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Bulletin Quotidien Europe N° 8989
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques enseignements de la Présidence luxembourgeoise du Conseil

La réalité d'un bilan. Ce commentaire est en retard de deux semaines, parce que la Présidence luxembourgeoise du Conseil a expiré le 30 juin et nous ne sommes pas loin de la mi-juillet. La raison en est simple: j'ai voulu attendre, pour commenter la première moitié de l'année, le résultat du référendum au grand-duché sur la Constitution européenne, en estimant qu'il était indirectement lié au semestre de présidence. Du moment que le Premier ministre Jean-Claude Juncker avait annoncé qu'il aurait démissionné en cas de victoire du «non», le résultat positif prend la signification d'un vote en sa faveur sur le plan national (ce qui a également une signification européenne, voir plus loin).

Je n'ai pas l'intention d'établir une sorte de bilan détaillé de la présidence échue, car ceci a déjà été fait amplement, entre autres par M. Juncker lui-même devant le Parlement européen. Ses succès généralement cités ont été la mise à jour de la stratégie de Lisbonne (en incluant la cohésion sociale parmi les objectifs prioritaires), la révision du Pacte de stabilité (en mettant davantage l'accent sur les aspects économiques sans toutefois réduire la rigueur budgétaire, résultat qui est un petit miracle de la présidence), les nouveaux objectifs d'aide publique au développement des pays pauvres et les progrès dans les relations avec les Etats-Unis et la Russie. J'y ajouterais volontiers la décision sur le Fonds de développement rural, qui en fait a été adoptée au début juillet sous Présidence britannique mais sur la base du compromis de la Présidence luxembourgeoise ; pour qui comprend ce que l'agriculture signifie pour l'Europe, c'est un accord fondamental. En revanche, l'impossibilité d'aboutir à un accord sur les perspectives financières 2007-2013 a lourdement pesé sur les évaluations de nombreux commentateurs. Jean-Claude Juncker avait fait un certain nombre de concessions, même par rapport à ses propres convictions, en acceptant, dans l'effort d'être efficace, le feu de certaines critiques. Dans la phase finale de cette négociation, les divergences sur les chiffres étaient en pratique aplanies (voir cette rubrique dans notre bulletin n° 8972), mais certains Etats membres voulaient à tout prix saisir l'occasion pour lancer la révision de la structure même des dépenses de l'Union. L'échec a profondément affecté M. Juncker, et il ne l'a pas caché (« j'était triste et je l'ai montré… nous, hommes politiques, sommes des êtres humains, avec des déceptions et des désespoirs»), mais il était programmé et il ne pouvait pas, au vu du déroulement du Sommet, être évité.

Une situation unique. Au lieu d'un bilan, voici quelques premières remarques que le semestre luxembourgeois suggère. Il est évident qu'aucun autre Premier ministre ne pourra consacrer à l'Europe autant de temps et d'attention que M. Juncker l'a fait. Il n'est pas excessif de dire que la présidence du Conseil européen a été pour lui un «emploi full time». Faut-il en conclure que la désignation d'un président exclusif, n'occupant pas de fonctions nationales, représenterait la bonne solution pour le Conseil européen ? Ce n'est pas l'avis de tous les observateurs. Certains estiment qu'une «légitimité nationale» est indispensable pour être respecté par ses collègues chefs de gouvernement, et que sans l'aval permanent de son peuple, le président permanent du Conseil européen ne serait tout au plus qu'un «chairman». Ceci est valable aussi pour le Conseil des ministres: M. Asselborn et encore plus M. Schmit ont consacré toute leur capacité de travail à l'Europe, et cette concentration leur a permis non seulement de suivre de près et sans interruption les sessions ministérielles européennes et de les préparer, mais aussi de dialoguer sans interruption avec le Parlement européen (sessions plénières et commissions) et d'autres organes communautaires. Sans oublier que M. Juncker présidait en même temps le Conseil Ecofin et le groupe de l'euro, engagements qu'aucun autre Premier ministre ne serait en mesure d'assumer.

Toutefois, le temps n'est pas tout ; les mots clé sont expérience et connaissances. Où trouver un autre Premier ministre ayant l'expérience européenne de Jean-Claude Juncker et son expérience spécifique du Conseil européen ? Sa connaissance des dossiers les plus sensibles, comme ceux de la compensation budgétaire britannique et des ressources propres ? Son habitude à représenter l'Europe dans les contacts au plus haut niveau mondial ? Son équipe gouvernementale partageait en partie ces caractéristiques. Il suffit de rappeler que le président du Conseil Agriculture, Fernand Boden, présidait le même Conseil lorsqu'il avait adopté, en 1997, le document historique sur la multifonctionnalité de l'agriculture (voir cette rubrique dans le bulletin n. 8983) et que Nicolas Schmit avait été longtemps représentant permanent avant d'être nommé ministre. Faut-il en conclure que la formule des présidents de longue durée est valable… à la condition qu'ils soient luxembourgeois ? C'est évidemment une boutade, mais qui invite à quelques autres réflexions.

(F.R.)

 

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