Strasbourg, 24/11/2010 (Agence Europe) - Le Conseil et la Commission se sont donné du mal, mercredi 24 novembre, pour étoffer quelque peu, devant le Parlement européen, le maigre bilan du G20 qui s'est tenu à Séoul du 10 au 12 novembre (voir aussi EUROPE n° 10254 et n° 10255)
Les Européens ont misé sur la cohésion et sont arrivés à Séoul bien préparés, a insisté, pour la présidence belge, le ministre Olivier Chastel, mais les résultats n'ont pas été « aussi éclatants qu'on l'aurait espéré ». Le vrai défi sera l'application, et M. Chastel est convaincu que le PE et les parlements nationaux auront un rôle d'impulsion pour assurer la mise en œuvre des bonnes intentions d'un sommet à l'autre.
Dans le volet positif du G20, M. Chastel a relevé: - la « peer review », un processus auquel les Européens sont habitués et qu'ils trouvent utile ; - la volonté de lutter contre le protectionnisme à partir d'un niveau d'alerte global et constant ; - la réforme du FMI, donnant un rôle accru aux économies émergentes ; - l'accord de Bâle III (les règles sur les exigences en capital des banques vont dans la bonne direction, il faut s'assurer qu'elles soient appliquées simultanément par tous) ; - la condamnation de dévaluations compétitives.
La France, a rappelé Olivier Chastel, aura la présidence du G20 à partir de janvier 2011 et sera responsable du Sommet de Cannes de novembre 2011. Il y voit une chance pour l'Union d'affirmer sa position, en prouvant que la mondialisation n'est pas seulement un phénomène économique mais éminemment politique.
Même en l'absence de décisions majeures sur la régulation financière, le simple fait que des pays aussi différents que les membres du G20 en parlent entre eux et envisagent des solutions est important, selon José Manuel Barroso, président de la Commission européenne. Le G20 a quand même esquissé un dispositif et un calendrier pour la réduction des déséquilibres excessifs des balances des comptes courants, entre autres sous l'impulsion de l'Union. C'est la future présidence française qui procédera en 2011 à la première analyse de ces déséquilibres, sur la base des indicateurs qui seront établis au premier semestre. La nécessité de taux de change davantage liés à l'évolution des marchés et aux fondamentaux économiques a été reconnue, la légitimité du FMI a été renforcée par la plus grande implication des économies émergentes, qui devront, insiste M. Barroso, prouver qu'elles sont prêtes à prendre davantage de responsabilités dans le domaine de la gouvernance.
Après Séoul, nos regards se tournent vers Cannes, a conclu le président de la Commission: « Un de nos États membres sera dans la cabine de pilotage », ce qui permettra à l'Union d'œuvrer à un objectif prioritaire: la réforme du système monétaire international, avec son corollaire, la réduction de la volatilité des taux de change (mais aussi des prix des matières premières, a précisé M. Barroso, en annonçant une proposition de la Commission).
Espérons que les grandes ambitions de la future présidence française se réaliseront: le Français Jean-Paul Gauzès (PPE) mise, pour l'après-Séoul, sur la carte de l'optimisme malgré les résultats modestes du dernier G20. « Mais où est l'étincelle ? », s'est par contre demandé l'Allemand Udo Bullmann (S&D), qui est resté sur sa faim en qui concerne l'absence de décision sur la taxe sur les transactions financières. L'Union ne fera le poids au sein du G20 que si elle adopte une attitude « offensive » sur la réforme du système monétaire et sur la régulation financière, selon la Française Marielle De Sarnez. Pour la GUE/NGL, son compatriote Patrick Le Hyaric aurait voulu que le G20 soit plus éloquent sur des normes environnementales, la lutte contre le chômage, l'« assèchement » des paradis fiscaux et le « scandale » des agences de notation. Et le Luxembourgeois Charles Goerens (PPE) s'inquiète: si le G20 n'arrive pas à mettre fin au désordre monétaire, les négociations à l'OMC n'en souffriront-elles pas ?
La réforme du fonctionnement du système financier est prioritaire, a déclaré à l'issue du débat Andris Piebalgs au nom de la Commission européenne. Le secteur financier doit apporter une contribution équitable aux finances publiques, et, si des taxes sont instaurées, il faut veiller à ce que le « patchwork » de taxations divergentes ne pose pas d'obstacles au fonctionnement des marchés. La mondialisation de cette taxe est, à son avis, la meilleure façon de régler ce problème.
En évoquant en particulier la question du prélèvement bancaire, Olivier Chastel a relevé l'existence d'un consensus grandissant sur la base et sur l'esprit de ce prélèvement, mais pas sur l'objectif ou l'utilisation des recettes. Les États membres sont en train de mettre en place des systèmes nationaux différents, il faut donc rechercher un minimum de coordination: le Conseil ÉCOFIN fera des propositions dans ce sens au Conseil européen de décembre. Et le groupe à haut niveau du Conseil sur les questions fiscales se penchera prochainement sur les options sur une taxe sur les transactions financières. (L.G.)