à 7% et le déficit portugais de 5,8% à 4,5%. Hors de la zone euro, le Royaume-Uni verra son déficit diminuer de 9,4% à 7,8%.

Dette publique. Compte tenu de la persistance des déficits publics, le stock de dette ne diminuera pas en 2012, aussi bien dans l'UE que dans l'Eurozone. Au niveau de l'UE, l'endettement public atteindra un pic à hauteur de 85% du PIB cumulé des Vingt-sept (82,5% en 2011). Dans l'Eurozone, il progressera de 88% en 2011 à 90,4% en 2012. Là encore, de fortes disparités apparaissent selon les États membres. La dette grecque explosera, passant de 162,8% du PIB national en 2011 à 198,3% du PIB l'année prochaine ! L'endettement italien, le plus important en volume (1900 milliards d'euros) dans l'UE devrait se stabiliser à hauteur de 120,5%. En hausse également les dettes irlandaise (108,1% en 2011, 117,5% en 2012) et portugaise (101,6% en 2011, 111% en 2012). Sur la même période, seule la dette allemande diminuera, mais faiblement, passant de 81,7% à 81,2%. En 2012, cinq pays de la zone euro respecteront la barre de 60% de l'endettement public: Estonie (6%), Luxembourg (20,2%), Slovaquie (51,8%), Slovénie (50,1%) et Finlande (1,8%).

Italie. Interrogé sur la situation économique en Italie, alors que le pays traverse une crise politique et voit les coûts de refinancement de sa dette atteindre des sommets (EUROPE n°10492), M. Rehn a tenu à rappeler les éléments positifs et négatifs des mesures annoncées pour atteindre les objectifs budgétaires (retour à l'équilibre dès 2013) et relancer la croissance. Il a vu d'un bon œil la flexibilisation du marché du travail et la libéralisation de certaines professions. Mais, le gouvernement italien reste « silencieux » sur la nécessité de transférer une partie de la taxation du travail vers la consommation, « ne va pas assez loin sur le plan de la concurrence » et pourrait faire davantage en matière de réforme des « pensions », a constaté le commissaire.

L'Italie doit-elle faire appel au fonds européen de sauvetage ? « La première chose à faire est de restaurer la stabilité politique et la capacité de décision afin d'agir de manière ferme et déterminée en vue de respecter les objectifs budgétaires et de stimuler la croissance », a considéré M. Rehn. Il a souligné le fait que la maturité moyenne sur la dette italienne était de « sept ans ». Cette situation « limite l'impact budgétaire immédiat » du renchérissement du financement de la dette italienne. Une hausse de « 1% » du taux d'intérêt sur les obligations italiennes correspond à une hausse des dépenses publiques de « 0,2% du PIB en 2012 » et de « 0,4% du PIB en 2013 ». Par contre, l'augmentation du service de la dette a un impact sur les coûts de financement du secteur financier italien et, par ricochet, sur le financement de l'économie. Un nouveau coup dur pour l'économie italienne qui, selon la Commission, devrait stagner en 2012 (croissance du PIB de 0,1%).

France. La Commission a par ailleurs rabaissé de 2% à 0,6% ses prévisions de croissance en France pour 2012. M. Rehn a accueilli favorablement les mesures d'austérité récemment annoncées par cet État membre après que les autorités françaises ont revu à la baisse leurs propres prévisions de croissance. Paris ne table plus que sur une croissance de 1% en 2012. Les ministres français de l'Économie et du Budget ont aussitôt réagi en affirmant leur « détermination totale » à respecter l'engagement de ramener en 2013 le déficit public sous la barre des 3% et d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2016. Selon eux, les mesures annoncées (accélération de la réforme des retraites, suppression de niches fiscales et sociales) permettront d'économiser « 65 milliards d'euros à l'horizon 2016 ». S'ajoutent à ce montant des mesures décidées en 2007 qui chiffrent l'effort budgétaire à « 51 milliards d'euros » sur la période 2011-2012. Les budgets 2012 et 2013 prévoiront des réserves financières destinées à faire face à une croissance plus faible que prévu.

Allemagne. En Allemagne, tous les voyants sont au vert. Certes, après une hausse de 2,4%, la croissance allemande fléchira à 1,7% du PIB national. Mais le déficit public du pays sera réduit à 1,3% en 2011 et à 1% en 2012. L'Allemagne est le seul État membre qui sera en mesure de réduire sa dette publique l'année prochaine, même si celle-ci restera au-dessus de 80% du PIB. Qui plus est, elle vient de 'découvrir' 55 milliards d'euros de recettes non comptabilisés. Berlin doit-il faire plus pour rééquilibrer la croissance en Europe au profit de la consommation intérieure ? Selon M. Rehn, les 'stabilisateurs économiques' (laisser le déficit se creuser en cas de ralentissement de la croissance) sont déjà à l'œuvre en Allemagne. Évaluées à 6 milliards d'euros pour 2012, les baisses d'impôts serviront justement à soutenir la consommation nationale, a estimé M. Rehn, les qualifiant de compatibles avec les recommandations du G20 visant les pays aux comptes courants excédentaires. (MB)

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