Luxembourg, 19/10/2005 (Agence Europe) - Réunis à l'initiative personnelle de Nicolas Schmit, ministre délégué luxembourgeois aux Affaires étrangères, les ministres chargés des Affaires européennes de Belgique, Espagne, Suède et Hongrie, l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, le Commissaire européen aux affaires sociales Vladimir Spidla, le président du Parlement européen Josep Borrell, les députés européens Jo Leinen et Robert Goebbels et le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats John Monks ont évoqué, notamment en vue du Sommet du 27 octobre à Hampton Court, les perspectives du modèle social européen et l'avenir de l'Europe, lors d'une réunion informelle le 18 octobre au Château de Bourlingster au Luxembourg. Il s'agissait en particulier de discuter de la finalité de l'intégration européenne à une époque où le modèle social européen est contesté par certains, face aux défis de la mondialisation, a noté devant quelques journalistes le ministre luxembourgeois, qui a indiqué que cet échange de vues très libre visait à vérifier comment relancer le projet européen, en reconnaissant que le modèle économique et social peut être renouvelé, mais en soulignant qu'il ne faut pas perdre de vue le « projet politique ». Il faut aussi éviter la « confrontation » simpliste entre le modèle anglo-saxon et le modèle continental, a estimé M. Schmit, en soulignant la nécessité de valoriser la dimension économique et sociale de la zone euro ; l'Eurogroupe - présidé pendant deux ans par le Premier ministre et ministre luxembourgeois des Finances Jean-Claude Juncker - devrait pouvoir coordonner plus activement les politiques économiques de la zone euro, a-t-il remarqué, en rappelant que c'est une idée chère au Président Delors. Ceci contribuerait à accroître la crédibilité de la zone euro, a noté Nicolas Schmit, qui a ajouté: un accord sur les perspectives financières 2007-2013 d'ici la fin de l'année est « indispensable », car ce sera un message important à nos citoyens sur notre capacité de « sortir du blocage » sur la Constitution européenne, et aussi un message important vis-à-vis des nouveaux Etats membres. Ces derniers « ont beaucoup à gagner des perspectives financières », et « nous y avons tous à gagner », a-t-il insisté. Tout en admettant qu'il n'y a pas accord sur le chiffres, M. Schmit juge important qu'il y ait la « volonté politique de parvenir à un accord » sur les perspectives financières, et estime que l'accord final ne sera pas très éloigné des propositions de la présidence luxembourgeoise de fin juin. A propos de la Constitution , M. Schmit a estimé que c'est une erreur que de la considérer dès à présent comme « morte », comme le voudraient certains, même s'il reconnaît que le déroulement du processus interrompu par les « non » français et néerlandais dépend des « calendriers nationaux » (élections nationales: NdlR).
Devant la presse, Jacques Delors s'est félicité de cette occasion d'avoir entre « responsables sociaux-démocrates » un débat « très fructueux, très franc, très abrupt » sur le modèle économique et social européen, débat débouchant sur une réflexion sur « l'avenir politique et institutionnel en Europe ». Selon l'ancien président de la Commission européenne, ceci « prépare bien le terrain pour la réflexion du Parti des Socialistes Européens et des responsables des gouvernements » de l'UE. Interrogé sur le modèle social européen, Jacques Delors, qui avait introduit la discussion du Château de Bourlingster, a reconnu qu'il y a plusieurs modèles économiques et sociaux européens, mais il a tenu à rappeler: « sans faire d'injure » à l'une ou l'autre variante, quelque chose caractérise ce modèle, et c'est « l'équilibre entre la société et l'individu », le fait que l'on n'accepte pas « que la société étouffe l'individu ou l'écrase », ce modèle est « fondé sur un double compromis », entre « la puissance publique et le marché, le capital et le travail ». Selon lui, il faut donc « retrouver un nouvel équilibre entre le social et l'économique, mais en restant fidèles à nos valeurs ». Quant à la Constitution européenne, M. Delors a estimé que « le processus de ratification doit se poursuivre, c'est le respect qu'on se doit dans la famille européenne, c'est une question de morale commune ». A la fin de ce processus, les gouvernements se réuniront, comme prévu, « pour tirer le bilan de cette période de consultation ». Sans vouloir s'attarder sur la situation en France, Jacques Delors a ajouté: « comme citoyen français, j'ai pris acte de la décision de mon pays, comme militant européen, je dis qu'il faut poursuivre la ratification ». Pourquoi n'a-t-on pas fixé les frontières de l'Europe ? A cette question, M. Delors a répondu: « c'était une sage décision ». « En tant qu'Européen, j'avais une idée de l'Europe », a-t-il affirmé , en rappelant que, après la création de l'Europe des Six, « l'histoire a tapé à la porte » à plusieurs reprises (de la Communauté d'abord, de l'UE ensuite): des pays hésitants comme le Royaume-Uni (entré dans la CE avec l'Irlande et le Danemark), des pays sortis de la dictature (Grèce, Espagne et Portugal), des pays initialement hostiles à l'intégration, les pays de la Zone de libre-échange, avant le « branle-le-bas de l'histoire », avec la chute du mur de Berlin. « L'Europe généreuse qui se veut puissante n'apparaît pas capable de s'expliquer », a regretté M. Delors, en notant: « il y a des gens qui savent quelles sont les frontières de l'Europe (…). Pendant un mois d'août, j'ai lu trois mille pages à ce sujet (…). Pour moi l'Europe doit rester elle-même tout en sachant faire face aux défis de l'histoire ».