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Bulletin Quotidien Europe N° 9774
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/euromed

La conférence ministérielle de Marseille s'ouvre dans un climat politique exacerbé et de fortes rivalités sur le siège de la structure commune

Marseille, 03/11/2008 (Agence Europe) - La conférence ministérielle EuroMed, la première depuis le « sommet de Paris » du 13 juillet dernier qui avait lancé l'Union pour la Méditerranée (UpM), s'est ouverte lundi 3 novembre en fin de journée à Marseille et devait durer deux jours, que l'on pressentait difficiles tant l'ampleur des divergences sur le chapitre politique, essentiellement, est grande. La Présidence française de l'UE paraît cependant optimiste: « Des difficultés, il y en a, mais elles sont en passe d'être résolues », a affirmé avant l'ouverture de la session Henri Guaino, conseiller spécial du président français Nicolas Sarkozy et maître d'œuvre de l'UpM. Après le « succès historique » du « sommet » de Paris, « tout le monde s'est mis au travail pour élaborer les règles de fonctionnement de cette Union et pour faire avancer les projets qui en seront le cœur », a affirmé le principal inspirateur de la politique étrangère française dans une interview publiée dans la presse locale, à Marseille. Il y révèle deux éléments importants, à savoir qu'il y a un accord avec la future Présidence tchèque du Conseil de l'UE pour maintenir la France à la co-présidence au-delà de son mandat semestriel européen et, aussi, que Marseille est candidate - surtout contre Barcelone - pour abriter le secrétariat général de l'UpM. Tunis, visiblement dépitée par son échec, a jeté l'éponge. Malte reste en lice. Les ministres devront trancher, à moins qu'une solution temporaire - évoquée de façon officieuse - soit retenue en faisant de Bruxelles le siège provisoire de la nouvelle structure.

Officiellement, l'ordre du jour indique que les ministres sont invités à dresser un bilan d'étape des nouveaux projets concrets du partenariat définis par le « sommet » de juillet. Ils sont appelés à décider des conditions de leur mise en œuvre en insistant sur les six domaines prioritaires identifiés alors. Ils auront à adopter le programme de travail pour l'année 2009 et cela induit la question des financements. Ils devront préciser cela à l'intention de leurs collègues dotés de responsabilités « sectorielles » et qui auront à se réunir tout au long de l'année prochaine pour lancer, concrètement, les projets retenus (dépollution de la Méditerranée, plan solaire méditerranéen, protection civile, enseignement supérieur et recherche, transports, développement des petites et moyennes entreprises).

Toutefois, l'essentiel des débats est déjà focalisé, au sein des réunions préparatoires au niveau des hauts fonctionnaires et ambassadeurs, sur les « modalités de la nouvelle gouvernance » introduite depuis le « sommet » de Paris. Un des aspects de cette gouvernance, qui vise à renforcer la parité, est déjà appliqué: il s'agit du système de co-présidence confiée à l'Égypte pour un mandat de deux ans et à la France. Dans ce dernier cas, il est clairement stipulé dans le projet de déclaration finale que la durée du mandat sera conçue en application des règles qui régissent le fonctionnement de la mécanique européenne (en clair et en l'état, la France devra passer le relais fin décembre à la République tchèque). Mais M. Guaino indique explicitement qu'une exception sera faite dans ce cas. Dans son interview à La Provence, il affirme qu'il y a eu un « accord passé avec la Présidence tchèque qui laisse la co-présidence (de l'UpM) à la France (et c'est, dit-il) un pas important. Je pense qu'à Marseille, on devrait pouvoir trouver une solution raisonnable pour assurer à l'UpM une certaine continuité ». Car, selon M. Guaino, l'UpM est une « construction politique originale pour laquelle il faut inventer des règles » nouvelles.

L'autre aspect porte sur l'architecture dont il faudra doter les structures conjointes, en premier lieu le secrétariat général. Le choix d'un lieu pour le siège et du nom d'une personnalité pour occuper la fonction sont au coeur de la controverse et les positions en confrontation ne suivent pas une ligne clairement « Nord-Sud ». Tunis, Barcelone, Malte ou Marseille. Le débat a été difficile et le demeure. L'Égypte insiste pour que la structure soit localisée dans un pays de la rive sud contrairement à la Syrie et au Liban opposés à la normalisation de fait des relations avec Israël que cela supposerait et, enfin, l'Algérie serait en faveur de Bruxelles. Certains n'écartent pas l'idée que la capitale belge soit désignée à titre intérimaire, le temps de laisser mûrir la décision. L'affaire paraît prendre une tournure exagérée surtout en raison du contexte politique exacerbé par les « omissions » dans la déclaration de Paris pointées du doigt par le groupe de pays arabes.

En cause, le statut à concéder à la Ligue arabe à laquelle le président Sarkozy aurait promis, en juillet, un rôle actif au sein du dialogue EuroMed et aussi la non référence à « l'initiative arabe de paix », en fait une initiative saoudienne exigée par la Ligue arabe, soutenue mollement par certains pays arabes, y compris la co-présidence égyptienne. Israël refuse l'une et l'autre rectification. L'UE se pose dans une attitude présentée comme neutre, se déclarant prête à tout compromis accepté par les deux protagonistes du conflit du Moyen-Orient. Le groupe arabe l'accuse de pratiquer un double jeu et de se ranger du côté d'Israël. « Personne n'a jamais pensé que l'UpM allait dissoudre comme par miracle toutes les tragédies » dans la région, a affirmé Henri Guaino appelant à « travailler ensemble pour apprendre à se connaître, à se respecter, et qui sait, peut-être un jour à s'aimer ». Sur le rôle de la Ligue arabe, il y a, dit-il, plus important que « de savoir dans quelles conditions la Ligue peut prendre la parole ou à quel endroit il faut placer des virgules dans d'interminables déclarations sur le processus de paix qui ne font pas avancer la cause de la paix d'un centimètre ». Des propos qui sont d'emblée mal perçus par certains pays arabes pour qui l'Europe doit se déterminer clairement et jouer un rôle actif.

Il semble patent toutefois que si des controverses aussi fortes sur l'appréciation de la situation au Moyen-Orient ont été enregistrées dans le passé, pratiquement à chacune des sessions ministérielles du processus EuroMed, un risque de rupture n'était pas écarté lundi matin. Le dialogue EuroMed paraît désormais soumis à des tiraillements et des remises en cause sans précédent, comme en témoigne le fait que des réunions, à divers niveaux y compris très récemment au niveau ministériel (en Jordanie sur l'eau) ont été reportées. Le climat nouveau instauré depuis le « sommet » de Paris laisse de nombreuses incertitudes quant à l'issue de cette rencontre annuelle. L'Élysée paraît cependant relativiser: « Nul ne prendra la responsabilité d'un clash », prédit un haut fonctionnaire de l'institution. (F.B.)

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