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Bulletin Quotidien Europe N° 9774
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/Élections

Brian Crowley salue le « très bon travail » de la Commission Barroso - Pas de campagne européenne commune du groupe UEN, ni de candidat pour la présidence de la Commission - La politique agricole sera une priorité

Bruxelles, 03/11/2008 (Agence Europe) - Dans la perspective des élections européennes du 7 juin 2009, nous poursuivons notre série d'entretiens avec les présidents des groupes politiques au Parlement européen. Après Josepf Daul du PPE-DE (voir EUROPE n° 9773), nous publions l'entretien que nous avons eu avec Brian Crowley, co-président du groupe Union pour l'Europe des Nations (UEN). L'élu irlandais du Fianna Fail, eurodéputé depuis 1994, parle du travail et des réussites de son groupe, des principaux succès du Parlement au cours de cette législature, de la campagne électorale 2009 et du Traité de Lisbonne. Il explique aussi pourquoi il est très satisfait de la Commission de José Manuel Barroso. (H.B.)

EUROPE: quels sont, à votre avis, les principaux succès de votre groupe pendant cette législature ?

Brian Crowley: sur le plan politique, notre première réussite après les élections de 2004 a été d'assurer la cohésion de notre groupe après l'arrivée d'un grand nombre de nouveaux élus d'Europe centrale et orientale. Ensuite, la deuxième tâche pour moi, en tant que coprésident, était d'assurer le soutien de nos membres à l'investiture de la Commission européenne. Je me souviens des grandes difficultés que nous avions avec Rocco Butiglione (le commissaire désigné italien que M. Barroso a dû faire remplacer par Franco Frattini, NDLR). Par ailleurs, certains membres polonais de mon groupe avaient des problèmes avec Barroso en raison de son passé en tant qu'étudiant révolutionnaire. Cela fait rire aujourd'hui, mais c'était très sérieux pour ces députés-là. La troisième tâche pour moi, en tant que coprésident, était de faire comprendre à nos membres de Lituanie, de Pologne et des autres pays d'Europe de l'Est que même si les injustices historiques commises à leur égard après la Deuxième guerre mondiale et pendant la période communiste ne doivent jamais être oubliées, elles ne peuvent pas faire obstacle à de nouveaux partenariats à travers toute l'Europe.

EUROPE: et sur le plan législatif ?

Brian Crowley: sur le plan du travail législatif, notre groupe a surtout été très actif sur trois dossiers clés. D'abord, la politique agricole commune. Nous voulons une politique agricole équitable et équilibrée capable d'assurer un approvisionnement en nourriture de haute qualité. Deuxièmement: la mise en place de nouvelles règles de fonctionnement pour l'UE. Nous sommes très favorables au Traité de Lisbonne. La plupart de nos membres ont activement fait campagne pour le nouveau traité. Pour nous, il est important que le nouveau traité donne des compétences accrues aux parlements nationaux. Nous pensons aussi que chaque État devrait avoir un commissaire. Nous n'avons pas réussi à introduire cette règle dans le Traité de Lisbonne, mais je pense qu'au moment où cette question sera rediscutée, nous arriverons à la règle d'un commissaire par pays. Le troisième aspect sur lequel nous avons fait la différence est la subsidiarité. La protection de l'environnement ou la sécurité énergétique sont des domaines dans lesquels nous obtenons de meilleurs résultats si nous agissons ensemble. Mais les gouvernements doivent garder le contrôle sur ce qu'ils veulent faire ensemble et pas.

EUROPE: quelles seront les priorités du groupe pour la législature 2009-2014 ?

Brian Crowley: la politique agricole commune restera très importante, surtout dans un souci de garantir un approvisionnement sûr et stable en nourriture de qualité pour nos citoyens. Aujourd'hui, l'Europe importe davantage qu'il y a 20 ans pour couvrir ses besoins alimentaires, alors que la population et les demandes augmentent. En même temps, nous exportons moins qu'il y a 20 ans. Il y a là un dysfonctionnement. La compétitivité de l'Europe sur le marché mondial est un autre sujet clé pour l'avenir. Jusqu'à maintenant, la concurrence s'est avant tout jouée entre nous en Europe. Mais maintenant, nos principaux concurrents sont le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine. Nous devons nous préparer à ce défi.

EUROPE: quels sont les principaux succès du Parlement européen au cours de cette législature ?

Brian Crowley: l'accord sur la directive « services » a été très important. La politique de développement est un autre domaine dans lequel le Parlement européen a bien réussi son travail, notamment en ce qui concerne les partenariats économiques avec les pays en voie de développement. Il y a ensuite le paquet climat/énergie qui sera renforcé grâce au Parlement. Même si nous ne connaissons pas encore le résultat final (des négociations sur ce paquet), on peut déjà dire que c'est le plus grand succès du Parlement européen.

Je dirais aussi que l'Union européenne a bien réagi à la crise financière.

EUROPE: et le Parlement européen ?

Brian Crowley: je ne pense pas que le Parlement ait bien agi. Il a été trop réactif en réclamant plus de réglementation mais sans comprendre l'entièreté du problème. Je pense que dans ce domaine, le Parlement européen a cédé du terrain par rapport au Conseil.

EUROPE: quel jugement portez-vous sur la Commission et son président José Manuel Barroso ?

Brian Crowley: personnellement, je considère qu'il a été très, très bien. Il a été très interactif avec le Parlement et toujours disponible pour venir devant les députés. Il est toujours accessible. La plupart des commissaires ont suivi son conseil de faire de même avec le Parlement.

EUROPE: des exceptions ?

Brian Crowley: je dirais que, d'un point de vue politique, Peter Mandelson a été le pire des commissaires. Sa méthode de négociation n'était pas la bonne. C'est seulement après avoir annoncé des décisions qu'il venait les expliquer au Parlement.

EUROPE: qu'est-ce qui fait de José Manuel Barroso un bon président de la Commission ?

Brian Crowley: M. Barroso a poussé les gouvernements (des États membres) dans des directions dans lesquelles ils n'avaient jamais l'intention d'aller. Mais il l'a fait sans menacer. Je me souviens quand Jacques Delors était président et quand il voulait faire passer son paquet social, beaucoup d'États membres y étaient opposés. Delors a dû être très dictatorial pour faire en sorte que les États membres acceptent certaines choses. Barroso a fait autant de choses innovatrices que Delors, même davantage, mais il n'a jamais été en confrontation avec les États membres. Certains disent que c'est la faiblesse de Barroso. À mon avis, c'est de la bonne politique. Si la politique devient un sujet de confrontation, c'est un signe d'échec, pas de succès.

EUROPE: mais le rôle de la Commission n'est-il pas d'avoir des idées sur l'avenir et de faire des propositions innovantes et utiles pour l'Europe même si, a priori, les États membres n'y sont pas favorables ?

Brian Crowley: la Commission Barroso a proposé beaucoup de choses sur lesquelles les États membres ne sont toujours pas d'accord. N'oublions pas que la Commission Barroso a une vision européenne: c'est de créer de bonnes conditions économiques, avec une dimension sociale, et de mettre en place les institutions qu'il faut pour l'Union. Je pense qu'il a réussi, même si le Traité de Lisbonne n'est toujours pas en place (…) La Commission Barroso a pris de bonnes initiatives pour améliorer la vie des citoyens.

EUROPE: le groupe UEN mènera-t-il une campagne européenne commune en vue des élections de 2009 ?

Brian Crowley: non, il y aura seulement des campagnes individuelles dans chaque État membre. Cela ne nous empêche pas d'avoir des idées communes. Notre plateforme commune (pour les élections) pourrait être que nous voulons tous une Union européenne forte qui travaille sur ordre des États membres, plutôt que des États membres qui agissent sur ordre de l'UE. Nous sommes anti-fédéralistes plutôt qu'anti-européens. Moi et la plupart de mes collègues considérons l'Union comme une confédération plutôt qu'une fédération d'États.

EUROPE: y aura-t-il un candidat du groupe UEN pour le poste de président de la Commission ?

Brian Crowley: non, ce serait stupide. Les règles prévoient clairement que ce sont les États membres qui désignent la Commission et que le Parlement vote après. Ce n'est pas aux citoyens européens d'élire le président de la Commission. Même si c'était prévu comme ça, il faudrait que ce soit fait d'une manière appropriée. Ce serait profondément injuste si un candidat soutenu par la France et l'Allemagne pouvait être élu à ce poste parce qu'il a obtenu le plus grand nombre de voix. On oublie toujours que la Commission n'a pas seulement comme rôle de proposer des actes législatifs mais aussi de défendre les intérêts de l'Union - pas des idéologies politiques (…) La Commission doit avoir l'indépendance d'agir sans être tenue par des liens avec un groupe politique. L'un des grands succès de Barroso fut qu'il s'est présenté devant tous les groupes politiques avant son approbation par le Parlement. Il a parlé à tous, aux communistes comme à l'extrême-droite.

EUROPE: soutiendriez-vous un renouvellement du mandat de M. Barroso ?

Brian Crowley: oui, bien sûr, je pourrais, parce que j'estime qu'il a fait du bon travail. Mais, je répète: ce n'est pas à moi de décider. Les États membres doivent d'abord le désigner. Mais nous ne savons même pas si ce sera sur base du Traité de Nice ou du Traité de Lisbonne (…) Ce serait mieux si nous avions le Traité de Lisbonne.

EUROPE: faut-il faire pression sur l'Irlande pour qu'elle organise un nouveau référendum encore avant les élections européennes de 2009 ?

Brian Crowley: il serait encore plus grave d'avoir un référendum maintenant et de le perdre une deuxième fois. Ce serait un véritable désastre. Il n'a pas encore été décidé s'il y aura un référendum au premier semestre 2009, mais cette possibilité existe (…) En Irlande, les élections européennes de 2009 se tiendront le même jour que des élections locales. Certains craignent que si le référendum a lieu avant les élections européennes et locales, les candidats à ces élections refuseront de mener campagne pour le Traité de Lisbonne par crainte de le perdre. Cela réduirait considérablement la campagne référendaire en faveur du traité. (H.B.)

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