Bruxelles, 05/10/2009 (Agence Europe) - Les ministres européens de l'Agriculture des États membres de l'UE ne sont pas parvenus, lundi 5 octobre lors d'un long déjeuner de travail, à s'accorder sur de nouvelles mesures à court terme pour aider les producteurs de lait. Mais, face à la pression de la rue et des vingt pays de l'UE (dont France, Allemagne, Espagne, Italie) demandant une « nouvelle régulation » du marché du lait, ils ont su trouver avec la Commission européenne un terrain d'entente sur des mesures d'avenir. Ainsi, ils ont étoffé le mandat du groupe à haut niveau, composé d'experts des pays de l'UE et présidé par le directeur général de la DG Agriculture à la Commission, Jean-Luc Demarty. Ce groupe, qui se réunira pour la première fois mardi 13 octobre, doit engager la réflexion sur les moyens de stabiliser les revenus des producteurs de lait et d'améliorer la transparence sur le marché. Il devra terminer ses travaux à la fin du mois de juin 2010. Des propositions législatives pourraient être présentées ensuite, en fonction du résultat des travaux de ce groupe.
Lors d'une conférence de presse, Mariann Fischer Boel, la commissaire à l'Agriculture, a réitéré son refus de nouvelles mesures de marché (hausse de l'intervention et des restitutions) et émis des doutes sur la possibilité de mobiliser de l'argent frais supplémentaire, comme l'a demandé le ministre allemand de l'Agriculture, en faveur des producteurs. Selon la commissaire, il n'y a plus de marge de manœuvre dans le budget 2009 et 2010. Et les options qui s'offrent à nous semblent irréalistes (demander aux ministres des Finances de l'UE d'accepter une hausse de la contribution des pays de l'UE, ou alors appliquer la discipline financière, ce qui se traduirait par une baisse des aides directes agricoles).
Le groupe à haut niveau devra travailler sur un cadre réglementaire à mettre en place, « tout en respectant le résultat du bilan de santé de la politique agricole commune (PAC) », a précisé la commissaire (les ministres ont souvent un point de vue différent sur ce que cela implique, notamment sur la fin des quotas programmée en 2015: NDLR). Parmi les sujets à l'ordre du jour de ce groupe à haut niveau figurent: - les relations contractuelles entre producteurs et industries, le bien-fondé des instruments de marché actuels, la transparence du marché, les informations sur les marchés et les produits, l'innovation et la recherche, ou encore l'éventualité de créer un marché à terme.
Pendant que les ministres déjeunaient, environ 2400 (selon les chiffres de la police donnés vers 16 heures) producteurs de lait en colère ont manifesté aux abords du bâtiment du Conseil des ministres de l'UE, pour demander des aides face à la baisse des prix. Les protestataires, venus à bord de centaines de tracteurs, ont fait retentir sirènes et klaxons, et ont lancé pétards, œufs et marrons. « Ultra libéralisme = Mort de l'agriculture », pouvait-on lire sur les calicots des manifestants, ou encore « Pas de pays sans paysans » et « Barroso ne soit pas sot! ». Ils ont manifesté à l'appel principalement de la Fédération européenne des producteurs de lait (EMB).
Vingt pays européens demandent une « nouvelle régulation »
Une heure avant le déjeuner de l'ensemble des ministres de l'Agriculture, le club des 20 pays (France, Allemagne, Espagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Estonie, Finlande, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Portugal, Roumanie, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Italie et Pologne) souhaitant une « nouvelle régulation » s'est réuni, et a publié une « communication commune ». La fin des quotas doit s'accompagner de mesures pour consolider le secteur et fournir aux producteurs un niveau stable et décent de revenu, précise ce texte, qui contient quatre axes principaux: 1) rééquilibrer les relations entre producteurs et industriels (les agriculteurs se plaignent du diktat de l'industrie agroalimentaire dans la fixation des prix) ; 2) rendre plus efficaces et plus réactifs les instruments de marché (stockage public et privé, clause de sauvegarde, exportations, promotion, étiquetage…) ; 3) prévenir les comportements spéculatifs et analyser la possibilité de développer des outils de surveillance du marché ; 4) trouver des solutions pour suivre la situation du marché et en assurer la pleine transparence au niveau communautaire.
« Je ne vais pas vous cacher que je n'étais pas très enthousiaste à l'idée de convoquer cette réunion car je pensais que cela engendrerait trop d'attentes », a dit Mme Fischer Boel aux ministres, lors du déjeuner. Impossible de faire des propositions aujourd'hui, a rappelé la commissaire. Mais deux propositions (qui devraient être adoptées vendredi 9 octobre par la Commission) arriveront sur la table du Conseil, le 19 octobre: celle sur les modifications à apporter aux règles de rachat de quotas (pour faciliter la restructuration dans ce secteur) et l'autre sur l'inclusion du secteur du lait dans les dispositions permettant à la Commission de prendre des mesures d'urgence. La commissaire a rappelé la longue liste des mesures déjà prises pour aider le secteur, et les sommes qui sont impliquées se chiffrent en milliards d'euros. « Et les mesures fonctionnent », a lancé la commissaire, expliquant que les prix remontent dans l'UE. (L.C.)