Bruxelles, 14/12/2007 (Agence Europe) - A l'heure où le succès de la conférence climatique de l'ONU à Bali (3-14 décembre) était hypothéqué par le refus obstiné des Etats-Unis de tout objectif chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le Conseil européen, conjurant le risque d'échec, réitère l'urgence d'agir à l'échelle mondiale pour intensifier la lutte contre le réchauffement après 2012 et s'entendre, pour ce faire, sur un cadre d'action planétaire contenant des objectifs contraignants.
Dans leurs conclusions, les chefs d'Etat et de gouvernement rappellent les objectifs et les éléments d'un accord - éléments que l'UE juge incontournables et définis par le Conseil européen en novembre dernier, à savoir: le lancement formel du processus de négociations à Bali et sa conclusion avant 2009 pour permettre l'entrée en vigueur d' un régime global fondé sur le principe de responsabilités communes, mais différenciées, des différents pays, et sur un objectif contraignant de réduction d'au moins 50% des émissions globales à l'horizon 2050. C'est le seul moyen de maintenir le réchauffement à 2 degrés Celsius par rapport à l'ère préindustrielle, donc d'éviter des effets irréversibles du changement climatique, estiment les 27 en s'appuyant sur le rapport de synthèse du groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) rendu public le 17 novembre. Cela suppose, selon l'UE, un engagement ferme de tous les pays industrialisés sur une réduction de 30% de leurs émissions à l'horizon 2020, et de 60-80% à l'horizon 2050, pour donner l'exemple et permettre aux grands pays émergents de s'engager eux aussi.
Le Conseil européen rappelle également la nécessité de créer une alliance mondiale contre le changement climatique entre l'UE et les pays en développement - les premières victimes du phénomène du réchauffement sans en être les premiers contributeurs -, à l'instar de ce qu'a proposé l'UE en septembre dernier (EUROPE n° 9504). Dans l'esprit des 27, cette alliance doit servir de « plate-forme de dialogue et de coopération en matière d'adaptation au changement climatique, de réduction du risque de catastrophe et d'interaction du changement climatique dans les efforts de réduction de la pauvreté dans les pays les plus vulnérables ».
La stratégie de développement durable confortée
La politique intégrée de l'UE en matière de climat et d'énergie est d'ailleurs identifiée par le Conseil européen comme l'un des « éléments moteurs pouvant conduire à la réalisation des objectifs » de la stratégie de développement durable « dont les objectifs et priorités restent totalement valables », soulignent les conclusions.
Figurent également au nombre de ces éléments moteurs une approche intégrée de la gestion durable des ressources naturelles, la protection de la biodiversité et des services écosystémiques, ainsi que la production et la consommation durables. Les 27 insistent aussi sur le devoir qu'a l'UE de continuer à « favoriser l'évolution vers des modes de transports viables à long terme et plus respectueux de l'environnement ».
Pour accélérer la mise en œuvre de la stratégie de développement durable, les 27 invitent la Commission européenne à assortir son prochain rapport de progrès, prévu en 2009, d'une feuille de route des actions prioritaires.
S'agissant de la pénurie d'eau et des sécheresses - deux phénomènes dont l'intensité et la fréquence ne peuvent que s'aggraver sous l'effet du changement climatique -, le Conseil européen salue les conclusions du Conseil Environnement qui s'est penché sur cette problématique sous Présidence portugaise (EUROPE n° 9493). Si, à ce stade, aucune législation européenne spécifique n'est sur la table, la Commission est invitée à poursuivre la réflexion sur une approche commune de ces fléaux pour présenter un rapport en 2008 et développer, d'ici à 2012, la stratégie future de l'UE pour lutter contre ces phénomènes.
La future politique maritime intégrée est une autre priorité identifiée par le Conseil européen dans le domaine de l'environnement. Il invite donc la Commission à présenter les initiatives et les premières mesures concrètes identifiées dans le plan d'action qu'elle a proposé, et les futures Présidences à mettre en place cette stratégie intégrée. Il reviendra à la Commission européenne de faire rapport sur les progrès accomplis aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE lors du Conseil européen à la fin de 2009. La finalisation de la directive cadre sur la stratégie pour le milieu marin - pilier environnemental de cette future stratégie maritime intégrée est saluée par les 27.
En matière régionale, le Conseil européen attend les résultats de la consultation publique lancée sur la stratégie pour les régions ultrapériphériques et invite la Commission à présenter des propositions en la matière au plus tard en octobre 2008. Il accueille positivement le quatrième rapport sur la cohésion et souligne l'importance du débat sur l'avenir de cette politique. (A.N./G.B.)