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Bulletin Quotidien Europe N° 9394
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

De la Déclaration de Berlin (trop vague pour être efficace) à l'évolution de la position catholique sur la Dimension éthique de l'Europe

Sans impact populaire. Je ne crois pas du tout à l'impact populaire de la «Déclaration de Berlin». L'intention louable d'un texte bref et lisible et en même temps l'exigence qu'il soit accepté par tous les Etats membres, ont conduit à cacher ou masquer des concepts et mots essentiels. Le terme «élargissements» disparaît des objectifs futurs parce que certains gouvernements subordonnent les adhésions futures à la consolidation interne (donc, à la réforme institutionnelle), tandis que, pour d'autres, ils doivent rester un objectif sans conditions, y compris pour la Turquie. Et alors le concept devient l'ouverture de l'UE, parallèle à la volonté d'approfondissement, sur le même plan. Comment voulez-vous que les citoyens se passionnent pour ces subtilités ? Un autre exemple: fallait-il citer la monnaie unique parmi les succès même si certains pays n'y participent pas ? Le compromis a consisté à citer l'euro avec le marché intérieur, dans une même phrase qui réunit la réalisation chère aux pays continentaux et celle qui est, pour les Britanniques, la raison d'être de l'UE (à la condition que ce marché s'ouvre au monde entier).

Je pourrais citer d'autres exemples. Les grands objectifs des prochaines années (le sort du traité constitutionnel, la renégociation des dépenses de l'UE, la définition des politiques communes) sont englobés dans une phrase générale: asseoir l'UE sur des bases communes rénovées d'ici les élections européennes de 2009. C'est tellement vague que l'élément qui compte, l'indication de l'échéance, passe inaperçu pour les non initiés ; et oralement, à Berlin même, les chefs de gouvernement ont déjà exprimé leurs divergences sur cette échéance (voir page suivante).

Le résultat global n'a ni souffle ni allure, avec son catalogue de mots certes inévitables, mais tellement rabâchés qu'ils glissent devant les yeux du lecteur: paix, liberté, démocratie, tolérance, sécurité, justice, prospérité, solidarité. Ce sera peut-être utile un jour, pour l'histoire. Mais pour le moment les citoyens ont ignoré la Déclaration ou l'ont parcourue distraitement, comme une liste de banalités.

Evolution catholique ? D'autres textes diffusés à l'occasion du cinquantenaire me paraissent plus significatifs, dont le rapport sur la Dimension éthique de l'Union européenne, présenté à Rome par la COMECE, Commission des Episcopats de la Communauté Européenne. Ce n'est pas un texte des Evêques mais un rapport qu'ils avaient demandé à un Comité des sages parmi lesquels figurent Michel Camdessus, Pat Cox, Franz Fischler, Karl Lamers, Mario Monti, Marcelino Oreja, Jacques Santer, Peter Sutherland, personnalités qui, pour une raison ou l'autre, ont compté et comptent encore dans l'histoire de l'Europe. Les rapporteurs qui ont rédigé le rapport sont Philippe de Schoutheete (dont chaque texte sur l'Europe est instructif pour la connaissance du sujet et l'apport d'idées nouvelles et la clarté) et Stephen Wall.

La nuance est importante: au lieu d'une pastorale des Evêques, nous avons un texte aux Evêques qui indique la signification éthique de l'intégration européenne, sans rentrer dans les aspects religieux. Deux exemples: a) le rapport néglige la question (à laquelle le Pape et quelques Etats membres attribuent tellement d'importance) de la citation explicite des racines chrétiennes dans les Traités européens ; b) il évite les questions de morale liées à la doctrine catholique. C'est ainsi que les problèmes de la sexualité, de l'avortement ou de l'euthanasie ne sont même pas cités ; ce sont des questions importantes car elles déterminent les comportements individuels et influencent les législations nationales mais « qui n'ont rien à voir avec les questions européennes » (ainsi que l'a souligné l'une des personnalités citées).

Autres sont les valeurs dont le rapport s'occupe: paix et liberté, rapprochement des peuples, tolérance, solidarité (à l'intérieur de l'UE et avec le monde). L'adhésion renouvelée des peuples à l'entreprise européenne ne sera obtenue que si ces valeurs ne restent pas sous-jacentes mais inspirent le comportement de l'UE. Le paragraphe 3 sur la perception qu'ont les peuples de l'activité européenne (un projet visionnaire devenu une mécanique) devrait être lu et médité par tous les responsables politiques et les fonctionnaires. Certes, pour l'Evêque de Rotterdam Adrianus van Luyn, président de la COMECE, « ces valeurs proviennent de la tradition religieuse et en particulier de la tradition chrétienne ». L'essentiel pour l'Europe est qu'elles soient reconnues et pratiquées en elles-mêmes, sans impositions doctrinaires, dans l'esprit de ce rapport. L'Eglise catholique a évidemment le droit d'affirmer ses vues sur les racines, la famille, l'avortement, mais la dimension éthique de l'Europe n'en dépend pas.

(F.R.)

 

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