Bruxelles, 16/06/2011 (Agence Europe) - Des experts et des députés européens s'inquiètent du « manque de garanties démocratiques » données jusqu'ici par les autorités russes en vue des élections législatives russes (renouvellement de la Douma) prévues pour décembre 2011. C'est ce qui est ressorti d'une d'une audition publique organisée par la commission des affaires étrangères du PE mardi 14 juin à Bruxelles. « L'OSCE n'a pas encore été invitée à contrôler les élections, de nombreuses pressions ont été exercées sur l'ensemble des observateurs des élections, les cartes d'identité de journalistes ont été confisquées et les partis de l'opposition ne sont pas représentés dans la commission électorale », a par exemple déploré Lilia Shibanova, directeur exécutif de GOLOS, une association russe pour la protection des droits des électeurs et la promotion de la société civile dans le pays. L'eurodéputé autrichien Hannes Swoboda (S&D), qui est aussi rapporteur sur les négociations en cours pour un nouvel accord de partenariat entre UE/Russie, s'est demandé jusqu'à quel point la démocratie avait réellement évolué en Russie. « Les élections démocratiques sont synonymes de concurrence réelle et libre. Est-ce le cas pour les prochaines élections? », a-t-il demandé. Le directeur du centre UE-Russie, Fraser Cameron, cité par le service de presse du PE, a répondu clairement: « Il n'y a aucune chance que ces élections soient libres ». Le codirigeant du parti de l'opposition People's Freedom, Mikhail Kasyanov, a fait part des difficultés éprouvées par les partis politiques pour s'enregistrer en vue de participer aux élections à la Douma, soulignant que la situation politique ne faisait que s'aggraver. « Nous ne croyons pas en ce processus. La constitution établit des obligations et des devoirs, mais ils ont été violés par le gouvernement. M. Medvedev a promis des changements il y a trois ans, mais ils sont restés lettre morte. Ce n'étaient que de belles paroles », a-t-il déclaré. Le député allemand Werner Schulz (Verts/ALE) a exprimé son inquiétude quant à l'incapacité de la population à surmonter sa propre apathie. Ce qui est particulièrement dangereux, c'est que les Russes ne croient pas au changement, a aussi estimé M. Cameron. M. Kasyanov a également remarqué que les Russes ne sont toujours pas prêts à se battre pour leurs droits démocratiques. « Manifester dans les rues ne fait pas partie de notre culture. Selon les sondages, il est même possible que les partis extrêmement nationalistes remportent 12 % des voix », a-t-il averti. La semaine dernière, à l'issue du sommet UE/Russie à Nijni Novgorod (EUROPE n° 10396), le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, avait souligné que l'UE allait suivre le scrutin de décembre 2011 de très près. Il avait aussi encouragé Moscou à inviter l'OSCE pour observer ces élections. « Les prochaines élections qui auront lieu en Russie en décembre et en mars l'année prochaine susciteront beaucoup d'intérêt en Europe. Le respect des obligations internationales et du pluralisme politique seront essentiels à cet égard. J'ai exprimé l'espoir que la Russie coopérera avec le BIDDH et lui adressera rapidement une invitation à observer ces élections », avait-il dit. (H.B.)