Bruxelles, 17/09/2008 (Agence Europe) - Le premier sommet de l'UE consacré aux Roms et aux gens du voyage s'est déroulé, mardi 16 septembre à Bruxelles, dans un climat pour le moins mouvementé. En effet, cette rencontre intervient deux semaines après que l'UE a décidé de tolérer le fichage des populations roms en Italie. À cette occasion, l'UE s'est ouvertement engagée à défendre les Roms contre les nombreuses discriminations dont ils sont toujours victimes en Europe et à accélérer leur inclusion sur le continent.
Constat d'échec - Malgré les efforts entrepris, l'intégration des 10 à 12 millions de Roms au sein de l'Union demeure un véritable casse-tête. La réalité, à savoir la pauvreté, l'exclusion et le racisme à l'encontre de cette communauté, est mesurable partout en Europe. « De nombreuses communautés roms vivent dans des conditions infra-humaines souvent associées à des stéréotypes négatifs qui ne font qu'aggraver leur situation », a reconnu le milliardaire d'origine hongroise, George Soros, qui soutient la cause des Roms grâce à différentes fondations. « L'UE doit créer des règles contraignantes pour protéger les minorités. Il faut mettre en place un programme pour améliorer les conditions de vie des Roms », a martelé Romani Rose, le président du Conseil central allemand des Sinti et Roms. Et Lajos Korozs, le secrétaire d'État hongrois au Travail, de rappeler: « Nous n'avons pas 50 ou 60 ans pour intégrer les Roms. Demain a commencé hier, il faut agir! ».
Les États membres en première ligne - Toutefois, « la situation dramatique des Roms ne peut être réglée depuis Bruxelles », a averti le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. « Les instruments pour créer ce changement sont entre les mains des États membres. Les politiques pour l'intégration des Roms sont de la compétence des États membres », a-t-il insisté. La Présidence française de l'UE, représentée par la ministre française du Logement et de la Ville, Christine Boutin, s'est engagée à soumettre des propositions concrètes en faveur des Roms lors du Conseil européen en décembre. Une déclaration publiée lors de la conférence de Bruxelles servira de contribution aux travaux de ce Sommet. « J'espère que le Sommet européen de décembre verra se concrétiser l'illégalité du fichage ethnique en Europe », a immédiatement rétorqué Soraya Post, présidente du réseau international des femmes roms.
Rome toujours pointée du doigt - Plusieurs intervenants ont vigoureusement dénoncé les pratiques du gouvernement italien. « Je suis sérieusement préoccupé par le fichage des Roms en Italie (…) Je crains que cela ne devienne une norme de facto dans l'UE », a déploré M. Soros. « Le fichage ethnique devrait être illégal et j'espère que la Cour européenne de justice établira ce fait », a-t-il dit. May Bittel, membre fondateur du forum des Roms et des gens du voyage au Conseil de l'Europe, a renchéri: « Si on avalise la manière de faire en Italie, c'est toute l'Europe qui va suivre ». Lors du discours inaugural de M. Barroso, plusieurs Roms ont brandi des t-shirt portant l'inscription « Against ethnic profiling », réussissant à interrompre le monologue du président de la Commission. « La Commission rejette toute discrimination et toute stigmatisation des Roms dans l'UE », a alors déclaré ce dernier à l'intention de l'auditoire. Dans l'après-midi, Eugenia Maria Roccella, sous-secrétaire d'État italienne pour l'Emploi et les Politiques sociales, a quant à elle vécu une expérience plus rude. Les Roms ont quitté la salle lors de son intervention, puis sont revenus pour la siffler, l'empêchant ainsi de terminer son discours. Mercredi 17 septembre, l'ambassadeur d'Italie auprès de l'UE, Nelli Ferocia, a envoyé une lettre au commissaire européen à l'Emploi, aux Affaires sociales et à l'Égalité des chances, Vladimír Špidla, pour exprimer le mécontentement de son gouvernement à propos de l'incident, soulignant « l'atmosphère délétère » qui régnait au moment de l'intervention du sous-secrétaire d'État.
« La promesse » de Jacques Barrot - Le commissaire chargé de la Justice et des Affaires intérieures a mis en garde le gouvernement italien contre toute pratique incompatible avec le droit communautaire. « Nous avons fait savoir que nous n'accepterions aucun recensement sur une base ethnique ou religieuse », a-t-il affirmé. « Le gouvernement italien nous a assuré qu'il entend suivre ces instructions claires. Mais tout le problème est dans l'application », a-t-il reconnu. « Je ne tolérerai aucune pratique incompatible avec le droit communautaire. J'en fais une affaire personnelle », a conclu M. Barrot. L'ancien député européen espagnol, Juan de Dios Ramirez Heredia, s'est dit « convaincu » par la sincérité du commissaire, avant de le menacer gentiment d'« être maudit par tous les gitans » s'il ne tenait pas ses engagements.
Cap sur des solutions concrètes - Le représentant de l'organisation European Roma Grassroots, Valeriu Nicolae, a mis en doute l'utilité d'une telle rencontre: « Nous subissons aujourd'hui un gentil bla bla sur l'intégration, alors que cela fait 800 ans qu'on essaie de nous expulser d'Europe, et personne aujourd'hui ne nous a dit ce qui va être fait pour nous débarrasser des comportements anti-Roms ». La majorité des intervenants ont toutefois appelé à la mise en œuvre d'actions concrètes pour faire face aux problèmes rencontrés par les Roms. « L'approche laisser-faire est inacceptable et inefficace », a jugé M. Špidla, préconisant des mesures en faveur de l'enseignement, de l'emploi en même temps que le rejet des discriminations et des préjugés. Pour y arriver, l' « approche correcte » consiste cependant à opter pour des « actions complexes », a reconnu le commissaire. (B.C.)