Bruxelles, 26/03/2007 (Agence Europe) - Dans la « Déclaration de Berlin » (voir texte ci-après) qu'ils ont signée dimanche à l'occasion du 50ème anniversaire de la signature des Traités de Rome, les présidents des trois institutions communautaires - Conseil, Commission, Parlement européen - se sont fixé comme objectif de réformer l'Union européenne et de faire entrer en vigueur un nouveau Traité avant les élections européennes de juin 2009. Cette ambition est exprimée, dans des termes beaucoup plus vagues, dans la dernière partie de la déclaration où les trois institutions s'engagent à poursuivre « l'objectif d'asseoir l'Union européenne sur des bases communes rénovées d'ici les élections au Parlement européen de 2009 ». Le manque de précision du texte a d'ailleurs amené le Président du Parlement européen à souligner devant la presse que l'échéance de 2009 doit être comprise comme étant le moment auquel les nouvelles réformes doivent être appliquées, après accomplissement du processus de ratification du futur Traité « qui portera peut-être un autre nom » que Traité constitutionnel.
Le rappel de Hans-Gert Pöttering n'était pas sans fondement, car plusieurs dirigeants européens ont immédiatement mis en cause la valeur de la Déclaration de Berlin (une déclaration politique, pas juridiquement contraignante) que, de surcroît, ils n'ont pas individuellement signée. Ainsi, le président polonais Lech Kazcynski a estimé que la date de 2009 était « irréaliste », préférant miser sur une entrée en vigueur du nouveau Traité en 2011. On sait que la Pologne souhaite rouvrir les négociations sur le mécanisme de vote au Conseil pour amender le système de la « double majorité » qui est prévu dans l'actuel projet de Traité constitutionnel (signé par la Pologne), mais auquel Varsovie s'oppose aujourd'hui. A ce propos, la chancelière Angela Merkel s'est limitée à rappeler dimanche à Berlin que la double majorité faisait partie d'un compromis « durement négocié » et qu'il serait difficile de le remettre sur la table. Le président de la République tchèque, Vaclav Klaus, a également émis des doutes sur les chances de parvenir à un consensus sur la substance du nouveau Traité d'ici 2009, ce qui, selon lui, « ne serait pas une tragédie ». Devant la presse, M. Klaus a insisté sur le fait que le calendrier ne pouvait pas éclipser le débat sur le contenu. Pour le vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra, un accord sur le Traité devra être trouvé soit en 2008, soit après les élections européennes de 2009. « Il n'y aura pas d'autre choix », a-t-il dit.
La Présidence allemande, appuyée par une large majorité des pays membres ainsi que par le PE et la Commission, est plus ambitieuse. Le bref débat des chefs d'Etat et de gouvernement, dimanche au déjeuner, sur le problème constitutionnel a démontré qu'il existe une « volonté de parvenir à des décisions en juin » lors du Conseil européen, a dit la chancelière Angela Merkel lors de la conférence de presse finale. « Le Conseil européen de juin ne pourra pas déjà apporter la solution (au problème institutionnel), mais nous essayerons de ne pas laisser à la Présidence portugaise des problèmes insurmontables », a précisé Mme Merkel. Ainsi, la feuille de route qui devrait sortir du Sommet de juin « pourrait » mener à une Conférence intergouvernementale (CIG) « courte et concentrée » encore sous Présidence portugaise, au second semestre 2007, a-t-elle estimé. La présidente en exercice du Conseil européen « ne veut pas faire monter la pression » sur la Présidence portugaise, mais il serait évidemment « souhaitable » qu'un accord sur le texte final puisse être atteint rapidement, si possible encore en 2007.
La Commission européenne souhaite aussi que la question institutionnelle soit réglée le plus rapidement possible, a dit son président José Manuel Barroso. Les conditions pour y arriver sont en tout cas « meilleures après la Déclaration de Berlin qu'elles ne l'étaient avant », a-t-il estimé devant la presse.
Angela Merkel a aussi confirmé que la méthode des consultations en cercle restreint, que la Présidence allemande a employée pour préparer la Déclaration de Berlin, sera aussi appliquée pour préparer le Conseil européen de juin sur la Constitution. « Nous ne négocierons pas sur la place publique », mais surtout par le biais des canaux bilatéraux et des sherpas, une méthode qui « a fait ses preuves », a dit la chancelière à la presse. Le Président tchèque Vaclav Klaus avait sévèrement critiqué le « manque de débat démocratique » sur la Déclaration de Berlin. Mme Merkel a réfuté cette critique: la méthode des consultations en cercle restreint permet aussi à la République tchèque de mieux défendre ses intérêts nationaux que si ce débat était tout le temps mené en public, a-t-elle estimé, devant la presse.
La chancelière a aussi été interrogée à propos des récentes critiques du Pape Benoît XVI à propos de l'absence d'une référence aux racines chrétiennes dans le projet de Traité constitutionnel. Personnellement, je souhaiterais une telle référence, « mais je suis réaliste, c'est-à-dire pas très optimiste » quant à la possibilité de modifier le projet de texte actuel sur ce sujet, a dit Mme Merkel. (hb)