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Bulletin Quotidien Europe N° 9309
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'UE a clarifié ses intentions concernant le Doha round et la Chine

Les «conclusions» du Conseil de l'UE sur la politique commerciale (voir cette rubrique d'hier) ne constituent pas le seul symptôme d'une prise de conscience accrue des exigences de cette politique. D'autres éléments confirment que l'UE ne considère plus le gonflement du volume des échanges comme l'objectif essentiel en lui-même. Il pouvait l'être autrefois, lorsque les moyens de transport étaient plus rares et moins efficaces, les capacités de production bien moindres, les technologies moins répandues, les possibilités de contrefaçon moins disponibles pour la criminalité organisée et surtout les produits contrefaits pas aussi dangereux qu'aujourd'hui. A présent, le «comment» a autant d'importance que le «combien».

Sauvegarder les acquis du Doha round, exigence prioritaire. La première constatation positive se réfère à la relance du Doha round. J'ai écrit à plusieurs reprises que les résultats déjà engrangés dans la négociation sont très significatifs et que ce serait une folie de les rendre caducs dans le but d'arracher des concessions supplémentaires, parfois injustifiées et de toute manière impossibles. Trop prétendre signifierait aller à l'échec. C'est donc avec plaisir que j'ai entendu, en début de semaine, Peter Mandelson défendre à peu près le même concept, beaucoup mieux que j'aurais pu le faire (voir notre bulletin n.9306). En répondant à la représentante américaine au commerce Susan Schwab, qui juge l'acquis de Doha insuffisant, le commissaire européen a affirmé que ce qui est sur la table est beaucoup plus significatif que tout ce qui avait été obtenu dans les cycles précédents de l'OMC. Désormais, les Etats-Unis ne peuvent pas accepter d'autres réductions spectaculaires de leurs subventions à la production agricole (la disparition de l'agriculture américaine serait un désastre pour le monde), le Brésil et d'autres pays émergents ne peuvent pas libérer totalement certaines branches de leur économie (marchés publics, services financiers, etc.), l'UE ne peut pas ouvrir davantage son marché agricole sans condamner son environnement naturel et son équilibre territorial (idem pour le Japon et quelques autres pays). M. Mandelson a raison en affirmant que si l'on laisse passer cette occasion, les opportunités qui existent seraient perdues pour des années. De toute manière, les exigences environnementales doivent être renforcées ; et ceci va dans le sens des orientations de l'Europe.

Une ministre chinoise coopérative. Mon deuxième exemple se réfère à la clarification positive des relations commerciales avec la Chine. Dans son récent voyage là-bas, Peter Mandelson s'est d'abord adressé aux étudiants de l'Université de Pékin, en expliquant que leur pays a conquis la deuxième place d'exportateur sur le marché européen (tout juste après les Etats-Unis) mais que ce commerce ne se déroule pas dans des conditions équitables: obstacles tarifaires et non-tarifaires, piratage et contrefaçon («véritable fléau pour l'industrie européenne»), etc. Il faut mettre de l'ordre, si l'on veut que le dialogue euro-chinois devienne un dialogue global constructif, et la Chine doit assumer aussi ses responsabilités environnementales. Les griefs européens (que j'avais amplement exposés dans cette rubrique des bulletins n° 9300 et 9301) ont été explicités dans les entretiens de M. Mandelson avec les autorités chinoises, et le fait nouveau a été la réaction de l'autre partie. D'habitude, les autorités chinoises répondaient en accusant l'UE de protectionnisme et en proférant des menaces. Cette fois-ci, le ministre du Commerce M. Bo Xilai a conservé un ton agressif (voir notre bulletin n° 9302), mais la vice-première ministre Wu Yi a été beaucoup plus équilibrée et encourageante, ouvrant la porte à « la négociation et la consultation » sur tous les sujets controversés. Les négociations pour un nouvel accord de commerce et de coopération commenceront en janvier prochain ; l'objectif ne sera pas le libre-échange (objectif impensable) mais l'amélioration des conditions des échanges. Le compte rendu publié dans notre bulletin n° 9305 est éloquent. Quelque chose semble vraiment avoir bougé.

En même temps, Dominique de Villepin a annoncé que son pays va proposer une «taxe européenne sur le CO2 des produits importés», sans cacher qu'il visait la Chine, qui est en train de devenir «la manufacture du monde dans des conditions écologiquement déplorables» (elle a largement dépassé l'UE pour les émissions de CO2). Le Premier ministre français a ajouté: « La Chine est en train de dépasser l'Europe dans le domaine des hautes technologies, elle doit aussi faire des efforts en matière écologique».

Même les pays pauvres… Je terminerai en citant l'initiative du Parlement européen visant à retirer les préférences commerciales spéciales de l'UE (SPG+) aux pays pauvres s'ils n'améliorent pas les droits de l'homme et les conditions de travail (voir notre bulletin n° 9307). Ce sont des pays d'Amérique du Sud et centrale, quelques pays asiatiques et quelques pays de l'ex-URSS.

(F.R.)

 

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