Rome/Bruxelles, 26/03/2007 (Agence Europe) - Réunis dans le cadre du premier « Sommet de la jeunesse pour l'Europe de demain », deux cents jeunes issus des 27 États membres de l'Union européenne ont adopté dimanche 25 mars la Déclaration de Rome. Plus réaliste qu'utopiste face aux défis auxquels l'UE devra faire face à l'avenir, ce document de quatre pages contient une série de recommandations transmises aux institutions européennes dans les domaines suivants: le futur du traité constitutionnel, le développement durable, la jeunesse et l'éducation, le rôle de l'UE dans un monde globalisé, le modèle social et économique européen, la démocratie et la société civile en Europe. Réagissant à chaud à la Déclaration de Rome, le Parlement européen a promis de discuter des revendications de la jeunesse au sein de sa commission de l'éducation et de la culture. La Commission a indiqué son souhait de structurer davantage le dialogue avec les organisations représentatives de la jeunesse.
« Écoutez ce que nous avons à vous dire, demandez-nous ce dont nous avons besoin et ensuite agissez ! ». Les conclusions de la Déclaration de Rome témoignent du désir de la jeunesse européenne de jouer un rôle actif au sein de la société et appellent les dirigeants à adopter des mesures concrètes qui répondent à leurs attentes. Celles-ci sont nombreuses. Les jeunes veulent une « réforme » de l'UE qui nécessite « une Constitution réelle et légitime », où le PE « co-décide dans tous les domaines et a le droit d'initiative » et où la Commission joue le rôle de l'« exécutif européen » et répond de ses actes devant le Conseil et le PE. Cette réforme n'est possible, selon eux, qu'à travers l'élection d'une « Assemblée constituante qui établira une Convention démocratique et un référendum européen ». En matière de développement durable, le Sommet de la jeunesse appelle l'UE à mener les négociations internationales, à adopter « une politique commune de l'énergie » ainsi qu'« une stratégie pour le transport public » qui réduise l'utilisation du transport privé et des vols intracontinentaux et soutienne le chemin de fer et les véhicules propres. L'UE a également besoin d'une meilleure politique en matière d'égalité hommes/femmes. Les jeunes demandent aux États membres de faire face à leurs responsabilités en vue de « garantir un accès pour tous à toutes les formes d'éducation » - formelles et informelles - quelles que soient les origines économiques, sociales et culturelles. Ils estiment également que les programmes nationaux d'éducation doivent favoriser l'éveil à la compréhension de l'Europe. Au niveau international, l'UE doit parler « d'une seule voix » et promouvoir « les valeurs de paix, de sécurité, de solidarité et d'égalité ainsi que les principes des droits de l'homme ». L'aide au développement est indispensable et doit notamment porter sur « l'accès aux soins essentiels et le commerce équitable pour éradiquer la pauvreté » et s'attaquer aux « causes premières de l'immigration ». La vision des jeunes du modèle social et économique européen repose sur « l'affirmation de droits sociaux fondamentaux dans un contexte de compétitivité économique ». Un tel système ne peut être atteint qu'à travers des niveaux élevés de protection sociale, la redistribution des richesses, la réglementation du travail et du domaine social et la fourniture par les États membres de services d'intérêt général. Le Sommet des jeunes réclame un « Pacte européen de la jeunesse » qui comprenne des mesures pour la création d'emplois de qualité, l'éradication de la précarité des conditions de travail, l'indépendance en matière de logement et l'introduction d'un revenu minimum. Il souligne la nécessité d'« un respect total de la liberté de circulation à l'intérieur des frontières de l'UE en permettant à tous les jeunes de participer à des programmes d'échange à travers l'Europe et en abolissant les obstacles à la mobilité ». La suppression des obstacles à la mobilité tels que les « visas » est aussi jugée « cruciale » pour renforcer la société civile en dehors de l'UE. Enfin, les jeunes demandent que les organisations de la jeunesse soient incluses dans tous les processus de prise de décisions sur les sujets qui les concernent, et suggèrent même d'abaisser à « seize ans » l'âge de la participation à des élections.
Réactions à chaud. « Hans-Gert Pöttering » a dit que le Parlement qu'il préside devra considérer la Déclaration de Rome comme « un document de travail » propre dont « la commission parlementaire de la culture et de l'éducation » devra discuter, a indiqué Alejo Vidal-Quadras (PPE-DE, Espagnol). Commentant un document « important, consistant, ambitieux, intelligent et lucide », il a néanmoins estimé que des notions telles que « l'innovation, la compétitivité et l'esprit d'entreprise » auraient pu être ajoutées. Margot Wallström, Commissaire en charge de la stratégie d'information, s'est interrogée sur la manière de « s'engager dans un dialogue de manière structurée ». Elle a rappelé que la Commission fera en « juin » des propositions de suivi sur le livre blanc sur une politique de communication européenne, comprenant notamment « une liste d'événements » à organiser en collaboration avec les prochaines Présidences de l'UE et le PE (voir EUROPE n°9393). « C'est un début pour dire que nous vous avons entendus et que nous nous assurerons que nous allons agir conformément » à vos recommandations, a-t-elle indiqué, en souhaitant approfondir avec les jeunes certains éléments comme cette idée d'« assemblée constituante » pour réformer l'UE. Ján Figel', Commissaire en charge des politiques de la jeunesse, s'est concentré sur « l'accès aux qualifications » inscrit dans la Déclaration de Rome. Il s'est interrogé sur les moyens d'aider les Européens à passer du statut de « touristes » à celui de véritables « citoyens », évolution qui suppose « la reconnaissance de compétences ». Et il a exprimé le besoin d'« un plan D+ », en référence au « Plan D » de la Commission visant à rapprocher par le dialogue l'Europe et les citoyens (voir EUROPE n°9048). Et d'évoquer les prochaines échéances liées aux politiques de la jeunesse, telles que la conférence sur l'égalité des chances et la participation sociale qui aura lieu mi-avril à Cologne et la « Semaine européenne de la jeunesse » de juin.
SMS. « De Berlin à Rome, de la part des leaders d'aujourd'hui aux leaders de demain, un message de confiance envers le futur de l'Europe. Nous vous faisons confiance pour réaliser pleinement le rêve de nos pères fondateurs ». Lu par Mme Wallström, le message SMS de José Manuel Barroso n'a pas véritablement consolé les participants du Sommet de la jeunesse qui auraient préféré transmettre eux-mêmes et en direct la Déclaration de Rome aux Chefs d'État et de gouvernement réunis au même moment à Berlin, comme la Commission l'avait imaginé au départ (voir autre nouvelle). « Nous aurions aimé une communication en direct avec Berlin », a regretté Ernest Urtasun, principal rapporteur de la Déclaration de Rome. « Quelle tristesse de n'avoir pas pu envoyer (notre) message directement », a également déploré Bettina Schwarzmayr, Présidente du Forum européen de la jeunesse. Elle rappelé qu'en 2005 à Varsovie, le Sommet du Conseil de l'Europe avait autorisé une telle opportunité (voir EUROPE n°8948). Insistant sur les difficultés que rencontrent les représentants d'organisation de la jeunesse issus de pays voisins de l'UE, elle a appelé les délégués à faire pression au niveau national pour que ces restrictions cessent. C'est ce qu'a fait l'Allemagne vis-à-vis de jeunes militants biélorusses actifs au sein de la société civile.
Mon message aux leaders européens. EUROPE a demandé aux participants quel serait, selon eux, le message à transmettre aux leaders européens. « Agissez au niveau local ! », a dit Matti de Belgique. Aimilia de Grèce leur a demandé de « penser à l'intérêt général ». Le Danois Erik aimerait qu'ils se concentrent « plus sur la suppression des barrières que sur les institutions », alors que le Néerlandais Gerrard les a exhortés à rendre « l'Europe plus politique ». Marko de Finlande a insisté sur « le modèle social européen ». J'aimerais que les leaders européens s'engagent à ce que le Sommet des jeunes bénéficie de « la reconnaissance qu'il mérite », a avancé Sive d'Irlande. « Faites-nous sentir que nous faisons partie du processus ! », a exhorté son compatriote Brendan. Amélie de Belgique souhaiterait que soit instauré « un mécanisme de participation » de la jeunesse sur les sujets qui la concernent. L'Allemande Dörte a insisté sur le droit de chacun à avoir « une expérience dans un autre État membre » et le Slovène Matjaž sur « la mobilité » en tant que priorité. « L'éducation gratuite dans toute l'Europe en tant que droit fondamental », a lancé Matthew de Malte. Pour une Europe « moins orientée vers le marché mais plus orientée vers les individus », a déclaré Edgars de Lettonie. Tandis que la Lituanienne Audinga a demandé aux dirigeants de l'UE de « rester à l'écart des intérêts nationaux et de penser plus pour le bien de l'Europe ». La Bulgare Elitsa a regretté un certain manque de « vision » et d'« idéal » de la part des participants.
La Déclaration de Rome est disponible sur: http: //http://www.youthforum.org/ (mb)