Bruxelles, 16/06/2011 (Agence Europe) - Les récents développements en Afrique du Nord et au Moyen-Orient et leurs implications pour la sécurité énergétique de l'UE étaient au centre des travaux d'une audition publique au Parlement européen, mercredi 15 juin, organisée conjointement par les commissions de l'Énergie et des Affaires étrangères. Une large convergence de vues entre les intervenants s'est dessinée sur la nécessité de renforcer les interconnexions entre les États membres, mais également avec les pays tiers voisins. Les projets de gazoducs Nabucco et South Stream ont également suscité beaucoup d'intérêt.
Invité de marque des présidents des commissions Énergie - l'Allemand Herbert Reul (PPE) - et Affaires étrangères - l'Italien Gabriele Albertini (PPE), le PDG de l'énergéticien italien ENI Paolo Scaroni a insisté sur la nécessité pour l'UE de renforcer les interconnexions sur son marché intérieur du gaz, pour parer à tout risque de rupture des fournitures. Si l'Italie gère plutôt bien la perte d'une de ses sources d'approvisionnement, en l'occurrence la Libye, M. Scaroni a prédit une « situation sérieuse » en cas de perte d'une deuxième source de fourniture, en particulier pendant l'hiver. L'Italie, qui a perdu ses approvisionnements en gaz libyen, fournis via le gazoduc Greenstream, depuis le début du conflit en février, avait déjà fait face, au cœur de la révolution tunisienne en janvier, à une baisse de 40% de ses approvisionnements en gaz algérien transitant par la Tunisie. Si la perte du gaz libyen a été « bien plus difficile », l'Italie a su faire face en le substituant sur le marché mondial, notamment grâce à ses terminaux de GNL. Mais en guise de sauvegarde, le patron d'ENI a surtout insisté sur le renforcement des interconnexions. « Nous devons être déterminés dans la quête d'un réseau gazier adéquatement interconnecté », a souligné M. Scaroni, insistant sur le cas de l'Espagne, qui dispose de plusieurs terminaux de GNL, mais reste faiblement interconnectée au reste de l'Europe. Ce qu'un responsable du gazier espagnol Enagas, Francisco de la Flor Garcia, a confirmé, rappelant que l'Espagne disposait, lors de la crise gazière de 2009, d'un surplus de gaz qu'elle fut dans l'impossibilité de transmettre à l'Europe centrale et orientale, qui fut privée plusieurs jours du gaz russe transitant par l'Ukraine. M. Flor Garcia a aussi insisté sur le « rôle majeur » de l'Espagne et du Portugal, s'ils sont bien interconnectés au reste de l'Europe, pour la sécurité d'approvisionnement en gaz de l'UE.
Outre les interconnexions, le patron d'ENI a également mis l'accent sur les contrats gaziers de long terme et les infrastructures. Aussi M. Scaroni s'est-il appliqué à défendre le projet de gazoduc italo-russe, co-piloté par l'ENI aux côtés de Gazprom, auquel doivent bientôt se joindre les énergéticiens français EDF et allemand Wintershall, et qui, d'une capacité de 63 milliards de mètres cubes par an, doit acheminer dès 2015, en passant sous la mer Noire et en contournant l'Ukraine, du gaz russe vers le marché communautaire. Le patron d'ENI a en particulier assuré que South Stream « n'est pas en concurrence » avec son rival Nabucco, projet de gazoduc paneuropéen qui doit acheminer vers l'UE le gaz de la région de la mer Caspienne et d'Asie centrale en traversant la Turquie, et qu'il n'a pas jugé comme un projet solide et viable, compte tenu qu'il ne repose que sur des pays partenaires consommateurs, sans garantie sur des fournitures en amont. Des propos que Jean Arnold Vinois, chef d'unité à la DG Énergie de la Commission, a contrebalancés, qualifiant Nabucco de projet « absolument essentiel » pour la sécurité d'approvisionnement de l'UE, en ce qu'il assure trois éléments clés en matière de diversification, une nouvelle route, de nouvelles sources et de nouveaux partenaires. À la différence du projet South Stream qui, s'il assure une nouvelle route, repose sur un fournisseur bien connu, le gazier russe Gazprom. Intervenant au cours des discussions, les députés Claude Turmes (Verts, Luxembourg), Fiorello Provera (EFD, Italie) et Francesco de Angelis (S&D, Italie) ont également insisté sur la dépendance excessive de l'UE au gaz russe. (E.H.)