Bruxelles, 03/11/2008 (Agence Europe) - Sans surprise, les prévisions économiques d'automne de la Commission pour l'Union européenne et la zone euro sont mauvaises pour 2009. La crise financière est au cœur du ralentissement de l'activité aux niveaux international et européen et aucune économie n'est épargnée. Seule note positive dans un tableau très noir, la baisse rapide de l'inflation qui se prolongera tout au long de 2009. Pour le Commissaire Joaquín Almunia chargé des affaires économiques et monétaires, cette situation nécessite une réaction coordonnée de la part des États membres: « Nous avons besoin d'une action coordonnée au niveau européen, similaire à ce que nous avons fait pour le secteur financier ». Des pistes pour une telle action pourraient être dégagées dès ce mardi lors du Conseil Écofin, même si la Présidence française souhaite focaliser les débats sur la préparation de la réponse européenne à la crise financière en vue du Sommet du G20 à Washington le 15 novembre prochain.
« L'horizon est sombre: la crise financière n'est pas terminée, elle s'est approfondie et étendue rapidement ». Résultat: le moteur européen est au point mort. Selon la Commission, la croissance du Produit intérieur brut (PIB) des Vingt-sept sera en moyenne de 1,4% en 2008 et de 0,2% en 2009, une légère reprise devant se réamorcer à partir de 2010 avec une croissance évaluée à 1,1%. Dans la zone euro, les prévisions suivent la même tendance avec des prévisions de croissance situées à 1,2% pour 2008, 0,1% pour 2009 et 0,9% pour 2010. Aucune économie européenne n'aura une croissance supérieure à 5% en 2009, même si la Slovaquie et la Roumanie devraient être proches de ce niveau. En revanche, cinq États membres (Espagne, Estonie, Irlande, Lettonie, Royaume-Uni) devraient entrer en récession, notamment en raison du retournement du marché de l'immobilier et de l'exposition nationale à la crise financière. Dans huit autres pays (Allemagne, Belgique, Danemark, France, Italie, Lituanie, Portugal, Suède), la croissance devrait être nulle ou très proche de zéro. Et le commissaire de reconnaître que le découplage, un temps pressenti entre le ralentissement économique aux États-Unis et la relative robustesse des économies émergentes, « n'est pas là dans nos prévisions pour l'Europe, pour les pays émergents, pour personne ».
Face à cette situation, les finances publiques nationales vont se dégrader de manière substantielle, interrompant ainsi la trajectoire générale de consolidation budgétaire observée jusqu'en 2007. En moyenne, les déficits publics par rapport au PIB devraient augmenter à 1,6% en 2008, 2,3% en 2009 et 2,6% en 2010 (1,3%, 1,8%, 2% dans la zone euro sur la même période). « Sept États membres devraient se situer au dessus de la limites des 3% » du Pacte de stabilité et de croissance (PSC), a déclaré M. Almunia. Outre la Hongrie et le Royaume-Uni qui font déjà chacun l'objet d'une procédure de déficit excessif, la France (déficit de 3,5% prévu en 2009), l'Irlande (6,8%), la Lettonie (3,6%), la Lituanie (5,6%) et la Roumanie (4,1%) pourraient, à politique inchangée, se retrouver dans le collimateur de la Commission. Une situation due aux « stabilisateurs économiques » selon lesquels, lorsque la conjoncture économique est mauvaise, les revenus fiscaux diminuent et les dépenses budgétaires se creusent. M. Almunia a indiqué qu'une procédure serait ouverte « dans les prochaines semaines » à l'encontre de l'Irlande, dont le déficit pour 2008 pourrait déjà atteindre 5,5%. Même chose pour la France à l'horizon 2009 si les prévisions se confirment. Insistant fortement sur la nécessité de respecter les règles du PSC, le commissaire a rappelé que le Pacte révisé en 2005 prévoyait une certaine flexibilité afin que les États membres puissent faire face au ralentissement économique. Et tous les États membres ne sont pas logés à la même enseigne pour faire face au ralentissement économique: l'Allemagne dispose d'une marge de manœuvre pour soutenir son économie, ses finances étant en équilibre.
Seule note positive dans un tableau bien noir, la baisse rapide de l'inflation. Évalué à 3,9% en 2008 dans l'UE (3,5% dans la zone euro), l'indice des prix à la consommation devrait diminuer fortement pour atteindre 2,4% en 2009 (2,2% dans la zone euro). Cette diminution est due notamment à la baisse du prix moyen du baril de pétrole que la Commission situe à 104 dollars en 2008, et autour de 85-90 dollars en 2009 et 2010. En conséquence, le taux de change euro/dollar devrait se situer « plus proche » des fondamentaux économiques, à 1,36 dollars pour un euro sur les deux prochaines années, selon M. Almunia. Concernant l'euro, il a observé avec enthousiasme « la prise de conscience récente » par certains États membres (Danemark, Suède, Pologne) « des risques de ne pas faire partie de la zone euro » en ces temps de fortes turbulences (voir EUROPE n° 9772 et n° 9773).
Faut-il un gouvernement économique de la zone euro ? La prise de décisions urgentes visant à rétablir le fonctionnement des marchés financiers, à surveiller la mise en œuvre des mesures adoptées et la préparation de la position européenne pour le Sommet de Washington « exigent une coordination au niveau de l'UE à vingt-sept et en particulier de la zone euro », a estimé M. Almunia. Et d'ajouter que ce renforcement de la coordination entre les pays utilisant la monnaie unique devrait aussi favoriser « la préservation des avantages à faire partie de la zone euro ». (M.B.)