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Bulletin Quotidien Europe N° 9443
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques remarques sur les politiques économiques fondamentales de l'UE

Clarifications à Paris. En attendant que le Conseil européen de la semaine prochaine nous dise si l'UE s'engage dans sa relance, il est positif que l'on se préoccupe dès maintenant d'orientations économiques essentielles pour l'avenir: gouvernance de la zone euro, rééquilibrage de l'Union économique et monétaire (UEM), maintien d'une agriculture vivante, signification de la préférence communautaire dans le cadre de la mondialisation, fixation des «frontières de l'Europe», moralisation du capitalisme financier (voir cette rubrique dans notre bulletin n° 9437). Les positions de départ des Etats membres diffèrent, que ce soit à propos de l'autonomie de la zone euro, ou du rôle de l'agriculture ou des limites géographiques de l'Union. La France a été accusée de vouloir créer une «forteresse Europe», de ne pas respecter les contraintes du Pacte de stabilité, de préparer une Europe à deux vitesses. Quelques réponses à ces critiques sont arrivées de Paris.

Le Premier ministre François Fillon a déclaré: « Nous respecterons les contraintes que nous avons acceptées, avec nos partenaires, au titre du Pacte de stabilité ». En particulier, l'endettement de l'Etat sera ramené en dessous de 60% du PIB d'ici à 2012 (mais au sein de l'Eurogroupe, on rappelle que l'échéance prévue était 2010). Quant aux frontières de l'UE, la France estime qu'il faudra en discuter ensemble d'ici la fin de l'année, sous Présidence portugaise, et elle n'a pas anticipé sa position (sauf à propos de la Turquie).

De son côté, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a clarifié deux aspects controversés: a) gouvernance de la zone euro. L'objectif est que cette zone « marche sur ses deux jambes », la jambe monétaire et la jambe économique. À cet effet, «il faut instaurer dans l'Union économique et monétaire un dialogue entre les autorités monétaires et les autorités politiques. Il faut qu'on puisse évoquer de manière normale, avec le président de la Banque centrale européenne, les questions d'adaptation des taux d'intérêt et de la politique de change», b) préférence communautaire. « Il ne faut pas confondre la volonté de défendre les intérêts économiques et commerciaux de l'Europe (sans complexes, comme le font nos partenaires) avec le protectionnisme.» Paris souhaite que l'UE définisse «une vision plus claire des intérêts européens dans un espace mondialisé», sur la base du principe de réciprocité. Et M. Jouyet a évoqué l'exigence de «maintenir une base industrielle forte en Europe» (partagée, à son avis, par l'Allemagne).

Parade au nationalisme économique ? Selon certains milieux professionnels en France, les entreprises ont besoin (je cite un texte de Jean Gandois, du groupe Suez) d'un espace territorial et politique représentant leur camp de base. Ce camp de base devrait être l'Europe. Si l'Europe ne joue pas ce rôle, l'entreprise se replie sur le territoire national, et c'est dans son pays qu'elle recherche une identité. Dans le débat organisé la semaine dernière par Confrontations Europe, Mario Monti avait constaté et regretté la tendance des entreprises (et des autorités) au repli national, en se félicitant du fait que l'UE dispose des instruments pour y faire face et que la Commission européenne et la Cour de justice agissent contre toute dérive. Je pose alors à M. Monti la question: la «préférence communautaire» ne représente-t-elle pas la meilleure parade à la renaissance du «nationalisme économique», qui s'est déjà manifestée à plusieurs reprises ? N'est-elle pas indispensable, du moins jusqu'au jour où l'on disposera de règles mondiales admises et respectées ?

Un message globalement optimiste. Sur un plan général, Mario Monti avait délivré ce jour-là un message positif. À son avis, la relance de l'Europe est en cours à la fois sur le plan institutionnel, sur le plan économique et sur le plan psychologique. En deux ans, l'Europe a changé, et elle lui semble libérée de ses complexes même à l'égard des Etats-Unis. La priorité pour l'UE est de confirmer et consolider ces impressions en se dotant du «Traité fondamental» envisagé. Après quoi, le nouvel Acte Unique préconisé par Philippe Herzog, ou une initiative analogue, pourrait apporter les réponses appropriées aux autres questions, dans un climat rasséréné. Par exemple, les Européens comprendront qu'une politique commune de l'énergie est tout aussi utile et nécessaire que la monnaie unique. M. Monti n'a toutefois pas caché quelques perplexités à propos de la compatibilité entre l'efficacité des dispositions à prendre pour respecter les exigences de la compétitivité, d'une part, et, d'autre part, un «débat citoyen» totalement ouvert impliquant la possibilité pour chacun de faire valoir les intérêts particuliers de l'une ou l'autre catégorie, au détriment parfois de l'intérêt général. Cette perplexité ne paraissait toutefois pas partagée par la majorité des intervenants ; c'est la thèse de la «démocratie participative» qui semble pour le moment prévaloir.

(F.R.)

 

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