Bruxelles, 15/06/2005 (Agence Europe) - Programme chargé pour le Premier ministre luxembourgeois qui, à la veille du Conseil européen et après avoir reçu tour à tour l'ensemble des dirigeants européens dans le cadre de ses consultations pré-sommet, était mercredi au Parlement européen pour un échange de vues avec la commission des affaires économiques et monétaires. Sous la pression de l'événement, les discussions ont bien sûr été dominées par les perspectives financières (voir autre nouvelle), mais Jean-Claude Juncker a d'abord tenté de rallier à la réforme du Pacte de stabilité et de croissance les parlementaires échaudés par le fait que le texte adopté lundi par le Conseil ne reprend pas les amendements du Parlement (EUROPE n° 8965). Le groupe de travail du Conseil n'a pas retenu ces amendements malgré l'insistance de la Présidence, a observé M. Juncker, tout en précisant que certains d'entre eux avaient été intégrés « implicitement » dans le texte sur la réforme du Pacte ou dans les conclusions du Conseil sur la gouvernance statistique (EUROPE n° 8962). Je peux comprendre « l'irritation » du Parlement, a-t-il reconnu, avant d'appeler les parlementaires à poursuivre la procédure « tout en essayant de ne pas apporter d'amendements au texte ». A l'Autrichien Othmar Karas (PPE-DE), rapporteur sur le sujet qui a justifié la présentation de nouveaux amendements par une question d'« orgueil du Parlement », M. Juncker a répété qu'il faut travailler le plus vite possible. Si la partie corrective du Pacte (règlement 1467/97 sur la mise en œuvre de la procédure de déficit excessif) doit entrer en vigueur normalement, « il y a potentiellement d'énormes retards si le Parlement n'accepte pas les changements » (à la partie préventive du règlement 1466/97) », a-t-il souligné. Le socialiste luxembourgeois Robert Goebbels a estimé pour sa part que le groupe PSE « pourrait entériner la position commune du Conseil » sur le règlement concernant la surveillance des positions budgétaires et la coordination des politiques économiques (qui sera abordé en deuxième lecture par le Parlement dans le cadre de la procédure de coopération).
Interrogé sur les questions abordées récemment par l'Eurogroupe, M. Juncker a confirmé que le débat sur la représentation extérieure de la zone euro a été « lourd, long et ridicule », du fait de la position de certains Etats membres qui « ont du mal à se départir du rôle qui était traditionnellement le leur » dans des instances comme le G7 ou le G8. « Je parle moins de ceux qui sont dans la zone que de ceux qui hésitent à la rejoindre », a-t-il lancé. Demandant au passage que le Parlement s'empare du sujet, il a estimé que « le G7 a ses plus beaux jours derrière lui » et que la véritable enceinte internationale deviendra le G 20, dont la composition n'est « pas hétéroclite, mais plus complète ». La Commission européenne représentera l'UE dans cette instance, où la représentation ministérielle reste « à vérifier », a-t-il aussi indiqué. « Très respectueux de l'indépendance de la Banque centrale européenne (BCE) », M. Juncker a estimé que « l'Eurogroupe doit pouvoir entamer un débat vertueux avec les responsables monétaires sans que ses échanges doivent être répercutés vers l'extérieur ». Il a confirmé que les ministres des Finances des douze ont eu, lors de leur dernière rencontre, un débat sur les « taux de change et (les) taux d'intérêt », mais que de tels échanges de vues ne devraient pas donner lieu à des déclarations publiques. Enfin, alors que le Collège n'est pas encore parvenu à un accord à ce sujet (EUROPE n° 8960), M. Juncker a de nouveau appelé la Commission européenne à faire un rapport et une proposition sur la contribution volontaire des passagers aériens en faveur de l'aide au développement. « Il ne faudrait pas que la Conseil se mette à décider dans un coin sans que la Commission n'utilise son droit de proposition, dont elle ne devrait pas se dessaisir trop facilement avec comme seul argument le fait que le collège a du mal à se mettre d'accord », a lancé d'un ton cinglant le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois (EUROPE n° 8963).