Bruxelles, 17/11/2006 (Agence Europe) - Moins connues que les trois maladies endémiques liées à la pauvreté (paludisme, sida et tuberculose), les maladies infectieuses négligées continuent de peser lourdement sur les sociétés des pays pauvres. Elles sont responsables de plus d'un demi-million de morts par an et entraînent diverses formes graves d'invalidité chez des millions d'individus. Une conférence organisée par la direction générale de la recherche de la Commission européenne a cherché, les 8 et 9 novembre, à faire le point sur l'action européenne et internationale dans un domaine où elle reste extrêmement timide.
Si cette conférence était surtout axée sur les besoins en matière de recherche, de nombreux intervenants ont souligné que le médicament ou le vaccin ne suffit pas à lui seul pour combattre des maladies qui affectent principalement les pays les plus pauvres de la planète, en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Dans les cas où un traitement existe déjà, il faut encore qu'il devienne accessible aux patients, ce qui suppose l'existence d'un service de santé capable d'acquérir le traitement et de l'acheminer jusqu'au patient. Or, la plupart du temps, ce service fait défaut, même lorsqu'un laboratoire est prêt à offrir gracieusement un certain nombre de traitements. C'est ce que rappelait, le docteur Robert Sebbag (Sanofi-Aventis) en indiquant qu'il arrive même qu'un laboratoire détruise des médicaments, faute d'obtenir les autorisations administratives avant l'expiration de la date de péremption. Il a expliqué que l'industrie est prête à fournir des médicaments et des vaccins aux pays pauvres pour autant que les pays riches acceptent de compenser cet effort par leurs propres dépenses de santé. Le conservateur britannique John Bowis, qui est l'auteur d'un rapport sur les maladies négligées adopté par le Parlement européen en septembre 2005 (EUROPE n°9025), a reconnu qu'il faut sortir de la logique de bienfaisance en investissant dans le développement des systèmes de santé et dans la recherche. Tout en soulignant la nécessité de renforcer l'effort de recherche, un représentant américain du National Institute of Health, Michael Hollingdale, a souhaité une coopération accrue avec les acteurs de la recherche en Europe.
Faisant le point sur la méningite induite par la bactérie Neisseira Meningitidis, le docteur Gerd Pluschke, de l'Institut tropical suisse, a rappelé que l'épidémie affecte principalement l'Afrique sahélienne pendant la saison sèche, même si l'on a pu constater que la bactérie circule de Chine jusqu'aux Etats-Unis en passant par le Moyen-Orient et la France ou le Royaume-Uni. La bactérie est sensible à certains antibiotiques, mais il n'existe pas à ce stade de traitement qui offre une réponse à long terme ni de traitement efficace pour les enfants de moins de deux ans. Selon Gerd Pluschke, il est important de mieux comprendre la dynamique de colonisation naso-pharyngée. Rudy Hartskeerl, de l'Institut tropical des Pays-Bas, a plaidé pour la prise en compte de la leptospirose au titre du 7ème programme-cadre de recherche. Selon lui, cette zoonose, dont le réservoir est un rongeur, entraîne plus de décès que la dengue. Il a évoqué l'apparition de nouveaux foyers au cours des dernières années en Inde, Australie, Malaisie et même en Europe. La peste progresse à nouveau: alors que l'on dénombrait 15 pays concernés par la peste dans les années septante, ils sont aujourd'hui 40. La maladie s'est déplacée d'Asie vers l'Afrique. Si le nombre de cas annuels reste limité, le risque est devenu d'autant plus considérable, selon Nils Stenseth de l'Université d'Oslo, que des souches résistantes sont apparues. Rien qu'en République démocratique du Congo, on dénombre trois nouveaux foyers depuis mars 2005. M. Stenseth a plaidé pour des recherches approfondies sur les facteurs climatiques (chaleur et humidité) qui semblent favoriser la maladie. Si, dans certaines fièvres hémorragiques, on a pu reconnaître le réservoir et le mode de transmission de la maladie, il en existe d'autres comme l'ulcère de Buruli dont on ne sait rien sinon qu'il est lié à un mycobactérium.
Le commissaire Janez Potocnik a rappelé que la trypanosomiase ou maladie du sommeil menace des millions de personnes dans 36 pays d'Afrique subsaharienne et que 150 000 personnes en meurent chaque année. La leishmaniose menace 350 millions d'individus dans 88 pays (y compris dans des régions de l'Union européenne comme la Guyane française: NDLR) et entraîne environ 80 000 décès annuels. 18 millions de personnes soufrent de la maladie de Chagas, 120 millions d'une filariose lymphatique et 200 millions de bilharziose (également présente aux Antilles et en Guyane: NDLR). A l'ensemble des maladies déjà citées, il faudrait ajouter pour être complet l'onchocercose, qui provoque la cécité, diverses ascarioses, des maladies respiratoires aiguës et des diarrhées qui sont souvent mortelles chez les enfants. Rappelant qu'au cours des dix dernières années, le programme-cadre communautaire de recherche a déjà contribué à hauteur de 70 millions d'euros au financement de 55 projets de recherche sur les maladies infectieuses négligées, Janez Potocnik a souligné qu'ils ont notamment permis de mettre au point un nouveau traitement de la filariose, d'améliorer la lutte contre la leishmaniose et la dengue. Dans le 7ème PCRD, les maladies infectieuses (HIV, tuberculose et malaria), les maladies négligées, les maladies infectieuses émergentes (influenza, SRAS, etc.) et les résistances ainsi que les essais cliniques menés en partenariat dans le cadre de l'EDTCP seront à nouveau réunis dans la même unité. Le premier appel à propositions concernant les maladies négligées est prévu à l'été 2007 et portera sur les agents de la trypanosomiase, de la maladie de Chagas et de la leishmaniose. L'appel sera ouvert à des projets de recherches concernant le diagnostic et le traitement. La Commission souhaite aussi soutenir la constitution d'un réseau pour le développement d'un vaccin contre la leishmaniose, a indiqué Dario Zanon. D'autres maladies seront prises en compte dans des appels à propositions ultérieurs. (oj)