Bruxelles, 17/09/2008 (Agence Europe) - Ne pas changer de politiques, ne pas imiter les États-Unis (et leur plan de relance conjoncturelle), ne pas être pris de panique, continuer la consolidation des finances publiques, lutter contre l'inflation et les effets de second tour, et, à long terme, augmenter le potentiel de croissance (par des réformes rendant les marchés du travail plus flexibles et améliorant la concurrence dans les services), telles sont les réponses préconisées par Jean-Claude Juncker pour relancer la croissance de la zone euro. L'impact de la crise financière sur l'économie réelle reste incertain, mais les derniers rebondissements observés aux États-Unis ne sont sûrement pas les derniers.
Se refusant à tout constat désespéré, la zone euro « n'est pas en voie de regarder dans le trou noir de la récession », a martelé, mercredi 17 septembre, le président de l'Eurogroupe, en dépit de la menace d'une possible récession technique (deux trimestres consécutifs de croissance négative). Et de constater que « la croissance en Allemagne se porte plutôt bien », avec une hausse anticipée du PIB de 1,8% pour 2008 selon la Commission européenne (EUROPE n° 9737). Le principal danger reste l'inflation, qui est un combat pour la Banque centrale européenne (« je n'ai pas de critiques à formuler à l'égard de la politique actuelle de la BCE », a-t-il souligné), les gouvernements et les partenaires sociaux. Une réponse efficace en matière de politique économique impose de ne pas dissocier les actions sur le court terme de celles souhaitables à plus long terme. À longue échéance, le potentiel de croissance de la zone euro est encore trop faible pour faire face aux problèmes et défis futurs (en particulier le vieillissement démographique), a-t-il rappelé. Or, « il n'est pas exclu que nous devions lancer de nouvelles procédures pour déficit excessif au cours des mois à venir », a constaté M. Juncker, pour qui la consolidation budgétaire reste « essentielle ».
S'exprimant peu après le sauvetage de l'assureur AIG par la Réserve fédérale américaine (qui lui a versé 85 milliards de dollars en échange de 79,9% de son capital) et deux jours après la faillite de Lehman Brothers, M. Juncker a jugé que la situation ne s'était vraisemblablement pas encore complètement décantée. À la question de savoir s'il anticipe d'autres problèmes aux États-Unis liés à la crise financière, il s'en est sorti par une pirouette qui n'en est pas moins explicite. « Si je disais oui, je peux imaginer ce que les journalistes publieront demain. Si je dis non, je peux aisément me représenter ce qu'ils publieront dans les deux semaines à venir », a-t-il glissé. Le Directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, pense également que les conséquences de la crise pour certains établissements financiers « sont encore devant nous ». Cité par Reuters, après une réunion avec les ministres des Finances et des banquiers des pays du Golfe à Djeddah, il a estimé que « nous devons nous attendre à ce qu'il pourrait y avoir dans les semaines et les mois à venir d'autres groupes en situation difficile ». (A.B.)