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Bulletin Quotidien Europe N° 9361
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le groupe de l'euro s'occupe des taux de change, l'Allemagne soulèvera le problème du yen à la réunion du G7

La petite phrase de M. Juncker. En fin de semaine, l'Allemagne va exercer sa deuxième présidence: celle du G7, qui se réunit à Essen au niveau des ministres des Finances. C'est une coïncidence heureuse, cette Présidence allemande simultanée du Conseil de l'UE et des rencontres avec les Etats-Unis, le Japon et le Canada sur les questions monétaires et économiques (pour ne pas parler du G8, dont la Russie fait aussi partie). Et il est significatif que la rencontre d'Essen ait été soigneusement préparée le 29 janvier par l'Eurogroupe, dans la perspective de soulever la question des taux de change, celui de la monnaie japonaise en particulier (voir le compte rendu d'Albin Birger dans notre bulletin n° 9355). Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, l'a indiqué explicitement: une large partie de la discussion de la fin janvier avait été consacrée à ce problème, car « la reprise conjoncturelle que traverse actuellement le Japon doit se refléter dans le taux de change », et il avait annoncé que ce concept sera repris à Essen avec encore plus d'intensité. M. Juncker avait précisé que l'Eurogroupe s'en occupait « puisqu'il s'agit d'une compétence partagée avec la Banque centrale européenne ». Or, on sait que M. Juncker pèse toujours ses mots.

Sa dernière phrase citée me paraît donc claire: il se référait aux dispositions de l'article 111 du Traité, qui confie au Conseil des pouvoirs explicites en matière de taux de change de l'euro et d'orientations générales de la politique de change. C'est un tournant qu'on attendait depuis quelque temps (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9263, dernier paragraphe). Cette fois-ci, l'accent est mis sur le yen, mais demain ce pourrait être le tour du dollar ou de toute autre monnaie. Le Conseil Ecofin et le groupe de l'euro prennent leurs responsabilités politiques, sans doute en accord avec Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne. M. Juncker et M. Trichet seront d'ailleurs présents à Essen, au titre de leurs présidences respectives, ainsi que le Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Joaquín Almunia.

Deux principes. L'évolution s'accomplit en douceur, sans tambours ni trompettes, mais sa signification est évidente: la question du taux de change implique les institutions politiques de l'UE et pas seulement les autorités monétaires. Ceci ne signifie pas que le taux de change devient un objet de pressions politiques à l'égard d'autrui, mais que les deux principes fondamentaux retenus par le FMI et par le G7 lui-même doivent être respectés, à savoir: a) les taux de change doivent refléter les données économiques fondamentales ; b) l'instabilité et les variations brusques doivent être évitées. On ne demande à personne de « piloter» le taux de sa monnaie, mais d'utiliser de façon appropriée des instruments tels que les taux d'intérêt. Il est connu que les autorités japonaises avaient fait pression, lors de la réunion précédente du G7, afin que la faiblesse de leur monnaie ne soit pas explicitement mentionnée dans le communiqué final. Elles l'avaient obtenu ; le communiqué final s'était limité à affirmer les deux principes généraux cités. Il est possible que ce ne soit pas le cas cette fois-ci, sauf si les autorités japonaises apportent des assurances valables. Et on ne peut pas exclure qu'une référence, directe ou indirecte, apparaisse aussi à propos de la monnaie chinoise, car les exportations de la Chine sont tout aussi avantagées que celles du Japon par les anomalies actuelles.

L'indépendance de la BCE n'est pas atteinte. Cette évolution pourrait-elle porter atteinte à l'indépendance de la Banque Centrale Européenne (BCE) ? D'aucune manière. Personne ne le souhaite. M. Juncker s'est exprimé à ce sujet à plusieurs occasions. L'exposé qu'il avait fait à la fin novembre devant le sénat français (séance spéciale de la délégation pour les affaires européennes présidée par Hubert Haenel, ouverte ce jour-là à tous les sénateurs) affirmait explicitement l'exigence de l'indépendance de la BCE: « sans une banque centrale indépendante, nous aurions un débat incessant entre les pays de la zone euro autour de la politique monétaire. Cette politique doit être définie pour l'ensemble de la zone euro, sans prendre en considération les difficultés de tel ou tel Etat membre ou de tel ou tel groupe ; et pour cela, il faut une indépendance de jugement. Je reste donc attaché au principe de l'indépendance de la BCE, que j'ai défendu lorsque je présidais la Conférence intergouvernementale qui a défini les conditions de l'Union monétaire. » Ce qui arrive représente un progrès dans la gestion de la zone euro et dans le dialogue « permanent et structuré » entre les autorités politiques et la BCE, en attendant l'autre progrès indispensable: une coordination « assez forte » des politiques économiques, la responsabilité essentielle de la BCE étant la stabilité des prix (M. Juncker l'avait explicitement confirmé, en félicitant M. Trichet pour les résultats obtenus). (F.R.)

 

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