Bruxelles, 12/07/2005 (Agence Europe) - Préfigurant la décision qui devait être prise le lendemain à 25 sur le déficit italien, le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a déclaré lundi soir que « les difficultés budgétaires ne semblent pas temporaires » et que « les autorités italiennes disposent d'un délai jusqu'en 2007 pour redresser la situation ». Comme le recommandait la Commission, les ministres des Finances de la zone euro ont donc opté pour l'octroi d'un répit de deux années afin que l'Italie revienne sous le seuil des 3% et présente dans les six mois les mesures qu'elle compte prendre. Actuellement de 3,2% du PIB en 2003 et 2004, le déficit public pourrait s'envoler au-delà de 4% cette année mais ne nécessitera des mesures supplémentaires qu'en 2006 et 2007, l'Italie devant mettre en œuvre le budget 2005 avec rigueur. Anticipant un glissement du déficit à 4,6% en 2006, la Commission avait considéré que ces mesures devraient représenter au moins 1,6% du PIB, dont la moitié dès l'année prochaine. « Il y a eu un excès d'optimisme dans la façon dont les Etats membres ont évalué leur propre situation sur le plan budgétaire », a expliqué lors de la même conférence de presse le Commissaire chargé des affaires économiques, Joaquin Almunia, avant de souligner que la France et l'Allemagne restaient confrontés à une situation délicate en 2005.
« Nous avons attiré l'attention du ministre français Thierry Breton sur la situation budgétaire de la France », a indiqué M. Juncker, qui précise que son homologue est conscient de la difficulté. Si ce dernier a réaffirmé son intention de maintenir le cap fixé pour 2005, Jean-Claude Juncker a néanmoins averti que « dans le courant 2006, la France devra prendre quelques mesures supplémentaires pour respecter les limites du déficit sur lesquelles nous nous sommes mis d'accord ». Le Commissaire Almunia, qui avait évoqué fin juin trois options pour la France et l'Allemagne (EUROPE n° 8980), ne semble plus véritablement retenir celle prévoyant que les deux pays restent sous les 3%. Dans ses prévisions économiques de printemps, la Commission tablait sur un déficit de 3% en France et de 2,9% en Allemagne pour 2005. Or si cette éventualité demeure encore possible pour la France « ce sera très difficile », a indiqué lundi M. Almunia, qui ajoute qu'en cas contraire les autorités devraient aussi prendre des mesures pour l'année en cours.
Soulignant que la situation était « plus ouverte » pour Paris que pour Berlin, M. Almunia a ainsi souligné la marge étroite dont dispose l'Allemagne, qui s'oriente une nouvelle fois vers un dépassement du plafond du Pacte de stabilité et de croissance (PSC). Selon le Commissaire, le ministre des Finances allemand, Hans Eichel a lui-même reconnu que le déficit pourrait s'élever à 3,7% en 2005, à 3,4% en 2006 et à 3,1% en 2007. Profitant des règles modifiées du PSC, Berlin n'est pas assuré d'une relance de la procédure, mais cette perspective se rapproche dangereusement. Deux options s'offrent à la Commission, qui fera une évaluation de la situation des deux pays après les dernières notifications budgétaires et devrait présenter, fin septembre, des propositions sur les suites à donner à la procédure pour déficit excessif. Si un déficit budgétaire supérieur à 3% du PIB apparaît, mais qu'il s'explique par une croissance molle, il sera possible, en vertu du PSC remanié, d'adopter une nouvelle recommandation au titre de l'article 104§7 (stade de la procédure auquel se trouvent la France et l'Allemagne depuis respectivement 2003 et 2002). En revanche, si le déficit budgétaire n'est pas dû à la faible croissance, la Commission pourra recommander de passer à l'étape suivante de la procédure, celle d'une mise en demeure au titre de l'article 104§8 et 9. Dans le cas de l'Allemagne, cette option est « beaucoup plus probable », a estimé le Commissaire.
L'Eurogroupe a également entamé un débat à propos des divergences de croissance au sein de la zone euro sur la base d'une note demandée à la Commission en mai. Cette dernière fait état de différences persistantes en raison des capacités d'ajustement variables des Etats membres face aux désordres économiques (EUROPE n° 8988). « Certains Etats membres paient un prix élevé qu'ils s'imposent eux-mêmes », conclut le résumé du rapport, qui appelle à « une combinaison appropriée de politiques macro-économiques, une intégration économique accrue et des réformes des marchés du travail, des produits et du capital ». Si d'après Joaquin Almunia, « ce ne sont pas les différences de croissance en elles-mêmes qui nous inquiètent », celles-ci risquent de se maintenir en l'absence de réformes structurelles et « ce serait une mauvaise chose pour la zone euro », a-t-il lancé. A ce stade, le Commissaire s'en tient toujours aux prévisions de croissance du printemps, de 1,6% pour la zone euro, mais souligne une nouvelle fois que « si les prix du pétrole se maintiennent au niveau actuel de 60 dollars le baril, ce n'est pas bon pour la croissance ». Et de renouveler l'appel en faveur d'économies d'énergie et d'un dialogue avec les pays producteurs pour qu'ils augmentent leurs capacités de production.