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Bulletin Quotidien Europe N° 9774
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Évolution britannique en faveur de l'intégration européenne ? Explications, perspectives et obstacles

Des symptômes significatifs indiquent que le Royaume-Uni pourrait modifier son attitude à l'égard de la construction européenne. Certes, des obstacles subsistent, et ils sont de taille: l'attitude toujours hésitante de l'opinion publique, influencée par une presse farouchement eurosceptique ; la position officielle du parti conservateur, qui, en prévision des élections nationales, a confirmé et même renforcé son attitude eurosceptique. Sur quoi se fondent alors les impressions positives ? Sur l'attitude du gouvernement, et aussi sur la vigueur et la portée des orientations traditionnellement pro-européennes de quelques membres britanniques du Parlement européen tels que Andrew Duff, Richard Corbett et quelques autres.

Deux évolutions essentielles. Les réactions à la crise financière ont permis de constater le rapprochement de Londres au continent, dont quelques signes étaient déjà apparus auparavant. Il serait absurde de s'imaginer une sorte de conversion doctrinaire soudaine ; les orientations de Londres sont guidées par les intérêts nationaux du pays et par les convictions politiques. La tendance favorable à l'intégration européenne était déjà évidente dans l'attitude de Tony Blair, qui l'avait partiellement concrétisée dans le domaine de la défense mais n'avait pas eu la possibilité de l'étendre à d'autres secteurs en raison des réactions réticentes ou franchement négatives d'une large partie de l'opinion publique et de la presse. Les événements de Géorgie d'abord, et ensuite la crise financière ont entraîné une évolution dans deux domaines qui paraissaient intouchables ou Royaume-Uni: l'alignement auparavant automatique sur les thèses américaines en politique étrangère et le caractère sacré de la City de Londres. Le premier aspect se situe dans le contexte d'un meilleur équilibre général de l'attitude des pays européens ; l'UE n'est plus divisée en deux groupes, l'un aligné sur les positions américaines, l'autre plus autonome à l'égard du lien transatlantique. Les deux orientations se sont rapprochées, et ceci est positif aussi bien pour l'Europe que pour les États-Unis. Évolution à suivre.

L'évolution dans le domaine financier est prouvée par des constatations qui sont sous les yeux de tous ; il suffit d'établir un lien entre les différents aspects, et les conclusions s'imposent d'elles-mêmes. Dans la querelle qui avait agité l'UE dans les années 2002 et 2003 à propos du rôle de la production industrielle dans l'économie européenne, je me rappelle avoir entendu des personnalités qualifiées de la City de Londres défendre des thèses parfois étonnantes telles que: l'Europe ne devrait garder que la « partie noble » de l'industrie manufacturière (technologie, gestion financière de l'entreprise, politique commerciale) en laissant la fabrication matérielle des biens aux pays à bas coût de main-d'œuvre ; l'activité financière ne peut pas être soumise à des règles européennes car elle est mondiale par définition ; la propriété des capitaux que l'on gère n'a pas d'importance, ce qui compte est d'en avoir la gestion ; et ainsi de suite.

La production de biens retrouve son rôle. L'importance de la place financière de Londres pour l'économie nationale était telle qu'il était impensable que les autorités britanniques prennent spontanément des initiatives qui en auraient limité la liberté d'action. La crise de la finance internationale a tout changé. Gordon Brown a retenu pour y faire face des orientations qui ont largement inspiré l'attitude de la zone euro. Elles s'éloignent radicalement des premières solutions qui avaient été élaborées aux États-Unis ; au lieu de l'achat des «actifs toxiques » par l'État, le Premier ministre britannique s'était dès le départ orienté dans le sens de prévoir que les banques qui reçoivent des financements publics doivent céder à l'État des actions ou autres titres de propriété et perdre leur rôle de gestionnaires exclusifs. À défaut d'une nationalisation radicale, les conditions auxquelles le gouvernement Brown conditionne le soutien public ont été ainsi résumées par la presse spécialisée: pas de «bonus» aux dirigeants cette année-ci ; suspension des dividendes aux actionnaires tant que les montants obtenus n'auront pas été remboursés ; présence de représentants du Trésor dans les conseils d'administration. Les milieux financiers ont protesté contre ces conditions et ils ont parfois renoncé aux financements ; ils auraient sans doute préféré recevoir les soutiens tout en gardant la propriété, les actions, les «parachutes dorés». Les transformations en cours entraînent inévitablement le ralentissement de l'activité et des bénéfices de la City de Londres. Les Britanniques sont un grand peuple et ils sauront y faire face.

C'est dans la perspective de l'ajustement de l'économie nationale que Gordon Brown s'est rapproché de la construction européenne. Mais rien n'est acquis. Cette rubrique y reviendra demain.

(F.R.)

 

Sommaire

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SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE