Bruxelles, 30/11/2010 (Agence Europe) - Camouflés, les tiraillements du premier jour. C'est dans la concorde que s'est achevée mardi à Tripoli le troisième sommet UE/Afrique (EUROPE n° 10266), même si toutes les divergences de vues concernant le commerce, les investissements ou le changement climatique n'ont pu être aplanies. À l'heure où les pays émergents sont de plus en plus présents en Afrique, Européens et Africains sont résolus à approfondir leurs relations privilégiées en tablant davantage sur le secteur privé.
José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et Jean Ping, président de la Commission de l'Union africaine, ont tous deux qualifié de « succès » cette rencontre au plus haut niveau politique, placée sous le signe de l'investissement, la croissance et l'emploi - crise économique mondiale oblige. Les 80 chefs d'État et de gouvernement européens et africains ont adopté la déclaration de Tripoli qui consigne la volonté des dirigeants de consolider le partenariat stratégique établi il y a trois ans entre les deux continents pour mieux répondre ensemble aux défis communs, et promouvoir la croissance profitable à tous en Afrique comme en Europe. « Nous chefs d'État et de gouvernement d'Afrique et de l'UE représentant plus d'1,5 milliard de citoyens sommes déterminés à saisir ensemble les nouvelles opportunités pour des initiatives plus larges qui soient mutuellement bénéfiques », ont affirmé les dirigeants. Ils ont également décliné cette déclaration politique dans un plan d'action sur trois ans (2010-2013) pour concrétiser les priorités identifiées comme la paix et la sécurité, la démocratie et les droits de l'Homme, le commerce et l'infrastructure, l'énergie, l'immigration et l'emploi.
« Depuis le sommet de Lisbonne, l'UE et l'Afrique, partenaires naturels, ont un avenir à construire, fondé sur des valeurs communes. Des progrès ont été réalisés. Nous voulons qu'ils soient plus tangibles pour l'avenir. Un sommet est un catalyseur. C'était un sommet sur ce que nous pouvons faire pour élargir notre partenariat et le rendre plus opérationnel en impliquant davantage le secteur privé et la société civile. Car ce partenariat n'est pas un partenariat entre les gouvernements et les diplomates, mais entre les sociétés européennes et africaines. L'atmosphère politique s'est améliorée. Nous avons des objectifs concrets », a déclaré José Manuel Barroso devant la presse.
Le président a insisté sur l'énorme potentiel de l'Afrique dont le PNB par habitant a connu des taux de croissance annuels de 6% entre 2006 et 2008, s'est félicité des flux d'investissements directs étrangers en Afrique qui ont augmenté fortement depuis 2002 et a plaidé pour une révolution énergétique verte en Afrique.
L'UE demeure le premier fournisseur d'aide publique mondiale, et le premier donateur à l'Afrique. « Nous sommes prêts à continuer cet effort, mais jamais un pays n'est jamais passé du statut de pays en développement, à celui de pays développé avec la seule aide », a précisé M. Barroso.
Évoquant les discussions sur le Soudan à la veille des référendums sur l'autodétermination du Sud-Soudan et sur le statut d'Abeyei, M. Barroso a fait état de la volonté commune des dirigeants européens et africains d' « encourager toutes les parties à respecter leurs engagements pour une transition pacifique ».
S'il a dit souscrire pleinement à l'analyse de M. Barroso, le Gabonais Jean Ping, président de la Commission de l'Union africaine, a toutefois apporté quelques nuances. Certes, « l'aide seule ne pourra pas nous sortir des difficultés dans lesquelles nous nous trouvons, mais avec la globalisation, il y a trois facteurs importants pour nous développer: l'aide, les investissements directs étrangers et le commerce. L'aide classique revêt de moins en moins d'importance », a-t-il précisé.
À cet égard, il a indiqué qu'en matière de commerce, il existe encore des divergences sur les accords de partenariat économique (APE), « mais il faut qu'on fasse tout pour conclure. Les divergences sont moins importantes qu'elles ne l'étaient à Lisbonne et nous sommes engagés à trouver une solution». C'est sur cette volonté commune qu'insiste la déclaration de Tripoli.
Le manque d'investissements étrangers en Afrique est un vrai problème. « Nous nous plaignons de ce qu'il n'y a pas assez de capitaux qui vont de l'Europe vers l'Afrique. Les capitaux ont systématiquement évité l'Afrique pour aller vers l'Asie », a-t il déploré. Et d'ajouter: « Nous interpellons les investisseurs du Nord: ce n'est pas la peine de critiquer la Chine qui vient. Il faut que les Européens se réveillent et viennent en Afrique ! ».
Interrogé sur la capacité des institutions africaines à recevoir des investissements, M. Ping a reconnu qu'il est « important de mettre de l'ordre dans nos affaires » et de créer un environnement favorable par la bonne gouvernance. Mais il a rappelé qu'en 1990, on avait imposé aux pays africains le consensus de Washington. « Nous avons privatisé, mais les investissements ne sont pas venus. Ils vont en Asie ou le consensus de Washington a été refusé. Il faut se demander si on ne nous a pas prescrit un faux remède qui au lieu de nous soigner nous a noyés ». (A.N.)