Bruxelles, 16/06/2011 (Agence Europe) - Les dirigeants palestiniens ont la ferme intention de demander l'adhésion d'un « État de Palestine » à l'ONU en septembre - peu importe si les pourparlers de paix avec Israël auront repris ou pas - et ils demandent à l'UE de reconnaître ce nouvel État « de manière collective ». La question, très délicate pour les Européens, sera très certainement évoquée au cours de la tournée au Proche-Orient que la Haute représentante de l'UE, Catherine Ashton, a entamée jeudi. Le sujet sera sans doute aussi au menu du Conseil Affaires étrangères qui se réunira lundi 20 juin à Luxembourg.
« Nous espérons que l'Union européenne prenne la décision de reconnaître de manière collective l'État palestinien sur les lignes de 1967 », a déclaré le ministre palestinien des Affaires étrangères Riyad al-Malki jeudi 16 juin à Madrid. Il a dit espérer que l'Espagne prenne le « leadership » des pays de l'UE pour aller vers la reconnaissance officielle de l'État palestinien sur base des frontières de 1967 en jouant « un rôle actif pour que tous les pays de l'UE le reconnaissent », a-t-il ajouté. La reconnaissance des États reste la compétence des États membres individuellement et l'exemple du Kosovo a démontré que les 27 ne sont pas toujours sur la même longueur d'onde (cinq États membres ne reconnaissent pas l'indépendance autoproclamée par Pristina). « S'il n'y a pas unanimité au sein de l'UE, chaque pays doit avoir le droit de décider s'il veut ou pas reconnaître l'État palestinien », a poursuivi M. al-Malki. Alors que les États-Unis mettent en garde contre des actions unilatérales précipitées, les pays de l'UE semblent partagés sur la question. Des pays comme la France et l'Espagne seraient prêts à voter pour et à reconnaître l'État palestinien si les négociations de paix ne reprennent pas d'ici septembre. D'autres, comme l'Allemagne, sont contre la reconnaissance unilatérale d'un État palestinien sans solution négociée, comme l'a aussi expliqué le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, en visite cette semaine en Israël. Son opposition rejoint celle du président du Parlement européen. Jerzy Buzek, qui était en Israël et dans les territoires palestiniens ces derniers jours, aurait expliqué à ses interlocuteurs qu'une déclaration de l'ONU sur la reconnaissance unilatérale d'un État palestinien « pourrait être dangereuse » et compromettrait le processus de paix entre les deux parties. Il aurait également souligné que l'aspiration à la paix et à la création d'un État palestinien indépendant ne doit se faire que dans le cadre de négociations. Entre-temps, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a commencé à mobiliser contre toute initiative intempestive palestinienne. « D'ici septembre, nous voulons œuvrer à réunir de trente à cinquante pays qui diront non à la reconnaissance unilatérale d'un État palestinien par l'assemblée générale de l'ONU (...) Il s'agira d'une majorité morale », a affirmé M. Netanyahou, mardi soir, lors da sa rencontre avec Jerzy Buzek.
Visite d'Ashton. Catherine Ashton a entamé jeudi 16 juin à Amman (Jordanie) une visite au Proche-Orient où des rencontres sont programmées à « haut niveau » avec les principaux acteurs du processus de négociations. Ce vendredi 17 juin, elle doit rencontrer le ministre israélien des Affaires étrangères Avidgor Lieberman et la chef de l'opposition Tzipi Livni, avant de se rendre en Cisjordanie pour s'entretenir avec les responsables palestiniens (MM. Abbas et Fayyad). Ensuite, elle partira pour l'Égypte où elle assistera à une réunion du Groupe du Caire consacrée à la situation en Libye. « J'ai hâte de rencontrer les dirigeants israéliens et palestiniens et de les encourager à saisir l'occasion et à s'engager dans des négociations », a-t-elle déclaré avant son départ, selon le communiqué. Elle a indiqué qu'elle cherchera au cours de son voyage des signes positifs de toutes les parties. Durant sa tournée, Mme Ashton verra aussi bien des hauts dirigeants des pays visités que des représentants de l'ONU, de la Ligue arabe, de l'Union africaine et de la Conférence islamique. Elle réitèrera aussi son appel en faveur d'une réunion rapide du Quartette. (H.B./F.B.)