Bruxelles, 26/03/2007 (Agence Europe) - Voici le texte intégral de la « Déclaration de Berlin » adoptée le 25 mars à Berlin par les présidents des trois institutions de l'UE: Angela Merkel (Conseil), José Manuel Barroso (Commission européenne) et Hans-Gert Pöttering (Parlement européen) à l'occasion du 50ème anniversaire des Traités de Rome:
« Pendant des siècles, l'Europe a été une idée, un espoir de paix et de compréhension. Cet espoir s'est aujourd'hui concrétisé. L'unification européenne nous a apporté la paix et la prospérité. Elle a créé un sentiment d'appartenance commune et permis de surmonter les antagonismes. Chacun des États membres a contribué à l'unification de l'Europe et à la consolidation de la démocratie et de l'état de droit.
C'est grâce au désir de liberté des hommes et des femmes d'Europe centrale et orientale que nous avons pu mettre un terme définitif à la division artificielle de l'Europe. L'intégration européenne nous a permis de tirer les leçons de conflits sanglants et d'une histoire douloureuse.
Aujourd'hui, nous vivons unis, comme jamais nous n'avons pu le faire par le passé. Notre chance pour nous, citoyennes et citoyens de l'Union européenne, c'est d'être unis.
Nous mettons en oeuvre nos idéaux communs au sein de l'Union européenne. L'homme est au cœur de notre action. Sa dignité est inviolable. Ses droits sont inaliénables. Femmes et hommes sont égaux.
Nous aspirons à la paix et à la liberté, à la démocratie et à l'état de droit, au respect mutuel et à la responsabilité, à la prospérité et à la sécurité, à la tolérance et à la participation, à la justice et à la solidarité.
La manière dont nous vivons et travaillons ensemble dans le cadre de l'Union européenne est unique en son genre, comme en témoigne la coopération démocratique des États membres et des institutions européennes. L'Union européenne repose sur l'égalité des droits et la solidarité. Ainsi, nous concilions de manière équitable les intérêts des différents États membres.
Nous protégeons l'identité et les traditions diverses des États membres au sein de l'Union européenne. Les frontières ouvertes et la formidable diversité de nos langues, de nos cultures et de nos régions sont pour nous source d'enrichissement mutuel. Nombreux sont les objectifs que nous ne pouvons atteindre qu'ensemble, et non pas seuls. Les tâches à accomplir sont réparties entre l'Union européenne, les États membres et leurs autorités régionales et locales.
Nous devons relever de grands défis qui ignorent les frontières nationales. Notre réponse, c'est l'Union européenne. Ce n'est qu'ensemble que nous pourrons préserver notre idéal européen de société dans l'intérêt de tous les citoyens de l'Union européenne. Ce modèle européen concilie réussite économique et solidarité sociale. Le marché unique et l'euro nous rendent forts. Nous pouvons ainsi maîtriser, dans le respect de nos valeurs, l'internationalisation croissante de l'économie et une concurrence de plus en plus vive sur les marchés internationaux. L'Europe est riche des connaissances et du savoir-faire de ses citoyens; c'est la clé de la croissance, de l'emploi et de la cohésion sociale.
Nous lutterons ensemble contre le terrorisme, la criminalité organisée et l'immigration illégale, tout en défendant les libertés et les droits des citoyens, y compris contre ceux qui les menacent. Jamais plus le racisme et la xénophobie ne doivent avoir une chance de s'imposer.
Nous nous mobilisons pour que les conflits dans le monde se règlent de manière pacifique et que les hommes ne soient pas victimes de la guerre, du terrorisme ou de la violence. L'Union européenne veut encourager la liberté et le développement dans le monde. Nous voulons faire reculer la pauvreté, la faim et la maladie et continuer de jouer un rôle majeur dans ce domaine.
Nous avons la ferme intention de progresser ensemble dans le domaine de la politique énergétique et de la protection du climat et contribuer à la lutte contre la menace que fait peser le changement climatique sur la planète.
L'Union européenne continuera à se nourrir à la fois de son ouverture et de la volonté des États membres d'approfondir son développement interne. Elle continuera de promouvoir la démocratie, la stabilité et la prospérité au-delà de ses frontières. Grâce à l'unification européenne, le rêve des générations précédentes est devenu réalité. Notre histoire nous commande de préserver cette chance pour les générations futures. Il nous faut pour cela toujours adapter la construction politique de l'Europe aux réalités nouvelles. C'est pour cette raison qu'aujourd'hui, cinquante ans après la signature des traités de Rome, nous partageons l'objectif d'asseoir l'Union européenne sur des bases communes rénovées d'ici les élections au Parlement européen de 2009. Car nous le savons bien, l'Europe est notre avenir commun ».
L'Europe n'est pas acquise, elle doit être défendue sans cesse, insiste Angela Merkel - Il faut préserver et renforcer la méthode communautaire et la subsidiarité, souligne José Manuel Barroso
Au cours de la cérémonie de signature, dimanche à Berlin, la Présidente en exercice du Conseil européen, Angela Merkel, a rappelé que l'Europe unie de la paix et de la démocratie n'est pas acquise et qu'elle doit être gagnée tous les jours. « Soyons honnêtes », a dit Mme Merkel dans son discours aux chefs d'Etat et de gouvernement: « Les cinquante ans des Traités de Rome, ce n'est au fond rien d'autre qu'un battement de cil dans l'histoire. Aurons-nous un jour davantage à fêter, fêterons-nous, le 25 mars 2057, le centenaire des Traités de Rome également dans une Europe de paix et de liberté, de démocratie et d'État de droit? Nous ne le savons pas ». Rien de tout ce que l'intégration européenne a apporté aux peuples européens au cours du demi-siècle passé ne va de soi. « Tout doit être sans cesse consolidé et défendu. S'arrêter signifie reculer », a-t-elle insisté. « Créer un climat de confiance nécessite des années. Une nuit suffit pour perdre cette confiance. Si l'Europe est divisée, elle trébuche plus rapidement que certains ne le croient. En bref, il faut sans cesse s'engager pour préserver et réaffirmer l'unification européenne. C'est la tâche qui sera la nôtre à l'avenir. Tel est le message central des festivités d'aujourd'hui ». Dans le contexte de la mondialisation actuelle, Mme Merkel a aussi rappelé que « la décision pour l'Europe était et est aussi une décision en faveur d'un certain mode de vie. Elle était et est une décision en faveur de notre modèle de vie européen ». Ce dernier doit « concilier réussite économique et solidarité sociale », a-t-elle affirmé. La solidarité entre les Etats membres sera primordiale si l'Europe veut garder un rôle dans le monde d'aujourd'hui: « Ce n'est qu'ensemble que nous pourrons préserver notre idéal européen de société. Ce n'est qu'ensemble que nous pourrons imposer, au niveau mondial aussi, nos critères économiques et sociaux ». La mondialisation oblige aussi l'Europe à se préoccuper encore davantage à l'avenir des influences extérieures. « C'est pourquoi une politique étrangère et de sécurité commune en Europe est indispensable. Elle ne doit cependant pas être isolée, mais se faire aux côtés de partenaires au-delà de l'Europe. Je suis persuadée que la relation étroite et amicale avec les États-Unis d'Amérique et une OTAN forte sont et seront à l'avenir dans l'intérêt fondamental de l'Europe », a dit la chancelière allemande.
Le Président de la Commission, José Manuel Barroso, a insisté sur le maintien et le renforcement de la « méthode communautaire » et de la subsidiarité dans l'intégration européenne. « Ma vision de l'Europe n'est pas celle d'une Europe où seulement les institutions communautaires promeuvent l'unité et où les Etats membres défendent la diversité. Un vrai partenariat nécessite que les institutions européenne respectent la diversité et que les gouvernements nationaux promeuvent l'unité. C'est pourquoi nous avons besoin de la méthode communautaire et de la subsidiarité ».
Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, dans son intervention, a insisté sur l'évolution démocratique que le projet de l'intégration européenne a connue ces dernières années. « Alors que les Traités de Rome en 1957 ont été signés au cours d'une réunion à laquelle participaient gouvernements et diplomates, je suis reconnaissant aujourd'hui, en tant que président du Parlement européen élu au suffrage direct, de pouvoir représenter les citoyens et citoyennes de l'Union (…) C'est le symbole du chemin démocratique parcouru par les peuples d'Europe depuis 1957 ». (hb)