Bruxelles, 07/02/2007 (Agence Europe) - Sécurité énergétique et changement climatique, réduction de la bureaucratie et innovation dans le marché intérieur, vieillissement démographique: ces thèmes, qui correspondent à autant de défis pour l'Union en cette première décennie du 21ème siècle, étaient au centre des travaux de la 3ème Rencontre parlementaire sur la stratégie de Lisbonne entre députés européens et nationaux à Bruxelles les 5 et 6 février. Trois groupes de travaux séparés ont respectivement discuté lundi des questions de l'énergie durable, de l'innovation dans le marché intérieur et du capital humain (formation, emploi et aspects sociaux) avant que les résultats de ces discussions soient débattus mardi en session plénière, sous la houlette du président de la Commission, José Manuel Barroso et du chef de la chancellerie allemande, Thomas de Maizière.
S'agissant de discussions du groupe de travail sur l'énergie durable, le député du Bundestag allemand Jürgen Trittin a fait part d'un large consensus sur la nécessité que les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique jouent un rôle fondamental pour atteindre les objectifs de Lisbonne. M. Trittin a également souligné un consensus sur la nécessité de porter la part des renouvelables à 20% du bouquet énergétique de l'Union d'ici 2020 tout en précisant n'avoir noté « aucun accord sur des propositions concrètes pour atteindre cet objectif ». Sur la question nucléaire, l'opinion générale du groupe de travail a été que la décision de recourir à cette source d'énergie doit appartenir aux Etats membres. Des travaux du groupe sur l'innovation, le Britannique Malcolm Harbour (PPE-DE) a rapporté l'attachement des députés à « sauver les quatre libertés à la base du marché intérieur du protectionnisme des Etats membres ». Les participants ont aussi souligné la nécessité d'autres réformes, en particulier dans les secteurs bancaire et des télécommunications, et ont donné un large soutien à l'initiative proposée par la Commission de réduire de 20% le fardeau administratif qui pèse sur les PME. En matière d'innovation, les participants ont convenu que les politiques de R&D devaient être prioritaires dans les agendas des Etats membres. Enfin, M. Harbour a souligné les difficultés que rencontrent les députés nationaux en promouvant les avantages du marché unique, en tant que « meilleure réponse à la mondialisation », auprès des citoyens européens. A propos des discussions du groupe de travail sur le capital humain, la députée de l'assemblée portugaise Maria Manuel Oliviera a fait part d'un consensus selon lequel « la meilleure manière d'aller vers l'avant est de parvenir au bon équilibre entre l'emploi, la compétitivité et la cohésion sociale ». En matière de création d'emplois et d'éducation, elle a souligné l'importance de respecter le principe de l'égalité des chances, une attention particulière devant toutefois être portée sur les femmes, les handicapés et les plus jeunes et les plus vieux qui rencontrent des difficultés sur le marché du travail. En matière de respect des droits sociaux, le groupe a convenu de la nécessité d'une approche équilibrée visant un marché du travail flexible, favorisant la mobilité, qui soit accompagné d'un niveau correspondant de protection des droits sociaux, l'Union devant définir des normes minimums de protection à observer par tous les Etats membres.
Ouvrant le débat, le président Barroso a souligné la nécessité de trouver l'équilibre entre compétitivité et droits sociaux. « Il est possible d'avoir une Europe flexible et propice aux affaires tout en ayant des standards sociaux élevés », a-t-il estimé, soulignant la nécessité, pour y parvenir, d'introduire des filets de sécurité sociale « pour protéger non pas les emplois non compétitifs mais les personnes ». Se félicitant d'une conjoncture économique propice, M. Barroso a exhorté les Etats membres à accélérer les réformes aussi bien au niveau communautaire que national et à réduire l'écart économique entre eux. M. de Maizière a pour sa part estimé qu'avec l'engagement manifesté par les Etats membres, « Lisbonne est désormais plus qu'un simple slogan ». « Ce n'est pas juste une question de politique: nous pouvons dépenser plus en R&D, mais si les jeunes ne veulent pas étudier la technologie, l'argent n'aidera pas. Il faut changer l'image de certaines professions dans la société », a-t-il insisté. M. de Maizière a par ailleurs souligné que la réduction du fardeau administratif était essentielle pour favoriser la création d'emplois, « non pour miner les normes sociales mais pour assurer un minimum d'inconvénients aux citoyens et aux entreprises ». Sur les questions énergétiques, M. de Maizière a souligné l'importance du dialogue avec la Russie, mais également avec les Etats-Unis pour les encourager à « faire davantage » pour lutter contre le changement climatique. En matière de relations transatlantiques, M. de Maizière a également souligné l'importance qu'Européens et Américains « évitent d'avoir deux ensembles de normes », en particulier en matière de droit des brevets, de lutte contre le piratage et la contrefaçon et de régulation des marchés financiers.
Energie et changement climatique ont été au centre des débats de la plénière. La Suèdoise Lena Ek (ALDE) a estimé qu'un objectif de 10% de biocarburants pour les transports était une « bonne idée mais ne va pas assez loin compte tenu des projections sur l'accroissement du fret et du nombre de passagers sur les routes ». L'Allemand Jo Leinen (PSE) a suggéré d'adopter un protocole relatif au changement climatique au côté d'un traité constitutionnel révisé. La députée du parlement italien Andrea Lulli a estimé pour sa part qu'il « est plus que jamais l'heure d'avoir une politique énergétique européenne ». Sotitios Hatzigakis, du parlement grec, a suggéré de financer une politique énergétique commune par le biais du budget communautaire, à l'instar de ce qui existe pour la PAC. Gudrun Kopp, du Bundestag allemand, a quant à lui estimé que les objectifs de protection climatique ne pourraient être atteints sans recourir à l'énergie nucléaire. (eh)