Luxembourg, 11/06/2007 (Agence Europe) - Les ministres de la Pêche des Etats membres de l'UE ont adopté, lundi 11 juin à Luxembourg, le règlement destiné à limiter l'exploitation des anguilles et à restaurer le stock, en perdition, de cette espèce (EUROPE n°9438 sur le compromis trouvé au sein du Coreper). Ces mesures s'appliquent à toutes les eaux communautaires (y compris intérieures), sauf, pour le moment, à la mer Noire. La négociation, qui avait échoué en avril et en mai derniers, s'est finalement bien terminée grâce à un compromis impliquant qu'une part importante des civelles capturées soit revendue obligatoirement dans l'UE pour repeupler ses eaux intérieures.
Repeuplement: les producteurs (essentiellement français et espagnols) de civelles devront réserver entre 35% (en 2009) et 60% (en 2013) de leurs captures pour des opérations de repeuplement dans les bassins. Pour protéger le revenu des pêcheurs de civelles, une clause de sauvegarde est instaurée permettant de réduire le pourcentage de repeuplement en cas de forte baisse (au moins 20%, selon la Commission) des prix de la civelle sur le marché européen. En effet, pour ces opérations de repeuplement, les pays du Nord de l'Europe (Royaume-Uni, Danemark, Suède, Allemagne, Pays-Bas) devront acheter les alevins aux producteurs français. Or, les prix sur le marché européen sont inférieurs à ceux pratiqués sur le marché mondial (asiatique). Actuellement, le pêcheur perçoit à la première vente environ 300 euros le kilogramme de civelles. Le prix peut atteindre 1000 euros/kg à l'arrivée du produit au destinataire final, par exemple chinois.
Plans de gestion: au plus tard le 31 décembre 2008, les Etats membres devront transmettre à la Commission européenne un plan gestion de l'anguille (par bassins hydrographiques) pouvant contenir diverses mesures: - réduction de l'activité de pêche commerciale; - limitation de la pêche récréative ; - mesures de repeuplement ; - amélioration des habitats de l'anguille dans les cours d'eau ; - le transport des anguilles argentées (adultes) des eaux intérieures vers des zones plus en amont leur permettant de migrer librement vers la mer des Sargasses ; - la lutte contre les prédateurs ; - l'arrêt temporaire des turbines des centrales hydroélectriques: - le développement de l'aquaculture. L'objectif de chaque plan de gestion est d'assurer qu'au moins 40% des anguilles argentées puissent s'échapper des cours d'eau pour rejoindre son aire de reproduction située en mer des Sargasses. Les pays qui ne se conforment pas aux dispositions sur ces plans de gestion seront tenus d'ordonner, dans les régions concernées, une baisse de 50% des captures d'anguilles et de civelles.
Contrôles: chaque Etat membre doit établir un système de contrôle et de surveillance des captures. Au plus tard, le 1er janvier 2009, chaque pays de l'UE devra: - dresser une liste des navires autorisés à pêcher l'anguille ; - prendre les mesures nécessaires pour déterminer l'origine et garantir la traçabilité de toutes les anguilles vivantes qui sont importées ou exportées depuis son territoire.
La France et l'Espagne auraient souhaité que le compromis aille plus loin pour décourager les débouchés de la pêche illégale. Ces Etats membres préconisaient la vérification de l'origine et de la destination des anguilles mortes (cuites, fumées, congelées) - donc pas seulement vivantes - et la mise en place de certificats d'exportation, comme il en existe déjà pour certaines sensibles (thon rouge, légine). (lc)