Bruxelles, 15/06/2005 (Agence Europe) - A la veille du Conseil européen dont les décisions sur les perspectives financières engageront l'avenir de la recherche scientifique européenne, l'ancien Commissaire européen et actuel député européen socialiste belge, Philippe Busquin, a adressé une lettre ouverte aux chefs d'Etat et de gouvernement, dont nous reprenons ici un large extrait:
« Les chefs d'Etat qui veulent limiter le budget à 1% du PIB européen et s'enferment dans leurs "tabous" (rabais britannique, politique agricole commune conservatrice) risquent d'être les fossoyeurs de la construction européenne pourtant indispensable à notre avenir. L'Europe, en ne dépensant que 2% de son PIB pour la recherche alors que les EU sont à près de 3%, le Japon plus de 3% et que la Corée du Sud, la Chine, l'Inde s'éveillent avec d'énormes potentialités, doit prioritairement, au niveau de tous ses états de l'UE, arriver avant 2010 à 3% de son PIB pour la recherche et l'innovation dans les secteurs public et privé. Les chefs d'Etat ont d'ailleurs reconnu cet objectif au sommet de Barcelone en 2002 mais ne veulent pas, à l'exception des pays scandinaves, s'en donner les moyens. Il ne faut pas seulement dépenser plus mais mieux: c'est l'idée de l'espace européen de la recherche initié depuis 2000: lutter contre la fragmentation, optimaliser les efforts de recherche par la collaboration des meilleures équipes européennes au-delà des frontières, revaloriser les professions de chercheurs, susciter l'intérêt pour les sciences, créer des partenariats public-privé dans des plates-formes technologiques dans l'aéronautique (Airbus), le spatial (Ariane), la microélectronique, la chimie, l'acier... Nous avons besoin de 600 000 chercheurs en plus dans les prochaines années. Il s'agit là d'une nécessité absolue. (…) Malheureusement, les propositions budgétaires actuelles de la Présidence luxembourgeoise en réduisant le budget de la recherche prévu pour 2007-2013 de 73 milliards d'euros à 50 milliards, détruisent cette approche novatrice et engluent l'Europe dans un affligeant statu quo. Il est très probable que sans moyens nouveaux significatifs le Conseil européen de la Recherche ne verra pas le jour ou sera doté d'un budget limité qui ne permettra pas de rencontrer ses objectifs dont un très important: éviter le "brain drain" de nos meilleurs chercheurs. Ne pas donner de projets, d'ambitions à l'Europe sinon par des rencontres de chefs d'Etat qui multiplient les effets d'annonce sans se donner les moyens de les réaliser est certainement la meilleure manière de renforcer l'euroscepticisme, faire resurgir les nationalismes (I want my money back) et créer les conditions du déclin européen ».