Bruxelles, 15/06/2005 (Agence Europe) - Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a déclaré mercredi devant la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen qu'il était « presque sûr » que le Conseil européen de jeudi et vendredi ne parviendra pas à trouver un accord sur l'ensemble du dossier des perspectives financières 2007-2013 (voir autre nouvelle). « Je suis presque sûr que nous n'arriverons pas à faire passer les perspectives financières à ce sommet », a-t-il dit. Le dernier compromis de la présidence (du 2 juin) maintient les crédits à un niveau qui « commence à paraître acceptable à tout le monde », mais il y a des « poches de résistance », a constaté M. Juncker. « Ce serait déjà un grand progrès si nous arrivons à nous mettre d'accord sur le niveau général de dépenses 2007-2013 », a-t-il expliqué. Le compromis prévoit 870 milliards d'euros, soit 1,056% du RNB de l'UE, en crédits d'engagements. La présidence a diffusé mercredi soir un nouveau texte de compromis en vue de la négociation au Conseil européen. Des propositions qui « ne se départiront pas de celles que la présidence a déjà formulées », a précisé M. Juncker.
« Mais il n'y aura pas d'accord sur les perspectives financières si nous n'arrivons pas à amender le chèque britannique », a estimé M. Juncker, en notant que le Royaume-Uni était isolé sur ce dossier, car « il y a 24 Etats qui pensent qu'il faut envisager une correction du chèque britannique ». Au sujet des pays qui estiment qu'ils payent beaucoup plus au budget de l'UE qu'ils n'en reçoivent (Allemagne, Suède et Pays-Bas), M. Juncker a expliqué qu'en « gelant le rabais au niveau de 2003 (…), nous dégagerions un volume budgétaire en recettes que nous utiliserions pour mieux accommoder ces trois pays ». Alors, le niveau de transfert de leurs recettes TVA vers le budget communautaire ne serait « plus que de 0,15% », a indiqué M. Juncker. Et, tout en reconnaissant qu'un tel pourcentage ne serait vraisemblablement pas suffisant pour les contenter tous, il a affirmé que, pour les Pays-Bas, il ne pourra pas aller jusqu'au niveau que le gouvernement néerlandais s'est « autofixé devant son parlement et son opinion publique ». Avec un mélange de lassitude et d'ironie, M. Juncker a confié aux parlementaires qu'en cas de non accord, il laissera à son homologue britannique, avec un « plaisir que vous ne pouvez pas mesurer », le soin de « venir ici, codécider sur les perspectives financières». M. Juncker a semblé faire un pas en direction de Tony Blair sur l'agriculture, en estimant pour la première fois qu'il y avait des « réductions à opérer » aussi sur la politique agricole commune (PAC). Mais il a aussitôt ajouté qu'il ne pouvait « pas, comme ça, remettre en question » l'accord du Conseil européen d'octobre 2002 qui a sanctuarisé les dépenses agricoles (marchés et paiements aux exploitants) jusqu'en 2013. « C'est un sujet difficile, car certains Etats membres sont férocement attachés (à cet accord) », a-t-il rappelé (allusion, en particulier, à la France).
S'il a fustigé l'intransigeance de certains Etats membres « qui cherchent à grappiller ici ou là », M. Juncker a loué l'attitude de l'Irlande, déclenchant une salve d'applaudissements de certains députés. Bien que perdant le bénéfice de nombreux fonds en devenant contributeur net d'ici la fin de la période 2007-2013, l'Irlande est «fière», a dit M. Juncker, d'arriver à une telle position qui reflète son développement économique.
Au libéral allemand Wolf Klinz qui appelait à un « débat de fond » sur le prochain cadre budgétaire plutôt qu'à un éventuel compromis « tout chaud », M. Juncker a dit qu'un accord lors du Conseil européen ne serait pas précipité. Les divergences portent « sur l'alimentation du budget par les contributions nationales et la structure des dépenses ; ce n'est pas une raison de ne pas conclure », a-t-il fait valoir. A Paolo Cirino Pomicino (PPE-DE, italien), qui l'appelait à défendre une proposition plus ambitieuse, M. Juncker a répliqué: « je ne peux pas prendre le paquet de propositions du PE sous les bras et le défendre au milieu du Conseil (…), nous nous ferions battre ensemble ».
Mercredi, au lendemain de sa rencontre avec Tony Blair, Jacques Chirac, a déclaré que « le Royaume-Uni doit prendre toute sa part au financement de l'Europe élargie ». Il a aussi répété qu'il n'était pas question de revoir le financement de la politique agricole commune comme le réclame le Royaume-Uni, en soulignant que, grâce à la PAC, « l'Europe dispose d'une agriculture parmi les plus performantes au monde et d'une capacité d'exportation qui contribue à sa prospérité ». M. Blair avait reconnu, après avoir rencontré M. Chirac, qu'il y avait entre Paris et Londres « un désaccord aigu » sur le dossier.