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Bulletin Quotidien Europe N° 9805
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/prÉsidence franÇaise

La majorité du Parlement reconnaît les résultats du volontarisme de Nicolas Sarkozy, mais non sans critiques

Strasbourg, 16/12/2008 (Agence Europe) - « J'ai essayé de changer l'Europe, mais c'est l'Europe qui m'a changé ». C'est un Nicolas Sarkozy souriant et ému (et applaudi à tout rompre par les parlementaires) qui a ainsi conclu son bilan de la Présidence française du Conseil de l'Union face au Parlement européen. « Cette présidence m'a beaucoup appris. J'ai beaucoup aimé ce travail, et je comprends que les membres du Parlement européen soient passionnés par ce qu'ils font… car l'Europe est la plus belle idée qui ait été inventée au vingtième siècle », a affirmé Nicolas Sarkozy. En ajoutant que cette Europe ne peut pas se construire contre les États, ce qui exclut dès le départ tout « intégrisme » européen. Mais elle doit avoir des ambitions, et M. Sarkozy est convaincu qu'il est plus facile de faire aboutir les grands projets que les petits, car les premiers ont le souffle qui permet de surmonter les résistances nationales.

Auparavant, M. Sarkozy avait évoqué les défis auxquels a été confrontée la Présidence française, et les principes qui l'ont inspirée, notamment la conviction que le monde a besoin d'une Europe forte, « qui pense, qui imagine, qui refuse le consensus fondé uniquement sur le non-dit, sur le temps censé tout arranger… alors que, plus on attend, plus on complique ». Et, en ce qui concerne la crise en Géorgie, l'« obsession » d'arrêter la guerre et d'éviter ce qui est arrivé en Bosnie. Tout en faisant comprendre aux voisins russes que, s'ils veulent compter dans le monde, « ils doivent respecter des pratiques et des comportements différents de ceux qui étaient autrefois les leurs ». En faisant la chronique de la crise financière et de la réaction de l'Union, M.Sarkozy a constaté que, si les pays membres n'avaient pas assumé ensemble leurs responsabilités, on aurait assisté à la faillite pure et simple de certains pays. Quant à la bataille pour le paquet Énergie/Climat, elle a été « fameuse », mais malgré des positions parfois divergentes, il a été possible de respecter les objectifs fixés par la Présidence allemande en ce qui concerne le calendrier et le « triple 20 ». Ceci dit, le volontarisme dans le domaine de l'environnement ne doit pas « mettre certains pays de l'est en situation d'explosion sociale ». Dans ce domaine, qui relève de la codécision (« et je m'en suis servi dans les négociations », a dit M.Sarkozy), « la présence vigilante du Parlement européen a été un puissant facteur de mobilisation ». La même chose peut être dite de la politique migratoire, où un bon travail a été fait, et fait« sans outrance », avec la participation d'un Parlement qui a contribué à « apaiser le débat ». M. Sarkozy a souligné aussi le rôle que l'Union pour la Méditerranée peut jouer pour éviter la confrontation entre le monde arabe et les États-Unis.

Quant au Traité de Lisbonne, « si ça se passe comme je le souhaite, il entrera en vigueur avec un an de retard », constate M. Sarkozy, en rappelant les compromis qui ont été nécessaires pour trouver une solution acceptable à la fois pour l'Irlande et pour les autres pays de l'Union.

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, voit dans le bilan du dernier Conseil européen une victoire de l'« Europe partenaire… capable du meilleur ». Confirmant sa confiance dans la Présidence française, M. Barroso s'est également dit « fier du rôle central de la Commission européenne, de son initiative politique ancrée dans une solide préparation technique ». Quant au Parlement européen, il a, en ce qui concerne le paquet climatique, « montré tout de suite sa compréhension du contexte global… un projet pour l'Europe, mais aussi une contribution aux efforts mondiaux ». En exprimant le souhait que le Parlement approuve les résultats des travaux dans ce domaine à une large majorité, M. Barroso constate: « Vous détenez la dernière clé qui va ouvrir la dernière porte pour permettre à l'Europe du vingt-et-unième siècle de prendre son envol ».

La majorité des parlementaires a reconnu que l'engagement et le style très particulier du président français ont permis d'obtenir des résultats importants dans des domaines cruciaux, mais certains ont montré une certaine résistance à son charme et l'ont critiqué parfois violemment. Le socialiste danois Poul Nyrup Rasmussen, tout en constatant que la Présidence française a emmené l'Europe aussi loin qu'il était possible, l'a invitée - mais cet appel s'adresse en premier lieu à la Commission - à ne pas exagérer l'importance de ces résultats: l'opinion réagirait mal.

La Présidence française a réussi en peu de temps à faire naître une véritable Europe politique, a affirmé le Français Joseph Daul, au nom du PPE/DE. Elle a su également éviter que la crise financière provoque des réactions en chaîne et la perte de milliers d'emplois. Pour M. Daul, cela démontre que le modèle de société européen reste le meilleur: mais elle doit encore œuvrer pour davantage de stabilité politique et

d'efficacité, notamment par l'achèvement du processus de ratification du Traité de Lisbonne « en connaissance de cause et en dehors de toute démagogie ». Ce n'est pas à moi de faire le bilan de votre action en France, a déclaré le président du groupe socialiste, l'Allemand Martin Schulz (en s'exprimant en partie en français), mais de votre action à la présidence de l'Union, et ce bilan « n'est pas mal du tout ». En ce qui concerne le paquet climat, ceci est vrai aussi grâce au remarquable travail du Parlement européen, auquel le président Sarkozy a à juste titre rendu hommage. Bien aussi pour la réaction à la crise financière, mais M. Schulz rappelle que les inégalités sociales non résolues sont une « bombe à retardement » qu'on ne peut pas ignorer. La Présidence française a quelque chose d'un conte de fées, remarque le Britannique Graham Watson (ALDE), en évoquant les figures d'un « prince audacieux » sur son cheval blanc, de la « Cendrillon de Londres, enfin admise au bal » de « la princesse de Berlin qui comprend que, si elle veut être avec le prince, elle doit être prête à embrasser un crapaud » (jeu de mots avec le mot « frog », qui signifie à la fois crapaud et français). Dans une note plus sérieuse, M. Watson se prononce favorablement sur les résultats du Conseil européen, tout en concluant: « Vous avez bien travaillé, M. le président, vous méritez une pause, n'essayez donc pas d'être tout, et laissez les ministres des Finances à M. Juncker et l'euro à M. Trichet ». Le jugement de l'Italienne Cristiana Muscardini (UEN) sur le travail de la Présidence française et le Conseil européen est largement positif, mais elle plaide pour une vraie réforme du système financier afin de remettre à sa vraie place l'économie réelle. M. Sarkozy lui a donné raison.

Avec son équanimité coutumière, Francis Wurtz, président du groupe GUE/gauche verte nordique, a reconnu les vertus du « style inusité » et de la « méthode iconoclaste par rapport aux canons communautaires » du président Sarkozy, avec l'« irruption dans la politique des domaines qui n'y ont normalement pas droit de cité », mais sans ménager les critiques sur le fond. Le paquet Climat/Énergie, que l'on dit historique, risque, à son avis, d'aboutir à l'exonération des industriels de leurs devoirs écologiques, et le plan de relance économique soulève des questions: un plan pour qui ? qui va payer ? qui va en profiter ? Le ton est monté avec l'intervention du co-président des Verts/ALE, l'Allemand Daniel Cohn-Bendit. Nous reconnaissons votre volontarisme, a-t-il affirmé, avant d'ajouter que la Présidence française se comporte comme une « girouette » (notamment sur la question du vote à l'unanimité) et « réduit le PE à un viagra pour les gouvernements… ce n'est pas notre rôle de faire jouer aux autres le rôle qu'ils ne veulent pas jouer ».
M. Cohn-Bendit a eu des propos sévères sur le tandem Sarkozy/Barroso, mais aussi sur le « nationalisme économique » de son propre pays et sur le manque d'ambition du plan de relance. Dans la foulée, il a condamné l'attitude de la Présidence française, qui s'est « laissé humilier » par la Chine. A propos vifs, vive réaction. En intervenant à la fin du débat, le président Sarkozy a affirmé qu'il « faut plus de courage pour faire un pas vers l'autre que pour s'agiter sur son siège et jouer l'imprécateur ». Pourquoi le Cohn-Bendit « courtois, tolérant, sympathique » que l'on connaît en privé se comporte ainsi en plénière ? D'autant plus que Nicolas Sarkozy reconnaît qu'il est « un vrai européen ». Le représentant du groupe Indépendance et démocratie, le Britannique Nigel Farage, a accusé à son tour ceux qui demandent à l'Irlande de se prononcer encore une fois sur le Traité de Lisbonne d'imposer leurs choix. Et que dire de la liberté de choix des 26 autres pays membres de l'Union ? a répliqué le président du Conseil. Les Irlandais ont réfléchi. Et s'ils disaient encore une fois non, les autres devraient-ils renoncer à leurs ambitions ? Parmi les non-inscrits, le Français Bruno Gollnisch avait parlé d'un super-État européen totalitaire et d'une Europe « inadaptée ». Les États nationaux « seuls dans leur coin » ne sont-il pas, eux, inadaptés ? lui demande Nicolas Sarkozy, en faisant valoir que ces États n'auraient, à eux seuls, été en mesure de sauver aucune banque.

Nicolas Sarkozy s'explique sur la TVA, le rôle de la Pologne, le couple franco-allemand,
l'attitude du président tchèque

En intervenant à la fin du débat, le président Sarkozy a pu s'exprimer sur toute une série de questions, évoquées parfois en passant par les parlementaires, et ne se limitant pas au bilan de la Présidence.

TVA. M. Sarkozy a souligné l'« étrangeté » d'une situation dans laquelle, si un pays veut baisser le taux de la TVA sur tous les produits, elle a le droit de le faire par une décision « totalement solitaire », alors que s'il veut le baisser sur un seul produit, il doit attendre l'accord des autres pays membres. « Cette règle ne doit pas durer… la situation doit être la même pour chacun », dit M. Sarkozy, en invitant ses interlocuteurs à ne pas « être effrayés chaque fois que se présente une idée nouvelle ». Il s'insurge contre le fait que la TVA sur les produits propres soit plus élevée que celle sur les produits polluants, et que la TVA sur les CD ou vidéos soit tellement plus élevée que celle sur les livres, alors qu'il s'agit dans tous ces cas de produits culturels.

engagement européen de la Pologne. Sans respect de la parole donnée, il ne peut y avoir d'état de droit, constate Nicolas Sarkozy en évoquant les récentes péripéties politiques de la Pologne et de son attitude en ce qui concerne le Traité de Lisbonne. Faisant partie du groupe des six pays démographiquement plus importants de l'Union, la Pologne a aussi des responsabilités particulières, estime le président du Conseil, en réitérant sa conviction: tous les pays membres ont les mêmes droits, mais les grands ont davantage de devoirs.

le couple franco-allemand. Le socialiste français Bernard Poignant avait insisté sur l'importance d'une forte relation franco-allemande. Il avait aussi, avec un sourire, suggéré que « pour réussir la Présidence, il faut s'entourer de deux socialistes » (Kouchner et Jouyet), en ajoutant que le nouveau secrétaire d'État aux Affaires européennes est un villepiniste. L'amitié franco-allemande, a répliqué Nicolas Sarkozy, « n'est pas un choix, mais un devoir absolu », mais elle n'est pas de la même nature dans une Europe à 6 ou même 12 et dans une Europe à 27. Mme Merkel vit dans une coalition, ajoute-t-il, et elle « n'a peut-être pas choisi tous les socialistes de son gouvernement, alors que j'ai choisi les miens ».

l'attitude de la Présidence tchèque. Au cours du débat Martin Schulz avait protesté contre la diffusion par le président Klaus à la presse tchèque de propos tenus par des parlementaires européens lors de leur visite au château de Prague, propos qu'ils pensaient être privés. Le président Pöttering (qui s'était jusqu'à maintenant abstenu de prendre position sur cet incident) avait ajouté que, présentés de façon incomplète et donc hors contexte, ses propos n'étaient pas corrects. Nigel Farage avait défendu le président Klaus, mais le président Sarkozy l'a critiqué pour la façon dont il a traité le président Pöttering et les parlementaires européens qui étaient les hôtes de son pays, ainsi que pour la décision de retirer tous les drapeaux européens des édifices officiels. « On ne traite pas ainsi les symboles de l'Europe », a déploré le président du Conseil. (L.G.)

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