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Bulletin Quotidien Europe N° 8161
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) pe/sommet de barcelone

M.Prodi rappelle que, dès 2003, les pays candidats seront inclus dans les indicateurs structurels de Lisbonne - M.Rato insiste sur la libéralisation de l'énergie et des transports

Bruxelles, 28/02/2002 (Agence Europe) - Aussi bien le président du Conseil Ecofin, Rodrigo Rato, que le président de la Commission européenne Romano Prodi ont, en présentant au Parlement européen les priorités du Sommet de Barcelone des 15 et 16 mars, souligné que ce Conseil européen, le premier depuis l'arrivée de l'euro, se déroulera dans une atmosphère différente de celle des autres Sommets de printemps, du fait du ralentissement économique. Et ils ont insisté, tous les deux, sur la nécessité d'une plus grande coordination des politiques économiques à l'avenir, surtout dans la zone euro. Plusieurs Etats membres ont demandé d'harmoniser les statistiques entre Etats membres et d'adopter des indicateurs sur les réformes structurelles, et « c'est une bonne demande », a remarqué M. Rato, qui a signalé par ailleurs que la Présidence espagnole est en train de préparer un document pour le Sommet qui insiste en particulier sur l'équilibre budgétaire dans les Etats membres, la durabilité des finances publiques et les possibilités de croissance économique. M. Rato a aussi insisté sur la libéralisation de l'énergie et des transports, en soulignant en particulier qu'il faudra vérifier si les conditions d'une concurrence véritable sont réunies sur ces marchés. A Barcelone, nos priorités en matière de transports seront les paquets « Ciel unique » et « transports ferroviaires », a-t-il précisé. Et nous devrons aussi préparer le Sommet de Johannesburg sur le développement durable, a-t-il dit. A ce propos, le président Prodi a souligné que le développement durable « doit avoir une place de premier plan dans nos décisions » concernant en particulier l'ouverture des marchés de l'énergie et le « réaménagement » du secteur des transports. Une fois de plus, M. Prodi a lancé un cri d'alarme pour les retards du processus de Lisbonne, notamment en ce qui concerne le brevet communautaire, Galileo et les marchés publics : dans certains secteurs clés, nous ne sommes « qu'au début », a-t-il admis, en estimant que dans un an, la situation sera « différente ». M. Prodi a aussi souligné l'importance de la participation des pays candidats à une session de travail du Sommet de Barcelone (y compris les ministres de l'Economie et des Finances, a fait remarquer M. Rato): ils pourront dire ce qu'ils attendent de la stratégie de Lisbonne, a-t-il ajouté, en rappelant que, à partir de 2003, ils seront inclus dans les indicateurs structurels que la Commission utilise pour évaluer l'état d'avancement de cette stratégie.

Dans son intervention, le président du groupe du PPE-DE Hans-Gert Pöttering a plaidé pour une plus grande attention pour les PME et a dit à la Présidence espagnole qu'elle sera jugée aussi en fonction des progrès de réforme du Conseil lui-même (rappelons qu'un rapport de Javier Solana à ce sujet est attendu à Barcelone), alors que le président du groupe socialiste Enrique Baron, en se demandant ce qu'on veut mettre dans le « cocktail » d'un « policy-mix » réussi pour l'économie de l'Union, s'est exclamé: libéralisation oui, mais elle ne peut pas produire des miracles ! Et il s'est étonné des propos tenus par José Maria Aznar (qui n'ont pas été démentis, a-t-il souligné) à propos de la nécessité d'un affrontement avec des pays gouvernés par des socialistes - en citant nommément Allemagne, France et Portugal. Lisbonne avait fixé des objectifs ambitieux, maintenant le mot d'ordre semble être « humilité », mais « humilité, ça ne signifie pas renoncer », a constaté le social-démocrate allemand Hans Udo Bullmann en présentant son rapport sur le processus de Lisbonne (voir EUROPE du 1er février, p. 18). Après l'euphorie de Lisbonne, devons-nous « mettre au four de petits pains ? », s'est demandé M. Bullmann qui a réclamé une coordination plus étroite des politiques économiques et de l'emploi pour redonner une chance à la croissance, des marchés plus flexibles mais sûrs. Nous devons éviter toute confusion entre la crise économique que les pays européens connaissaient déjà avant le 11 septembre et les conséquences des attentats aux Etats-Unis, affirme Othmar Karas (ÖVP, autrichien), rapporteur sur ce thème, qui demande qu'on cherche des solutions pour les secteurs les plus directement frappés (par exemple assurance et tourisme) et qu'on identifie les obstacles à la croissance, pour redonner de l'élan à une économie « écosociale » qui n'a besoin que d'être ranimée. La conservatrice britannique Caroline Jackson, présidente de la commission de l'environnement, a exigé une évaluation concrète des progrès réalisés en matière de développement durable et a déploré l'échec de la politique de la pêche communautaire, qui n'a pas su, répondre au besoin « désespéré » de respecter l'environnement.

Pour faire redémarrer la croissance il faut des mesures « intelligentes et différenciées » (selon les régions et les secteurs), estime l'élu de la CDU Thomas Mann, qui insiste aussi sur la dimension sociale. L'Espagne est le pays qui a le mieux réussi à réduire son chômage, a noté le démocrate-chrétien néerlandais Bartho Pronk, avant d'attaquer la « perfide Albion » qui prétend avoir son mot à dire tout en restant en dehors de la zone euro (bientôt Bush et Poutine auront une droit de regard sur nos taux d'intérêt, a-t-il ironisé).

Libéralisation ne veut pas dire dérégulation, a lancé le socialiste luxembourgeois Robert Goebbels pour qui l'expérience d'Enron enseigne combien il est important d'avoir des règles claires « Au moment où les Etats-Unis découvrent les vertus des services publics, l'Europe ne doit pas saborder les siens », s'est-il exclamé. Bruno Trentin (Democratici di sinistra, italien) plaide quant à lui pour une politique économique et sociale élaborée et décidée en un seul endroit. Si le Conseil devait être jugé comme un écolier avant l'examen de Barcelone, son bulletin dirait « peut mieux faire », constate le président du groupe libéral, Graham Watson, et même sa note en « conduite » ne serait pas très bonne. Et il cite en particulier: les brevets, l'incapacité de réformer les marchés du gaz et de l'électricité, alors qu'on exige de grands efforts de la part des pays candidats. Ce que l'on ne fait pas est parfois aussi important que ce qu'on fait, et certains sommets « grincent sous le poids des objectifs » fixés, s'est exclamé le libéral britannique Nicholas Clegg, qui invite à fixer des objectifs plus réalistes. C'est l'insistance de la Présidence espagnole sur la libéralisation, la dérégulation, la globalisation, qui désole Monica Frassoni, co-présidente des Verts, qui voit dans cette volonté de la Présidence un mauvais présage pour Barcelone, où l'environnement sera abordé « de façon quasi clandestine, dix ans après Rio. Pourquoi, demande Herman Schmid, membre suédois de la Gauche unitaire, les problèmes des pays candidats ne seront-ils pas pris en considération dans le débat sur le processus de Lisbonne ? (mais les candidats seront à Barcelone: voir plus haut). Faut-il chercher à tout prix une nouvelle idée pour chaque Sommet, alors que tant de choses restent à faire ? demande à son tour Brian Crowley (Fianna Fail, Irlandais, groupe de l'Union pour l'Europe des Nations). Selon Georges Berthu (Mouvement pour la France), la Commission place le problème de la croissance « dans une perspective étrange »: en rappelant que la mobilité est aux Etats-Unis cinq fois supérieure à celle de l'Europe, veut-elle rendre l'Europe comparable aux Etats-Unis, se demande-t-il ? « N'inversons pas subrepticement les priorités », proteste M. Berthu, ce serait « une démarche totalitaire ». Le plan hydrologique espagnol a suscité les critiques de certains, notamment Alexander de Roo, Vert néerlandais: c'est un plan « stupide », a-t-il affirmé, en suscitant une réplique excédée de Cristina Garcia-Orcoyen Tormo (Partido popular), qui affirme que ce plan est soutenu par une large majorité et améliorera la qualité de vie de l5 millions de personnes.

Dans sa réplique, M.Rato a confirmé sa conviction que libéralisation, dérégulation et compétitivité sont la voie à suivre, tout en indiquant que le Conseil Ecofin informel d'Oviedo parlera aussi de la politique sociale, de la formation et de la discrimination positive, même si « la meilleure politique sociale est celle qui crée des emplois de qualité », et s'il est préférable d'inciter à travailler que de subventionner. En essayant de rassurer les parlementaires, M. Rato a indiqué que, à Barcelone, on essayera de fixer des objectifs mesurables, et on évoquera les réformes structurelles aussi avec les pays candidats.

EUROPE reviendra sur les textes adoptés en clôture du débat: rapports Bullmann et Karas et résolution Jackson (fortement amendée: voir EUROPE d'hier, p.2).

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